Le machisme, une maladie israélo-palestinienne

A Jérusalem, Yvette Nahmia-Messinas travaille à rapprocher les femmes israéliennes et arabes. Alors que la violence se répand dans l’est de la ville et en Cisjordanie, elle a envoyé une lettre ouverte au journal Haaretz, en appelant à écouter la voix des femmes.

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Des femmes et un soldat israélien à Jérusalem

Chers amis lecteurs de Haaretz, je doute que cet article vous parvienne jamais. J’en doute parce que mon nom est inconnu, mon visage est inconnu, je suis une femme, pas une politique, pas une femme d’affaire à succès, ni une morte. Je suis une femme vivant dans l’Israël d’aujourd’hui, qui a écrit des poèmes en anglais, sur le thème des femmes soignant les plaies des relations israélo-palestiniennes, quelque chose d’inouï dans l’Israël de nos jours.
J’ai aussi étudié la psychologie, j’ai travaillé comme maître de reiki [ méthode de soins non conventionnelle d’origine japonaise, basée sur des soins dits « énergétiques »] et pratiqué la méthode Grinberg [enseigner par le toucher, la respiration, le mouvement à développer afin de rompre avec les habitudes enracinées et d’augmenter la faculté d’adaptation], mais tout ceci n’a encore aucune signification dans la culture de masse dominante en Israël.
Cependant j’ai une voix ; qui est gardée silencieuse. Peut-être parce qu’elle n’exprime pas ce que les masses veulent entendre, ce que leur cerveau a été préparé à entendre et à penser possible. Si ma voix devait être entendue elle dirait : il y a un autre chemin. Ce que nous voyons tout autour de nous est une énergie masculine s’opposant à une énergie masculine, un combat pour le combat, un coup de couteau pour un tir, un tir pour un meurtre, et vous pouvez deviner comment ça se termine. Dans la mort, le sang, les cris des mères, les veuves et les filles anéanties.
Les grand-mères regardent autour d’elles étonnées de ne pouvoir être entendues. D’être réduites au silence. De devoir attendre une fois de plus l’enterrement d’un petit-enfant et de consoler de nouveau une de leurs filles.
Les grand-mères sont certainement glacées, choquées et effrayées devant notre société pas assez sage, pas assez créative et pas assez adulte pour accoucher d’une nouvelle force. Une force qui nous conduirait à la table des négociations, une force qui nous mènerait à apprendre l’arabe pour pouvoir communiquer et avoir un discours plein de sens. Une force qui éduquerait et enseignerait aux jeunes à tendre la main, à rencontrer l’autre, et dessinerait un chemin vers la résolution de nos différences.
Mais les grand-mères ont été enfermées dans des maisons pour vieux, pour les laisser mourir parmi leurs semblables, leur sagesse inutile et leurs idées créatives inexplorées. Quel terrible gaspillage de ressources ! La moitié de la sagesse de la communauté est mise de côté, elle passe inaperçue, murmurée seulement dans les maisons de retraite et les salons des femmes, aux marges de la société, à la périphérie. Et tous nous perdons en excluant du jeu la sagesse des femmes.
En y réintroduisant la voix des femmes, la voix qui tient en équilibre les forces principales en les contrôlant avec le cœur, nous gagnerions tous. Il y a un grave déséquilibre entre les forces masculines et féminines déployées devant nos yeux. Il faudrait saisir les occasions de demander à la sagesse féminine de jouer son rôle et de montrer sa vision des choses. Au lieu de voir le principe masculin affronter de nouveau le principe masculin, il est temps, pour les hommes et les femmes dans notre société israélienne, de coopérer vers un équilibre que les uns et les autres forgeraient. Et oui, peut-être pourrions-nous alors jouir d’une vie plus équilibrée et plus paisible.