Carrousel politique à Berlin

Angela Merkel a annoncé, le dimanche 20 novembre, qu’elle serait candidate à la présidence de l’Union démocrate chrétienne (CDU) lors du congrès de Essen, début décembre, et donc candidate à la chancellerie à l’occasion des élections générales de septembre 2017. Elle briguera ainsi son quatrième mandat. Elle est aussi le seul pôle de stabilité dans le personnel politique allemand alors que des changements importants se préparent. Le ministre – social-démocrate — des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, devrait être élu président de la République en février. Quant à Martin Schulz, il quittera la présidence du Parlement européen pour revenir dans la politique intérieure allemande. Il pourrait devenir le chef de la diplomatie avant peut-être d’être le candidat social-démocrate à la chancellerie, au lieu de Sigmar Gabriel, président du SPD.

AFP
Martin Schulz et Angela Merkel

Ambitions personnelles et opportunités institutionnelles se conjuguent pour transformer, au cours des prochains mois, la politique intérieure allemande en jeu de chaises musicales.
Du côté de la démocratie-chrétienne, la situation est claire. Lors des élections parlementaires de septembre 2017, Angela Merkel briguera un quatrième mandat à la chancellerie, égalant ainsi les records de Konrad Adenauer et d’Helmut Kohl. Le premier avait cependant été obligé de quitter le pouvoir au milieu de la législature en 1963. Le second a été sèchement battu en 1998 pour avoir fait le mandat de trop.

Sondages encourageants pour Angela Merkel

Ces précédents n’ont pas découragé Angela Merkel qui ne veut pas abandonner le navire au milieu de la tempête provoquée par le Brexit et l’élection de Trump. Ses chances de l’emporter ne sont pas négligeables, si l’on en juge par les sondages actuels. En cas d’élections aujourd’hui, la CDU-CSU recueillerait 35% des suffrages, contre 22% seulement pour le SPD, son allié au sein de la grande coalition. Le parti populiste de droite, Alternative pour l’Allemagne (AfD) est crédité de 13%, les Verts et la gauche radicale de 12 et 11%, le parti libéral de 5% des intentions de vote. Une telle constellation permettrait à Angela Merkel d’avoir plusieurs possibilités dans le choix de ses alliés.
Rien n’est cependant figé car du côté des sociaux-démocrates des décisions impliquant les principaux dirigeants du parti doivent être rapidement prises. Elles pourraient modifier en profondeur le paysage politique.
Il y a d’abord le poste de ministre des affaires étrangères qui va se libérer au début de l’année prochaine. Le président de la République Joachim Gauck, pourtant très populaire, ayant décidé de ne pas se représenter pour un mandat de cinq ans à cause de son âge — 76 ans —, les partis de la coalition gouvernementale ont fini par se mettre d’accord sur le nom de Frank-Walter Steinmeier, actuel chef de la diplomatie.
C’est un revers politique pour Angela Merkel qui aurait préféré un membre de son parti ou une personnalité indépendante. Mais elle n’a pas réussi à convaincre quelqu’un à sa convenance de se porter candidat ou candidate.
Selon l’accord de coalition, le ministère des affaires étrangères revient à un social-démocrate. Le président du SPD, Sigmar Gabriel, est déjà vice-chancelier et ministre de l’économie, et il n’est pas connu pour son habileté diplomatique.

L’arrivée de Martin Schulz

Un autre impétrant vient de surgir dans la scène politique allemande : Martin Schulz. Il doit quitter la présidence du Parlement européen le 17 janvier. Après deux mandats, ou plus exactement deux demi-mandats, il a tout tenté pour rester à son poste. Il avait même le soutien de son rival aux élections européennes de 2014 et vieux complice Jean-Claude Juncker, président de la Commission. Mais un accord entre les deux grands partis qui dominent le Parlement de Strasbourg, la droite modérée du Parti populaire européen, et la gauche avec le Parti socialiste européen, prévoit une rotation de la présidence au milieu de la législature. Après Martin Schulz, vient le tour d’un centriste ou d’un démocrate-chrétien.
Martin Schulz a hésité. Finalement il ne se voyait pas faire la navette entre Bruxelles et Strasbourg en tant que simple député européen après avoir présidé un Parlement aux pouvoirs de plus en plus étendus et assisté à de nombreux conseils quasiment au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. Il a donc décidé de s’investir dans la politique nationale. A part la mairie de Würselen, près d’Aix-la-Chapelle, il n’a jamais exercé de fonction autre que celle de député européen, depuis 1994. Il conduira la liste social-démocrate aux élections de 2017 dans le Land de Rhénanie du nord Westphalie.
Il n’a toutefois pas l’intention de rester député de base. Son ambition est double. Dans un premier temps, il se verrait bien remplacer Frank-Walter Steinmeier au Quai d’Orsay allemand et au-delà défier Angela Merkel pour la chancellerie. Le rôle de Spitzenkandidat revient normalement au président du parti mais Sigmar Gabriel n’est pas décidé à se lancer, à la fois pour des raisons familiales et pour des raisons politiques. Il n’est pas spécialement populaire dans l’opinion comme dans son propre parti où on lui reproche ses volte-face.

Un adversaire plus coriace

Une candidature de Martin Schulz à la chancellerie aurait deux avantages. Il n’est pas « compromis » dans la grande coalition avec la CDU-CSU et se trouverait donc plus libre de critiquer la politique menée jusqu’à maintenant sous la direction d’Angela Merkel. D’autre part, il pourrait avoir une marge de manœuvre plus grande pour innover et essayer de former un autre type de coalition, à gauche, avec les Verts et die Linke, le parti de la gauche radicale.
Les militants du SPD devaient initialement désigner leur candidat à la chancellerie à la fin du mois de janvier. Mais l’échéance pourrait être avancée pour donner à l’heureux élu plus de temps pour préparer la compétition avec Angela Merkel. La chancelière garde toutes ses chances mais devra peut-être affronter un adversaire inattendu et sans doute plus coriace que les sociaux-démocrates avec lesquels elle a gouverné deux fois, entre 2005 et 2009, et encore depuis 2013.