En Finlande, populistes et sociaux-démocrates au coude-à-coude

Les élections législatives du 14 avril en Finlande ont vu la victoire des sociaux-démocrates, qui devraient être chargés de former le nouveau gouvernement. Le gouvernement sortant, dirigé par le Parti du centre, subit une nette défaite. Il perd 18 sièges et passe de 21,1 % à 13,8 % des voix. Mais l’autre vainqueur du scrutin est le parti populiste des Vrais Finlandais, que l’on croyait affaibli par son passage au gouvernement et par la scission survenue en son sein entre radicaux et modérés. Avec un siège de moins que les sociaux-démocrates (39 contre 40), il demande, lui aussi, à participer à un gouvernement de coalition.

AFP/Courrier de l
Les nouvelles couleurs du Parlement finlandais

Pour la première fois depuis le double mandat de Paavo Lipponen (1995-2003), le parti social-démocrate devrait retrouver la direction du gouvernement finlandais, au lendemain d’élections législatives gagnées – de peu – par la gauche. Son président, Antti Rinne, ancien syndicaliste de 56 ans, devrait être chargé de former le nouveau cabinet, qui succédera à celui de Juha Sipilä, chef du Parti du centre et premier ministre depuis 2012. Avec 17,7 % des suffrages, les sociaux-démocrates sont arrivés en tête du scrutin du 14 avril : ils disposeront de 40 sièges dans le nouveau Parlement, soit six de plus que dans le Parlement sortant. Les autres partis de gauche progressent également, la Ligue verte passant de 15 à 20 sièges et l’Alliance de gauche (radicale) de 12 à 16.

L’échec du Parti du centre

En revanche, le Parti du centre, qui dirigeait l’équipe sortante, est en net recul : avec 13,8 % des voix (contre 21,1 % il y a quatre ans) il est la principale victime de la consultation. Il perd 18 sièges (passant de 49 à 31). Son principal partenaire, le Parti de la coalition nationale, régresse aussi en voix (de 18,2 % à 17 %) mais gagne un siège (de 37 à 38). Le premier ministre sortant a payé l’échec d’une réforme de la santé dont il avait fait sa priorité. En dépit de la qualité du système de santé, le vieillissement accéléré de la population pose la question de son financement et des inégalités croissantes dans l’accès aux soins. Le projet a été rejeté par la commission des lois du Parlement. Malgré une situation économique plutôt satisfaisante, marquée par le retour de la croissance (+2,7 % en 2017) et un chômage à 6,7 %, Juha Sipilä et le Parti du centre ont été sanctionnés pour leur politique d’austérité.

Le nouveau premier ministre pourrait tenter de former une majorité avec la Ligue verte et le Parti de la coalition nationale. Ces trois formations totaliseront 98 sièges dans le nouveau Parlement, qui compte 200 députés, ce qui devrait rendre possible un accord de gouvernement, avec le concours de petits partis, sur une politique à la fois plus sociale et plus écologique. Rien n’est acquis. La progression des sociaux-démocrates par rapport à 2015 est assez faible en voix (de 16,5 % à 17,7 %). Elle ne suffira pas à créer une vraie dynamique en leur faveur. Mais alors que la Finlande s’apprête à exercer la présidence tournante de l’Union européenne pendant le second semestre de 2019, du 1er juillet au 31 décembre, dans un contexte particulier lié au renouvellement de la Commission européenne et de la présidence du Conseil européen, la constitution d’une majorité autour du Parti social-démocrate apparaît comme la solution la plus vraisemblable.

Le succès des Vrais Finlandais

Toutefois, si le retour des sociaux-démocrates au pouvoir est un événement notable, ce n’est sans doute pas la conséquence la plus importante du scrutin. La principale leçon des élections du 14 avril est en effet le score élevé des populistes du Parti des Vrais Finlandais, qui sont pratiquement au coude-à-coude les sociaux-démocrates. Ils obtiennent 17,5 % des suffrages (contre 17,7 % aux sociaux-démocrates) et 39 sièges (soit un de moins que les sociaux-démocrates). Ils confirment ainsi leur succès de 2015 (ils avaient recueilli 17,6 % des voix et obtenu 38 sièges) alors qu’on les croyait en perte de vitesse depuis qu’en 2017 ils avaient claqué la porte du gouvernement. Une révolution de palais avait alors porté à leur tête le chef de leur aile la plus radicale, le linguiste Jussi Halla-Aho, connu pour ses discours nationalistes, islamophobes et anti-immigration.

Comme le souligne l’hebdomadaire britannique The Economist, la droite au pouvoir avait cru possible de modérer le parti des Vrais Finlandais en l’associant au gouvernement et en le poussant à accepter des compromis. C’est le contraire qui s’est passé. Les plus radicaux ont provoqué la rupture et l’électorat leur a donné raison. Les plus modérés, qui avaient choisi de rester au gouvernement en créant un nouveau parti, Réforme bleue, ont été désavoués. Le parti des Vrais Finlandais se retrouve plus fort que jamais. « Nous voulons être au gouvernement mais à condition d’avancer sur les sujets qui sont importants pour nos électeurs », a déclaré son chef de file. Parmi ces sujets figure la fermeture des frontières aux demandeurs d’asile. Les Vrais Finlandais, qui siègent au Parlement européen dans un des trois groupes eurosceptiques (le groupe des Conservateurs et Réformistes) aux côtés des conservateurs britanniques et des élus du Parti polonais Droit et justice, font renforcer la mouvance d’extrême-droite qui tente de s’organiser en Europe sous l’impulsion de Matteo Salvini et de Marine Le Pen.