Au Liban, Israël multiplie les provocations

Alors que Donald Trump et ses alliés s’efforcent de donner une bonne image de l’État hébreu et de lui accorder une place centrale dans les relations internationales, ce pays multiplie les provocations envers son voisin, le Liban, dans une logique guerrière. Pour Netanyahu, en poste depuis 2009, la guerre est le meilleur moyen de se maintenir au pouvoir. Le premier ministre israélien, de plus en plus contesté par ses propres concitoyens, joue son avenir politique et même son avenir tout court car sa fonction lui évite d’être jugé dans plusieurs affaires [1]

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En 2010 déjà, à la frontière entre Israël et le Liban un casque bleu de la FINUL...

Les tensions entre Israël et le Liban ne datent pas d’hier. On se souvient notamment des bombardements israéliens de 2006. Ils tentaient alors d’éradiquer le mouvement chiite Hezbollah, en vain. Ce dernier, très implanté dans le sud et l’est du pays aux cèdres, possède un arsenal militaire et menace régulièrement son voisin, qu’il nomme « entité sioniste ». Néanmoins, ces derniers mois, c’est bien Israël qui semble chercher la guerre, avec la milice chiite comme avec l’armée libanaise.

Le 25 août 2019, pour la première fois depuis plus de dix ans, deux drones israéliens s’abattent sur les quartiers sud de Beyrouth, bastion du parti chiite [2]. Ils étaient chargés d’explosifs et visaient un bâtiment du Hezbollah. Ces survols du pays par des drones ennemis [3] sont fréquents. Israël viole ainsi la souveraineté du Liban et espionne à la fois le mouvement chiite et l’État libanais. Le 22 août 2020, le Hezbollah affirme avoir abattu un drone israélien dans le sud du pays. Quelques jours plus tard, le 10 septembre, c’est au tour de l’armée libanaise d’en faire autant.

Une démonstration de force

Quand ce n’est pas des drones, des avions israéliens violent l’espace aérien libanais. Qu’ils aillent bombarder la Syrie en survolant le territoire libanais à basse altitude, qu’ils fassent des vols de reconnaissance ou des simulations d’attaques sur les villes du sud du pays [4], les violations de la souveraineté du Liban sont fréquentes. Elles permettent de faire une démonstration de force et de mettre ainsi la pression tant sur le Hezbollah que sur l’armée libanaise. Il arrive même que des missiles, à destination de la Syrie et tirés depuis les eaux libanaises, traversent le territoire à basse altitude. L’arsenal militaire hébreu est largement supérieur à celui du Liban et il s’agit là d’en faire la démonstration. Mais c’est aussi une provocation. Si un des avions israéliens est abattu, Netanyahu pourra alors considérer cela comme une déclaration de guerre et les forces israéliennes pourront se déployer librement au Liban, sans condamnations internationales.

Le territoire libanais est aussi violé par voies terrestres et les incidents sur la ligne de démarcation sont fréquents. Le 23 juillet 2020, Tsahal [5] déploie des renforts à la frontière avec le Liban. Le 22 août, deux chars et des soldats passent la frontière et font une rapide excursion en territoire libanais. Le 25 août, des tirs sont échangés entre combattants du Hezbollah et soldats israéliens, c’était déjà le cas le 27 juillet. La présence de la FINUL [6] temporise la situation mais la tension est palpable et les choses peuvent dégénérer à chaque instant.

Logique de guerre

Si les provocations israéliennes sont très mal vues au Liban, elles sont passées sous silence sur la scène internationale. C’est pourtant bien une logique de guerre qui est à l’œuvre, en violation du droit international. La situation peut dégénérer à tout moment et ces derniers mois elle a été particulièrement tendue. Les volontés d’annexions de la Cisjordanie par l’État hébreu risquent bien d’être l’allumette qui met le feu aux poudres car un tel acte entraînera immanquablement une réaction du Hezbollah. Cela accentue encore plus la pression psychologique sur les Libanais, lesquels souffrent déjà de la crise économique, sociale et politique qui frappe leur pays.

Sidi Abbas, Tripoli, Liban, le 25/09/2020

[1Corruption, abus de confiance et malversations..

[2Le Hezbollah est à la fois un parti politique et une milice armée.

[3Israël et le Liban n’ont jamais signé la paix et sont donc officiellement en guerre.

[4c’était par exemple le cas le 13 septembre 2020.

[5acronyme désignant l’armée israélienne en hébreu.

[6Force Internationale des Nations Unies au Liban.