Chypre : nouvel espoir, nouvelle déception

Les négociations sur la réunification de Chypre sont une fois de plus dans l’impasse. Pourtant les deux parties semblaient, il y a quelques jours, sur le point d’aboutir. L’élection de Nikos Anastasiadis à la présidence chypriote en 2013, suivie de celle de Mustafa Akinci à la présidence de l’entité turque, non reconnue par la communauté internationale, en 2015, avait permis de relancer les pourparlers. Les points de vue s’étaient rapprochés. Mais la question des arrangements territoriaux entre le Nord et le Sud demeure une source de blocage. L’espoir de parvenir à un accord avant la fin de l’année 2016 paraît compromis.

Depuis la partition de l’île de Chypre, en 1974, entre la République de Chypre au sud, devenue en 2004 membre de l’Union européenne, et la zone d’occupation militaire turque, autoproclamée République turque de Chypre du Nord en 1983, les tentatives de réunification ont été nombreuses. Elles ont toutes échoué. En 2004, le plan Annan, du nom de l’ancien secrétaire général des Nations unies, qui proposait la création d’un Etat confédéral, a été accepté par le Nord mais largement rejeté par le Sud. Les discussions ont repris les années suivantes, mais elles n’ont pas abouti.

Après l’élection d’un nouveau président chypriote, Nikos Anastasiadis, en 2013, puis celle d’un nouveau président de la partie turque de l’île, Mustafa Akinci, en 2015, de nouvelles négociations ont été engagées entre les deux camps. L’un et l’autre ont affiché leur bonne volonté. Un espoir s’est alors levé. En juillet 2015, le quotidien libanais L’Orienrt-Le Jour titrait : « Pourquoi la réunification de Chypre semble plus proche que jamais ». En janvier 2016, le même journal affirmait : « Un accord sur la réunification de l’île serait possible cette année ».

Active médiation de l’ONU

En avril 2016, le ministre chypriote des affaires étrangères, Ioannis Kasoulides, se disait « optimiste » et son homologue français, Jean-Marc Ayrault, saluait un processus « prometteur ». Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, dont le mandat s’achève à la fin de cette année, pressait les deux parties de s’entendre avant qu’il ne quitte sa fonction. Son envoyé spécial, l’ancien ministre norvégien des affaires étrangères, Espen Barth Eide, conduisait une médiation active. On parlait déjà d’un référendum à la fin de l’année. Nikos Anastasiadis pouvait alors déclarer : « Je pense que 2016 pourra être l’année où nous mettrons fin à un statu quo inacceptable ».

On a cru que le pari allait être tenu quand, au début du mois de novembre, au terme du dernier cycle de négociations organisées à Mont-Pélerin, en Suisse, sous l’égide des Nations unies, semblaient sur le point de s’entendre. Les observateurs évoquaient déjà une île « sur le chemin de la réunification ». Le principal obstacle – la délimitation des deux entités appelées à constituer la future fédération – paraissait près d’être levé. Quelques jours plus tard, les négociateurs n’ont pu que constater la persistance du blocage. L’accord espéré s’est de nouveau évanoui. Les efforts de l’émissaire de l’ONU, Espen Barth Eide, pour empêcher l’interruption du processus se sont révélés vains.

« Une opportunité historique »

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé les dirigeants des deux parties de l’île à se remettre autour de la table des négociations pour ne pas rater « une opportunité historique ». Leur départ de Mont-Pèlerin a semé le doute sur la possibilité de conclure un accord avant la fin de l’année. L’échec a « refroidi l’enthousiasme » qui s’était créé autour des pourparlers, a constaté Espen Barth Eide. L’une des questions en suspens, qui concerne le retour des Chypriotes grecs chassés du nord de l’île par l’invasion turque, continue de diviser les deux délégations. De même, le partage du pouvoir entre les deux communautés reste une source de discorde.

Une rencontre pourrait avoir lieu dans les prochains jours entre le premier ministre grec, Alexis Tsipras, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour tenter de débloquer la situation, mais rien n’est moins sûr. Ankara ne paraît pas disposé à relâcher sa mainmise sur la partie turque de l’île. Un de ses ministres n’a pas craint d’affirmer, il y a quelques mois, que Chypre est « une partie essentielle de la Turquie ». Mustafa Akinci s’est fait rappeler à l’ordre par Recep Tayyip Erdogan quand, au lendemain de son élection à la présidence de la « République turque de Chypre du Nord », il a affiché quelques velléités de s’affranchir de son puissant tuteur.

Une conférence sur la sécurité et les garanties

La Turquie demande qu’un futur accord sur la réunification de l’île soit garanti par plusieurs Etats extérieurs – le Royaume-Uni, ancienne puissance tutélaire, la Grèce et la Turquie. Elle souhaite l’organisation d’une conférence sur la sécurité et les garanties impliquant ces trois Etats. Elle se réfère à l’accord conclu en 1960 entre ces mêmes Etats, lorsque Chypre est devenue indépendante, au nom duquel elle a justifié son intervention militaire de 1974, en réponse à un coup d’Etat fomenté par les colonels grecs. La Grèce rejette cette idée qu’elle considère comme un anachronisme. Elle estime que Chypre, comme membre de l’Union européenne, n’a pas besoin d’une telle garantie. Alexis Tsipras veut s’entretenir en tête-à-tête avec le président turc pour tenter de rapprocher les positions avant toute rencontre multilatérale.

Les deux parties s’accusent mutuellement de maximalisme. Chacune proteste de sa volonté d’avancer sur la voie de la réunification. Le gouvernement chypriote grec affirme qu’il fera tout son possible pour atteindre enfin le but recherché, malgré les difficultés persistantes. « Après cinquante ans, on ne peut pas continuer à discuter encore cinquante ans", déclare le président de la partie turque, Mustafa Akinci. Tout le monde, dont l’ONU, en a conscience ». Apparemment, certains ne sont pas pressés d’en finir.