Aux Pays-Bas, un test décisif pour l’extrême-droite

Avant Marine Le Pen le 23 avril en France, son alter ego néerlandais, Geert Wilders, affrontera le 15 mars le suffrage universel. Comme le Front national, son parti, le Parti pour la liberté (PVV), est nettement en tête des intentions de vote. Ce parti d’extrême-droite prospère sur le rejet de l’immigration, la dénonciation de l’islam et la volonté de rompre avec l’Union européenne, dans le sillage du Royaume-Uni. Ses résultats donneront la mesure du succès des forces populistes en Europe en attendant le verdict des urnes, dans les prochains mois, en France et en Allemagne.

Wolfgang Rattay/Reuters
Marine Le Pen entre Geert Wilders et Frauke Petry à la réunion de Coblence

Cinq semaines avant le grand rendez-vous de Marine Le Pen avec le suffrage universel, le 23 avril, au premier tour de l’élection présidentielle, un autre dirigeant de l’extrême-droite européenne, le Néerlandais Geert Wilders, affronte, avec de bonnes chances de succès, le jugement populaire, le 15 mars, à l’occasion des élections législatives aux Pays-Bas. Les deux personnalités se connaissent et s’apprécient, elles partagent les mêmes idées, les mêmes combats. Leurs élus siègent ensemble, au Parlement européen, au sein du groupe Europe des nations et des libertés, que préside la présidente du Front national. Les deux partis développent des thématiques semblables, en particulier contre l’immigration et l’islam, qui sont leur fonds de commerce commun.
Les sondages aux Pays-Bas donnent le Parti pour la liberté (PVV), de Geert Wilders, en tête du scrutin, comme ils placent en France le Front national en première position à l’issue du premier tour. Le vote néerlandais apparaît ainsi comme une répétition générale de l’élection française. Il constituera un premier test décisif pour une extrême-droite populiste en progression constante sur l’échiquier politique de l’Union européenne. Un éventuel succès du Parti de la liberté aux Pays-Bas serait un puissant encouragement pour le Front national en France, qui en tirerait prétexte pour donner plus de poids encore à sa campagne. Il renforcerait également l’extrême-droite allemande, qui affrontera à son tour le verdict des électeurs, le 24 septembre, aux élections législatives.

L’ascension de Geert Wilders

Geert Wilders, 53 ans, juriste de formation, a quitté en 2006 le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) – que dirige l’actuel chef du gouvernement, Mark Rutte - pour créer le Parti pour la liberté (PVV), formation de la droite radicale, dont l’ascension a été rapide. En quelques années, le PVV est devenu l’une des principales forces politiques d’un pays qui a rompu avec son ancienne tradition de tolérance à l’égard des étrangers et connu dans les années 2000 plusieurs drames liés à l’islam, avec le meurtre du militant populiste Pim Fortuyn en 2002 et celui du cinéaste Theo van Gogh en 2004. Geert Wilders s’est donné pour objectif la « désislamisation » des Pays-Bas, qui passe, selon lui, par la fermeture des mosquées, l’interdiction du Coran et des écoles coraniques, le refus d’entrée sur le territoire de toute personne issue d’un pays islamique.
Il s’en est pris, il y a quelques jours, à la « racaille marocaine » dont il a promis de débarrasser le pays pour « le rendre au peuple néerlandais ». Il vient d’être reconnu coupable d’incitation à la discrimination et d’insulte à un groupe déterminé pour avoir publiquement attaqué les immigrés marocains. « Est-ce que vous voulez plus ou moins de Marocains dans votre ville et aux Pays-Bas ? », avait demandé le dirigeant populiste lors d’un meeting. « Moins, moins, moins », avaient répondu les personnes présentes. « Nous allons nous en charger », avait-il alors affirmé.
Geert Wilders, qui a assisté, avec le Britannique Nigel Farage, à la convention d’investiture de Donald Trump à Cleveland, estime, comme le président américain, que son pays doit être protégé contre l’immigration musulmane. Il dénonce Mark Rutte, chef du gouvernement sortant, son principal adversaire, comme « l’homme des frontières ouvertes, du tsunami de l’asile, de l’immigration de masse, de l’islamisation, des mensonges et de la tricherie ».

La défense de Mark Rutte

Mark Rutte, au pouvoir depuis 2010, d’abord avec le soutien sans participation du PVV, puis, depuis 2012, en coalition avec le Parti du travail (social-démocrate), peut se prévaloir d’un bon bilan économique, avec une prévision de croissance de 2,3% en 2017 et un taux de chômage de 5,3%, le plus faible des cinq dernières années. Mais ces résultats ne suffisent pas à dissiper la méfiance d’une grande partie des citoyens à l’égard de leurs dirigeants et du « système » qu’ils représentent.
Ce désenchantement est l’un des facteurs de l’euroscepticisme sur lequel prospère Geert Wilders. Après tout, les Pays-Bas sont, avec la France, l’un des deux Etats européens qui ont dit non en 2005 au projet de traité constitutionnel, entraînant son rejet. Aujourd’hui le Parti pour la liberté surfe sur le succès du Brexit. « Hourra les Britanniques ! Maintenant c’est notre tour », a lancé Geert Wilders au lendemain du vote britannique, en s’engageant à organiser un référendum sur la sortie des Pays-Bas de l’Union européenne s’il gagnait les élections.
Mais c’est surtout la question de l’immigration qui domine la campagne. Mark Rutte a choisi d’y répondre, à sa manière, en publiant une étrange Lettre ouverte à tous les Néerlandais dans laquelle il souligne le « malaise grandissant » des « gens de bonne volonté » à l’égard des étrangers qui « refusent de s’adapter ». Il invite ceux « qui critiquent nos habitudes et qui rejettent nos valeurs », ceux « qui s’en prennent aux gays, qui sifflent les filles en jupe courte et qui traitent les Néerlandais de racistes », à changer d’attitude ou à quitter les Pays-Bas. Ceux-là, écrit-il, devraient « se comporter normalement ou aller ailleurs », ajoutant à leur intention : « si vous n’aimez pas ce pays, partez ».
En empruntant ainsi aux populistes leur propre langage, le chef du gouvernement tente à la fois de mobiliser la partie la plus dure de son électorat et de récupérer une partie de celui de l’extrême-droite. Mais il contribue aussi à légitimer le discours de Geert Wilders. « Mark sème, Geert va récolter », a aussitôt répliqué le PVV.

La principale faiblesse de Geert Wilders est son isolement, qui l’empêche de nouer des alliances avec d’éventuels partenaires. Aucun des partis en lice n’envisage de coopérer avec le PVV pour former un gouvernement de coalition. Comme Marine Le Pen en France, Geert Wilders ne peut compter que sur ses propres forces pour accéder au pouvoir. Beaucoup ne croient pas qu’il y parvienne le 15 mars prochain. Mais si le PVV arrive en tête du scrutin et devient ainsi le premier parti des Pays-Bas, même s’il ne participe pas au prochain gouvernement, son succès donnera un nouvel élan à la diffusion des idées nationalistes et populistes en Europe. Ce ne serait pas une bonne nouvelle.