Le Liban s’enfonce dans la crise

Alors que le Liban fait face à une importante crise économique doublée d’une grave crise politique, les mesures prises pour freiner le Covid-19 ne font qu’aggraver la situation du pays. La monnaie s’effondre. Pour la première fois de son histoire, le Liban est en défaut de paiement. La pénurie de dollars entraîne une augmentation importante des prix. La fermeture des commerces et la limitation de la circulation ont accru les difficultés. Les manifestations reprennent. Les affrontements avec les forces de l’ordre se multiplient. L’absence d’alternative dans un système gangrené par le confessionnalisme pousse une part importante de la population dans la rue. Le pays semble dans l’impasse.

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Le poing de la Révolution sur la place des martyrs à Beyrouth

Une situation préoccupante

La situation du pays est particulièrement préoccupante depuis plusieurs mois. Sur le plan économique, le Liban croûle sous les dettes, le pays est l’un des plus endettés au monde mais ne parvient pourtant pas à satisfaire les besoins de base de sa population comme la distribution d’eau potable ou d’électricité en continu. La classe politique, considérée comme corrompue, est rejetée par la population qui a entamé en octobre 2019 sa révolution. Certains dirigeants sont en poste depuis la fin de la guerre civile, il y a 30 ans. Ces anciens chefs de guerre s’accrochent au pouvoir et pour cause, ils sont devenus milliardaires. L’absence d’alternative dans un système gangrené par le confessionnalisme pousse une part importante de la population dans la rue, dont beaucoup de jeunes, pour exiger un changement radical. La démission du premier ministre, Saad Hariri, et de son gouvernement n’y change rien. Son remplaçant, Hassan Diab, peine à convaincre. La rue est toujours défiante et pour la première fois de son histoire, le Liban est en défaut de paiement. Il ne parvient plus à honorer ses dettes.

La pauvreté s’installe

Pour faire face à l’épidémie de Covid-19, le Liban prend très tôt, début mars, des mesures restrictives. Les commerces sont fermés et la circulation limitée. Le confinement libanais s’inscrit dans la durée et n’est assoupli que début mai. Cette période accroît les difficultés du pays. En effet, sa monnaie, la Livre libanaise, continue de s’effondrer. Si le taux de change officiel est toujours fixé
à un dollar US pour 1500 LL, dans les bureaux de change, on obtient plus de 4000 LL pour un dollar. Le billet vert se fait rare et les banques n’en distribuent plus depuis des mois. Cette pénurie de dollars entraîne une augmentation importante des prix. Le problème est qu’avec le confinement, la plupart des Libanais ne travaillent pas et ne perçoivent pas de salaires. La pauvreté s’installe et des gens meurent de faim. A Tripoli, au nord du pays, c’est désormais un habitant sur deux qui vit sous le seuil de pauvreté.

Les manifestations reprennent

Face à cette situation désastreuse, les manifestations reprennent. Des centaines de Libanais bravent le confinement et se rassemblent pour protester et exiger du pain, tout simplement. C’est surtout à Tripoli que le mouvement est le plus dur. Les affrontements avec les Forces de Sécurité Intérieure et avec l’armée sont fréquents. Le 28 avril, un homme de 26 ans, père d’une fillette de deux ans y est tué par une balle de l’armée libanaise. La contestation s’étend, la situation est tendue à Beyrouth comme le 11 mai devant le ministère de l’économie tandis qu’au sud, à Saïda et Tyr, des banques sont prises pour cible à l’explosif. A Saïda, le 8 mai, un homme tente même de s’immoler. La contestation est bel et bien repartie en dépit du confinement. Ce dimanche 17 mai, à partir de 22h, de nombreux manifestants se rassemblent à Beyrouth, sur le boulevard du Ring et ce malgré le couvre-feu en vigueur. Le pays semble dans l’impasse.