Aux Pays-Bas, l’extrême-droite échoue face à la droite libérale

Le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, allié du Front national au Parlement européen, est largement distancé par le parti du premier ministre sortant, Mark Rutte, qui va être appelé à former le nouveau gouvernement. Avec 20 élus, l’extrême-droite n’arrive qu’en deuxième position, loin derrière le Parti populaire, libéral et démocratique (VVD, 33 élus). Elle est talonnée par deux partis centristes. Les sociaux-démocrates, qui étaient associés au gouvernement sortant, subissent une lourde défaite.

THIERRY CHARLIER/afp.com
Le premier ministre néerlandais Mark Rutte

Les digues n’ont pas cédé : les Pays-Bas ont tenu bon face à la vague populiste qui semblait capable de mettre en échec le parti du premier ministre sortant, Mark Rutte, à l’occasion des élections législatives du 15 mars. L’extrême-droite, incarnée par le Parti pour la liberté (PVV), de Geert Wilders, dont beaucoup en Europe redoutaient le succès, est nettement distancée. Même si elle progresse de 5 sièges par rapport à 2012, elle reste assez loin, avec 20 élus, du Parti populaire, libéral et démocrate (VVD) de Mark Rutte. Certes celui-ci perd huit sièges mais, avec 33 élus, il arrive largement en tête du scrutin.

Les écarts se sont creusés dans les derniers jours précédant l’élection. Alors que les enquêtes d’opinion, pendant la plus grande partie de la campagne, donnaient le PVV soit gagnant soit proche du VVD, il est non seulement devancé par le parti du premier ministre sortant mais aussi talonné par les chrétiens-démocrates de l’Appel chrétien-démocrate (CDA) et par les centristes de Démocrates 66, qui font presque jeu égal avec lui, avec 19 élus pour chacune de ces deux formations. L’échec est rude pour Geert Wilders, qui avait placé au cœur de la campagne sa thématique anti-islam, anti-immigrés, anti-Europe mais qui n’en tire pas le profit escompté.

Déroute des sociaux-démocrates

Autres perdants de l’élection, les sociaux-démocrates du Parti du travail (PvdA), qui faisaient partie de l’équipe gouvernementale de Mark Rutte, connaissent une véritable déroute en divisant par 4 le nombre de leurs élus, passant de 38 sièges en 2012 à 9 en 2017. Leur nouveau dirigeant, Lodewijk Asscher, vice-premier ministre, ministre des affaires sociales et de l’emploi, qui a remplacé à la tête du parti, il y a seulement trois mois, Diederik Samsom, n’a pas été capable d’enrayer la chute annoncée du PvdA. A l’inverse, les Verts, conduits par Jesse Klaver (30 ans), le « Trudeau néerlandais », font une percée spectaculaire en quadruplant leurs effectifs. Ils passent de 4 élus en 2012 à 14 en 2017. Le Parti socialiste (gauche radicale) se maintient, avec 14 sièges contre 15 en 2012.

« Je veux que les Pays-Bas soient le premier pays à mettre un terme au mauvais populisme », avait déclaré Mark Rutte à la veille de l’élection. Pari gagné pour le premier ministre sortant, qui a su faire valoir le bon bilan économique de son gouvernement (une croissance supérieure à 2%, un chômage inférieur à 6%) et rassurer par son discours une partie des électeurs tentés par la rhétorique xénophobe de Geert Wilders. La fermeté dont il a fait preuve à l’égard de la Turquie dans la crise diplomatique qui a opposé les deux pays après l’interdiction faite à deux ministres turcs de participer à un meeting politique à Rotterdam a sans doute contribué à renforcer son image.

A la recherche d’une coalition

Mark Rutte va être chargé de former le nouveau gouvernement. Pour obtenir la majorité de 76 sièges (sur 150) dont il aura besoin, il devra obtenir le renfort des deux autres partis de la droite et du centre, l’Appel chrétien-démocrate et les Démocrates 66, qui sont l’un et l’autre en progrès. Toutefois cela ne lui suffira pas pour atteindre le seuil requis. Il lui faudra donc chercher le renfort des petites formations qui ont gagné quelques sièges, comme l’Union chrétienne (6 élus), 50 Plus, le parti des vieux (4 élus) ou Denk, le parti antiraciste (3 élus), voire le Parti des animaux (5 élus). A moins qu’il ne décide de se tourner vers les Verts, grands bénéficiaires de l’élection.

Les résultats du scrutin sont accueillis avec soulagement en Europe, et notamment en France où, à quelques semaines de l’élection présidentielle, une victoire de Geert Wilders aurait été interprétée comme un encouragement à son homologue française, Marine Le Pen, qui partage largement les mêmes idées et siège au Parlement européen aux côtés des élus du PVV. Le coup d’arrêt donné à la dangereuse ascension de l’extrême-droite néerlandaise apparaît à ceux qui se battent pour empêcher le Front national de devenir le premier parti de France comme un bon présage.

Autre enseignement du scrutin, la lourde défaite du Parti du travail confirme la crise de la social-démocratie européenne, qui pâtit d’avoir gouverné, en France comme ailleurs, sous le signe de l’austérité. Une partie des électeurs néerlandais s’en sont détournés pour aller vers des partis centristes (ou vers les Verts) plutôt que vers la gauche radicale, qui ne progresse pas. Ce n’est donc pas l’idée européenne qui est sanctionnée. La victoire de Mark Rutte, les gains des partis centristes et la percée des Verts sont au contraire, en même temps que l’échec de Geert Wilders, une bonne nouvelle pour l’Union européenne.