L’espoir renaît à Bruxelles

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, estime que l’Union européenne a « le vent en poupe » et que les Etats membres, tentés ces derniers temps par le repli national, lui font davantage confiance. M. Juncker pense que le moment est venu d’avancer dans quelques domaines-clés tels que le commerce, l’industrie, la lutte contre le changement climatique, la cyber-sécurité et les migrations. Il compte sur le concours d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel pour relancer avec lui l’Union, comme le fit naguère un autre trio, formé par François Mitterrand, Helmut Kohl et Jacques Delors.

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Jean-Claude Junker Président de la Commission de Bruxelles

Il y a un an, dans son discours sur l’état de l’Union 2016, Jean-Claude Juncker lançait un cri d’alarme. « Les Européens, disait-il, sont fatigués des disputes, des querelles et des chamailleries sans fin ». Le président de la Commission s’inquiétait de la désunion croissante entre les capitales. « Jamais encore, affirmait-il, je n’avais vu une telle fragmentation et aussi peu de convergence dans notre Union ». A ses interlocuteurs il adressait cet ultime avertissement : « Voulons-nous laisser notre Union se décomposer sous nos yeux ? ».

Douze mois plus tard le ton a changé et le ciel semble s’éclaircir. « L’Europe a de nouveau le vent en poupe », a déclaré M. Juncker dans son discours sur l’état de l’Union 2017, en soulignant la baisse du chômage, le « rebond économique » et le « regain de confiance » que celui-ci entraîne. Le président de la Commission veut croire que les Etats ont cessé de se replier sur eux-mêmes. « Les dirigeants de notre Union européenne à 27, le Parlement et la Commission sont en train de remettre le projet européen au cœur de notre Union », affirme-t-il.

Profiter des vents favorables

Le moment serait donc venu, selon M. Juncker, de profiter de « ces vents favorables » pour accomplir, avant les élections européennes de 2019 qui seront suivies d’un renouvellement de la Commission, « de véritables progrès ». Dans un an, il sera trop tard. Si la Commission Juncker ne veut pas rester dans les mémoires comme celle de la crise des réfugiés et du Brexit, elle doit convaincre les Etats membres d’avancer sur les cinq grands sujets mis en évidence par son président : la conclusion d’accords commerciaux (dans un esprit de réciprocité), une nouvelle stratégie industrielle, la lutte contre le changement climatique, la défense contre les cyberattaques, la gestion des migrations.

Si M. Juncker, auquel il est arrivé, dit-il, de « douter de l’Europe », a repris confiance, c’est d’abord parce que les populismes ont reculé en Europe et que les anti-Européens ont perdu les élections ans plusieurs pays, comme l’Autriche, les Pays-Bas ou la France. C’est ensuite parce que la victoire d’Emmanuel Macron à Paris puis celle, probable, d’Angela Merkel à Berlin rendent possibles une relance de l’Europe. C’est enfin parce que le Brexit, loin de produire un effet de contagion, a plutôt resserré les rangs des Européens tout en libérant l’Union du poids du Royaume-Uni. Cette conjonction pourrait favoriser, dans les douze mois qui viennent, le renforcement des politiques européennes.

A plus long terme, le président de la Commission propose quelques changements institutionnels pour rendre l’Europe « plus efficace ». Il souhaite ainsi la désignation d’un ministre européen de l’économie et de finances, qui sera aussi vice-président de la Commission et président de l’Eurogroupe. Sa compétence ne se limitera pas à la zone euro mais, comme tous les Etats membres ont vocation à en devenir membres, M. Juncker ne voit pas de différence entre sa proposition et celle de M. Macron. Autre réforme, la fusion des présidences de la Commission et du Conseil pourrait simplifier la gouvernance de l’Union.

De l’unanimité à la majorité qualifiée

Une autre idée avancée par M. Juncker mérite une attention particulière : l’introduction du vote à la majorité qualifiée dans deux domaines aujourd’hui soumis à la règle de l’unanimité, la politique fiscale et la politique étrangère. Point besoin de modifier les traités, assure le président de la Commission, il suffira d’appliquer les « clauses passerelles » qui autorisent le Conseil, statuant à l’unanimité, à décider un tel changement. En recourant au vote à la majorité qualifiée dans les domaines-clés de la fiscalité et de la diplomatie, l’Union pourrait lever bien des blocages qui l’empêchent aujourd’hui d’agir.

Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières, a évoqué, au lendemain du discours de M. Juncker, « un nouveau souffle européen ». Il note qu’une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour changer l’Europe. Il y a trente ans, rappelle-t-il, des progrès importants ont été rendus possibles par l’étroite collaboration entre le président français, François Mitterrand, le chancelier allemand, Helmut Kohl, et le président de la Commission, Jacques Delors. Il appartient au triangle formé par Emmanuel Macron, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker de reprendre le flambeau. Beaucoup de chemin reste à faire, mais l’espoir renaît à Bruxelles.