L’option sunnite de la France

Le président François Hollande était l’« invité d’honneur » du Sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui a eu lieu lundi 4 et mardi 5 mai à Riyad en présence des dirigeants d’Arabie saoudite, du Bahreïn, des Émirats arabes unis, du Koweït, d’Oman et du Qatar.

François Hollande avec le roi Salmane d’Arabie saoudite
Présidence de la République

Dans sa déclaration d’ouverture de cette réunion, le roi Salmane d’Arabie saoudite a dénoncé – sans le nommer – le rival iranien qui « vise à imposer son hégémonie par la sédition confessionnelle » avec, en toile de fond, la guerre qui déchire le Yémen, mais aussi les conflits en Irak et en Syrie, dans lesquels Téhéran est partie prenante.
Pour sa part, le président Hollande a réaffirmé « l’engagement de la France » aux côtés des pays du Golfe, qui ont voulu marquer, à cette occasion, le début d’un « partenariat spécial » avec la France.
Concernant le dossier nucléaire iranien, le communiqué final insiste sur « la nécessité de parvenir, avant le 30 juin, à un accord robuste, durable, vérifiable, incontestable et contraignant pour l’Iran », qui « garantisse le caractère pacifique du programme nucléaire iranien » et soit « conforme à toutes les réglementations internationales ».

Un message de mécontentement à l’égard de Washington

En déroulant le tapis rouge au président d’un pays membre du Groupe 5+1 (les cinq pays membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne), le plus en pointe et le plus ferme dans les négociations avec l’Iran, les dirigeants saoudiens ont clairement voulu adresser un message de mécontentement à l’égard de Washington alors que Barack Obama organise, le 14 mai à Camp David, une rencontre au sommet avec les dirigeants du CCG pour leur faire avaliser les négociations avec leur rival iranien.
Au diapason avec les monarchies sunnites de la péninsule arabique, la France s’inquiète de la perspective d’une levée des sanctions internationales contre l’Iran. Un accord aurait un impact sur l’équilibre des forces dans la région alors que Téhéran apporte son aide militaire au régime syrien et aux milices chiites d’Irak, du Liban et du Yémen.
Echaudées par la volte-face de Washington quand Barack Obama a renoncé à des frappes contre le régime syrien à la suite de l’attaque chimique du 21 août 2013 lancée par le régime de Damas contre les populations civiles, les monarchies du Golfe apprécient d’autant plus la constance et la fermeté de la France sur les dossiers syrien, libanais, irakien et yéménite, craignant un lâchage supplémentaire de l’allié américain.

Un pari en faveur des monarchies

François Hollande est arrivé à Riyad, après une étape fructueuse à Doha (Qatar), qui lui a permis de signer la vente à hauteur de 6,3 milliards d’euros de vingt-quatre avions de combat Rafale, fleuron de l’industrie d’armement française. D’autres contrats militaires et civils sont en cours de négociation avec les pays du CCG, un ensemble régional dont le Yémen pourrait être membre en 2016.
Paris soutient d’ailleurs l’initiative du président yéménite Abed Rabbo Mansour Hadi, en exil à Riyad, de réunir les parties prenantes au conflit le 17 mai dans la capitale saoudienne, alors que Téhéran et Washington privilégient l’arbitrage de l’ONU.
Le soutien de Paris à la politique saoudienne a été marqué récemment par la première livraison de matériel militaire français à destination de l’armée libanaise financé à hauteur de 3 milliards de dollars par l’Arabie saoudite, après un contrat conclu en décembre 2013, lors d’une précédente visite officielle de François Hollande à Riyad.
En se positionnant clairement du côté des monarchies sunnites du Golfe, François Hollande prend le risque d’éloigner les entreprises françaises des perspectives d’ouverture du marché iranien en cas d’accord avec Téhéran.
C’est un pari. La diplomatie française juge que cette perspective est suffisamment lointaine pour privilégier un rapprochement avec des monarchies sunnites qui s’estiment délaissées, pour ne pas dire trahies, par un allié américain jugé inconstant et peu fiable. A cet égard, la réunion de Camp David pourrait apporter des réponses à leurs inquiétudes.