Les référendums d’indépendance ne sont pas toujours des succès

Les Catalans sont appelés à se prononcer, le 1er octobre, comme en 2014, sur l’indépendance de la région. Madrid s’oppose à cette consultation. De nombreux référendums ont été organisés depuis le début du XXème siècle, en Europe et ailleurs, pour permettre aux peuples d’exercer leur droit à l’autodétermination. Certains d’entre eux ont rendu possibles des proclamations d’indépendance. Mais d’autres n’ont pas abouti. Parfois les électeurs ont rejeté la proposition qui leur était faite. Parfois les résultats du vote ont été considérés comme nuls et non avenus par la communauté internationale.

AFP
De Gaulle à Montréal : vive le Québec libre !

Le référendum sur l’indépendance de la Catalogne prévu pour le 1er octobre s’inscrit dans la longue histoire des consultations populaires organisées au XXème siècle et au début du XXIème au nom du droit à l’autodétermination des peuples. Certaines de ces consultations ont permis à de jeunes Etats d’accéder à l’indépendance. D’autres ont échoué, soit parce que les électeurs ont dit non, soit parce que les Etats dont ces peuples cherchaient à s’émanciper ont refusé de reconnaître les résultats des votes soit encore parce que la communauté internationale a décidé de les ignorer.

De la décolonisation à la dislocation de l’URSS

De la séparation entre la Suède et la Norvège en 1905 à la naissance de la République du Soudan du Sud en 2011, le vote populaire a ratifié, depuis un siècle, une quarantaine de tentatives de sécession dans diverses régions du monde. Une partie d’entre elles étaient liées à la décolonisation. Le référendum sur la Constitution de 1958 a entraîné, d’une part, l’indépendance de la Guinée, qui a dit non au général de Gaulle, et d’autre part l’autonomie, dans le cadre de la Communauté, d’une dizaine de pays d’Afrique noire, qui ont dit oui à la Constitution avant de devenir indépendants deux ans plus tard.

Au cours des années suivantes, l’Algérie en 1962, Malte en 1964, les Comores (moins Mayotte) en 1974, Djibouti en 1977, le Timor oriental en 1999 ont accédé à leur tour à l’indépendance après des consultations populaires. Une autre vague de référendums a accompagné la dislocation de l’Union soviétique et de la Yougoslavie. En 1990, une douzaine d’Etats se sont ainsi affirmés sur la scène internationale, notamment les trois pays baltes, les Etats du Caucase et des Balkans occidentaux, l’Ukraine et plusieurs Républiques d’Asie centrale. En 2006, la rupture du Monténégro et de la Serbie, conformément à la volonté des électeurs monténégrins, a achevé le processus.

Le non des Québécois et des Ecossais

A côté de ces référendums réussis, beaucoup d’autres consultations n’ont pas abouti à des proclamations d’indépendance. Dans plusieurs cas, ce sont les électeurs qui, pour une raison ou une autre, ont refusé, à la majorité, de voter oui. En 1967, les électeurs de la Côte française des Somalis, qui devient le Territoire français des Afars et des Issas, se prononcent, à la surprise générale, contre l’indépendance à plus de 60% des voix. Onze ans plus tôt, ils avaient voté pour le statu quo au référendum sur la Constitution de 1958. Il faudra attendre un autre référendum, en 1977, pour que le pays devienne indépendant sous le nom de République de Djibouti.

En 1973, les Irlandais du Nord sont invités à dire s’ils souhaitent rester au sein du Royaume-Uni ou être rattachés à la République d’Irlande. En boycottant les urnes, les nationalistes laissent le champ libre à leurs adversaires, qui choisissent le maintien dans le Royaume-Uni. Au Québec, en 1980 puis en 1995, les électeurs refusent l’indépendance, baptisée souveraineté-association, la première fois par 59,56% des suffrages, la deuxième par 50,58%. En 1992, les Monténégrins décident, par référendum, à une majorité de 95,96% des suffrages, de rester au sein de la Yougoslavie plutôt que de choisir l’indépendance – qu’ils adopteront en 2006. Les Portoricains, consultés quatre fois (en 1967, 1993, 1998 et 2012) sur le statut de l’île, rejettent l’option de l’indépendance. En 2014, les Ecossais votent contre l’indépendance par 55,3% des suffrages.

Des parodies de consultation

Dans d’autres cas, les électeurs se déclarent en faveur de l’indépendance, mais les référendums ne sont reconnus ni par les Etats dont ils veulent s’émanciper ni par les Nations unies. En 1933, le Royaume-Uni a ignoré la revendication de l’Australie occidentale, comme le Danemark, en 1946, a rejeté celle des îles Féroé. Au cours des dernières années, dans plusieurs régions issues d’Etats anciennement sous tutelle soviétique, comme la Géorgie, la Moldavie, l’Azerbaïdjan ou l’Ukraine, ont été organisés des référendums, souvent perçus comme des parodies de consultation. Ces régions - l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud, la Transnistrie, le Haut-Karabagh, la Crimée, les Républiques de Donesk et de Lougansk – ont proclamé leur indépendance, mais celle-ci n’est pas reconnue par la communauté internationale.

Dans le même ordre d’idées, on peut aussi rappeler le référendum de 1991 au Kosovo ou celui de 2005 au Kurdistan irakien, où un nouveau référendum aura lieu le 25 septembre. Mais l’exemple vient aussi d’Espagne, où un référendum sur l’indépendance du pays basque a été annulé par Madrid en 2005 et où deux tentatives en Catalogne – une série de consultations locales en 2009-2011 et le référendum de 2014 qui a donné 80,7% des voix en faveur du oui– ont connu le même sort.