Au Québec, les indépendantistes reprennent le combat

L’élection de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois redonne espoir à ceux qui continuent de plaider, après deux échecs, pour la rupture de la Belle Province avec le reste du Canada. Nouveau venu sur la scène politique, celui que l’on surnomme « PKP », flamboyant patron de presse et souverainiste affirmé, veut « faire du Québec un pays », même si l’aspiration à l’indépendance est encore aujourd’hui minoritaire dans l’opinion publique.

Bobak, via Wikimedia Coomons
La Place Royale du Vieux-Québec

Deux fois dans le passé, les électeurs du Québec, consultés par référendum, ont dit non à l’indépendance de leur province. La première fois, en 1980, près de 60% d’entre eux ont rejeté la formule de « souveraineté-association » qui leur était proposée par le chef historique du Parti québécois, René Lévesque. La deuxième fois, en 1995, ils étaient moins de 51% à refuser que le Québec « devienne souverain » dans le cadre d’un « nouveau partenariat » avec le reste du Canada. La troisième fois sera-t-elle la bonne ? C’est ce que veut croire le nouveau chef du Parti québécois, le flamboyant patron de presse Pierre Karl Péladeau, dont l’irruption récente sur la scène politique (il est devenu député il y a un an) devrait, selon ses partisans, redonner à la cause séparatiste l’élan qu’elle a perdu depuis vingt-cinq ans et rendre possible, à terme, l’organisation d’une nouvelle consultation sur l’indépendance de la province.

Après l’échec du référendum de 1980, René Lévesque avait lancé une déclaration devenue fameuse : « Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de nous dire : à la prochaine fois ». La prochaine fois, ce fut le rendez-vous de 1995 et la courte défaite du Parti québécois alors dirigé par Jacques Parizeau, premier ministre du Québec. Porté à son tour la tête du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, dit « PKP », entend reprendre le flambeau de ses célèbres prédécesseurs en plaidant pour un nouveau référendum qui permettra enfin de « faire du Québec un pays », « dernière étape de l’affirmation » du peuple québécois. « Etre maître chez soi, lance-t-il aujourd’hui, c’est la grande leçon que nous ne devons jamais oublier de la Révolution tranquille », c’est-à-dire de ces années 60 pendant lesquelles s’est construite une nouvelle identité québécoise, saluée en 1967 par la célèbre proclamation du général de Gaulle « Vive le Québec libre ! ».

Le Berlusconi québécois

Pierre Karl Péladeau est une personnalité en vue dans la société québécoise. A la tête de Québecor, un empire de médias et de télécommunications fondé par son père, qui comprend, entre autres, Le Journal de Montréal, premier quotidien du Québec, et le réseau de télévision TVA, il compte parmi les cent plus grandes fortunes du Canada. Sa femme, l’animatrice et productrice de télévision Julie Snyder, est une célébrité. La chanteuse Céline Dion est la marraine de sa dernière fille. Sur le plan politique, « PKP » est lié à l’ancien premier ministre canadien Brian Mulroney, qui préside le Conseil d’administration de Québecor et qui est le parrain de son fils – sans partager pour autant ses idées indépendantistes. Le nouveau chef du Parti québecois a parfois été comparé au magnat italien Silvio Berlusconi, homme d’affaires à succès devenu premier ministre. La comparaison est encourageante pour Pierre Karl Péladeau, même si, comme l’ancien chef du gouvernement italien, il doit faire face à des soupçons de conflits d’intérêts.

Le combat est loin d’être gagné pour « PKP ». Les enquêtes d’opinion montrent que la volonté séparatiste est encore minoritaire dans la population québécoise. Le Parti québecois a perdu les élections provinciales de 2014 au profit du Parti libéral, son adversaire traditionnel, qui défend le fédéralisme canadien et rejette toute idée d’indépendance du Québec. Les partisans de l’indépendance invoquent volontiers l’exemple de l’Ecosse, où la poussée nationaliste s’est exprimée avec force aux récentes élections législatives, quelques mois après l’échec du référendum de septembre 2004. Certes la tradition fédérale est ancienne au Canada, ce qui n’est pas le cas en Grande-Bretagne : la revendication souverainiste a donc moins de raisons de se manifester. Mais la montée des séparatismes à travers le monde rend espoir aux indépendantistes québécois.

Rassembler et convaincre

Dans son discours de remerciement, le 20 mai dernier, après son élection à la direction du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau a rappelé que, trente-cinq ans auparavant, âgé de 18 ans, il votait pour la première fois : c’était pour apporter son soutien au premier référendum sur l’indépendance du Québec. Rien ne dit que, dans un avenir proche, le chef du Parti québécois aura l’occasion de renouveler son geste en participant à un troisième référendum. Mais pour certains l’arrivée de ce dirigeant dynamique, doté d’un tempérament que l’on dit explosif et d’une énergie qui inspire confiance, apparaît comme la dernière chance des indépendantistes québécois. « Nous allons rassembler et nous allons convaincre », a-t-il affirmé après son succès. Le chemin sera long. Son issue reste incertaine.