Daech pris en étau après l’accord entre Moscou et Washington

Moscou va prendre la responsabilité de déminer le site de Palmyre, en Syrie, dont les djihadistes de Daech ont été chassés, le 27 mars, par l’aviation russe, l’armée syrienne fidèle à Bachar el-Assad, les milices du Hezbollah et les pasdarans iraniens. Cette victoire militaire est intervenue quelques jours après la visite de John Kerry à Moscou. Le secrétaire d’Etat américain a eu au total huit heures d’entretiens avec son collègue Sergueï Lavrov puis avec Vladimir Poutine. Russes et Américains cherchent une issue politique au conflit au Moyen-Orient.

Պալմիրա-Թադմոր By Hayk.arabaget via Wikimedia Commons
L’arc de Triomphe de Palmyre, en 2011

C’est à Moscou qu’a été scellé, au courant du mois de mars, l’accord entre Russes et Américains pour prendre en étau l’organisation Etat islamique. La reprise de Palmyre a constitué pour Daech une première défaite majeure sur le sol syrien.
L’avancée de la coalition menée par la Russie avec l’appui de l’aviation et, au sol, des forces spéciales russes, des pasdarans iraniens et des combattants du Hezbollah libanais a permis de conquérir la ville le jour de Pâques, le 27 mars. On annonce déjà la poursuite de la reconquête du territoire syrien avec pour objectif Deir el Zor et Raqqa, fief de l’organisation djihadiste.
Quinze jours après l’annonce d’un retrait partiel miliaire russe après six mois d’intenses bombardements sur les fiefs de l’opposition armée qui encerclait le pays alaouite par le centre et le nord syriens, Vladimir Poutine offre à Bachar el-Assad une réhabilitation inespérée à la veille de la reprise des négociations de Genève.

Assurer une transition politique

C’est le secrétaire d’Etat américain John Kerry qui a finalisé l’accord en se rendant à Moscou le 25 mars, pour la troisième fois depuis le début de l’année, pour y rencontrer durant quatre heures son collègue Sergueï Lavrov et pendant quatre heures également le président Vladimir Poutine. Cette visite faisait suite à celle effectuée au début du mois de mars par le directeur de la CIA John Brennan en Russie pour y rencontrer les hauts dirigeants des services de sécurité.
Washington, qui soutient militairement l’armée irakienne dans son offensive pour reconquérir Mossoul avant la fin de l’année, cherche à assurer une transition politique en Syrie pour réduire le territoire que contrôle Daech, assurer un retour d’au moins une partie des réfugiés syriens et pacifier ses relations pour le moins tendues avec la Turquie d’Erdogan et les monarchies du Golfe sans que cela remette en question le rétablissement des relations avec Téhéran suite à la conclusion de l’accord sur le nucléaire de juillet 2015.
Ce sont les attentats de Paris, le 13 novembre, et ceux de Bruxelles, le 22 mars, ainsi que la crise des réfugiés qui déstabilise l’Europe depuis plusieurs mois, qui ont précipité la conclusion de cet accord entre Moscou et Washington. Les prémices en avaient été tracées dès septembre à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU, suivie par les premières actions militaires russes sur le sol syrien le 30 septembre.
« La coopération avec la Russie sert les intérêts stratégiques des Etats-Unis », a déclaré John Kerry dans un entretien accordé le 27 mars à la chaîne américaine CBS. Il a relevé « le rôle clef de la Russie pour parvenir à un accord avec Téhéran à propos du programme nucléaire et dans la mise en œuvre de la trêve en Syrie ». « Si la Russie peut aider à stabiliser la situation, a-t-il ajouté, cela aidera à mettre fin à la guerre, qui affecte l’Europe, la Jordanie, le Liban et crée des conditions pour menacer Israël ».

Un certain nombre d’inconnues

Si l’accord entre Moscou et Washington paraît solide, il comporte un certain nombre d’inconnues de nature politique.
Concernant le sort de Bachar el Assad, John Kerry a souligné : « Je ne peux pas dire combien de temps Assad restera au pouvoir, mais s’il ne s’en va pas dans le cadre du processus politique demandé par l’Iran, par la Russie et par d’autres pays, il n’y aura pas de paix en Syrie ». Il a précisé que « selon la Russie, les Syriens doivent déterminer eux-mêmes leur avenir dans un processus politique ».
A cet égard, les négociations de Genève qui reprendront en avril pourraient, vu la nouvelle conjoncture sur le terrain, renforcer la position d’Assad et des opposants soutenus par Moscou et agréés par le régime de Damas. Ceci marginaliserait les opposants soutenus par Ankara, Riyad et Doha, et indirectement par les Occidentaux.
Sur un autre plan, la question de l’avenir des Kurdes de Syrie (environ deux millions) et du territoire dont ils revendiquent l’autonomie dans le nord, frontalier de la Turquie, a de fortes chances de susciter l’ire d’Ankara. C’est pour cela qu’ils n’ont pas été invités à Genève. Pour l’instant en tout cas.
S’accorder avec les Russes, tenir compte des Iraniens, éviter de se heurter à Erdogan et satisfaire en même temps les monarchies du Golfe est un exercice d’équilibriste qui va au-delà du combat consensuel contre les djihadistes.

Nécessité d’accords politiques durables

L’ambition de l’administration d’Obama est de boucler le sujet avant l’élection présidentielle américaine de novembre et de verrouiller l’accord par le Conseil de sécurité de l’ONU pour le rendre irréversible une fois qu’il sera mis sur les rails.
Car le temps presse. Les foyers djihadistes, s’ils sont en recul en Syrie et en Irak, se multiplient. Telle une bête blessée, l’Etat islamique frappe en Afrique et dans le Caucase, menaçant toujours l’Europe et l’ensemble du monde libre.
Le combat militaire contre les djihadistes doit se traduire aussi par des accords politiques durables avec les grands acteurs. Le chemin sera long.