Le noir été des droits de l’Homme

Les mesures restreignant les libertés imposées par les gouvernements des pays démocratiques pour lutter contre la pandémie divisent leurs populations et leurs représentants parlementaires. Mais pour Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, ces débats ne doivent pas cacher les lourdes menaces qui pèsent désormais sur les droits de l’Homme dans le monde. Nous publions ici son éditorial du 19 juillet.

Le Barbier, peinture de 1789 Wikipédia
Déclaration des droits de l’Homme, 1789, détail.

Alors que les démocraties s’interrogent sur le bien-fondé de mesures restrictives pour lutter contre un virus résistant, un tour du monde des droits de l’Homme conduit à relativiser ces légitimes inquiétudes.

C’est, en effet, à un recul général des libertés que nous assistons.
En Biélorussie, à nos frontières, le satrape local s’en prend désormais aux jeunes et aux journalistes, qui n’en peuvent plus de la chape de plomb jetée sur ce pays européen avec la bénédiction de la Russie.

A Cuba, pour la première fois, le peuple se rebelle contre la dictature communiste, trop longtemps imposée et qui n’en a plus pour longtemps.

En Iran, on doit manifester pour gagner l’accès à l’eau, en Thaïlande pour exiger du gouvernement qu’il lutte contre la pandémie, en Algérie pour avoir le droit de s’exprimer, en Afghanistan pour survivre.

Pendant ce temps la Turquie d’Erdogan continue à emprisonner ses opposants et à occuper illégalement la moitié de Chypre, multipliant les provocations comme autant de pied-de-nez aux démocraties.

Il est vrai que le parti communiste chinois les a définitivement désignées comme ses adversaires privilégiés et que la Russie les craint par-dessus tout à cause de leur attirance et de la préférence évidente de sa population. Parce que les leurs sont confisquées par une minorité alors que les nôtres sont encadrées par la majorité.

Notre devoir est d’être aux côtés de ceux qui luttent pour leurs libertés et rêvent de jouir des nôtres.

L’usage inapproprié du terme « droits humains » (comme s’il pouvait y avoir des « droits inhumains ! ») traduit la banalisation inquiétante d’un enjeu fondamental.

Les droits de l’Homme ne s’accommodent d’aucun adjectif, encore moins de celui « d’humain ». Il s’agit des droits de la personne, valeur imprescriptible dont nos constitutions et les traités européens organisent la protection dans le cadre de lois débattues dans de vrais parlements.

Ils méritent un engagement résolu, une vraie politique de propagande, sous peine d’une mise en cause générale qui pourrait être plus rapide que prévu.

L’Union européenne et ses Etats membres devraient y consacrer plus de forces et de moyens. Financer la liberté n’est pas si cher ; c’est une question de volonté. Il en va de la survie de notre modèle de société.

JD Giuliani © 2021