La gauche hongroise se divise face à Viktor Orban

Le premier ministre sortant, Viktor Orban, sera le grand favori des élections législatives hongrois en avril 2018. Son parti, le Fidesz, est largement en tête des intentions de vote. Face à lui, la gauche social-démocrate entre dans la bataille désunie. Ses deux principales composantes, le Parti socialiste et la Coalition démocratique, ne sont pas parvenues à s’entendre pour présenter des listes communes. Elles sont également en désaccord sur le nom d’un candidat au poste de premier ministre. L’autre force d’opposition, Jobbik, s’efforce de gommer son image d’extrême-droite pour se recentrer.

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Manifestation anti-gouvernementale le 10 janvier à Budapest

A quelques semaines des élections législatives d’avril 2018, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a bien résumé, dans son message de Noël, l’esprit de sa campagne, axée sur la défense de l’identité hongroise face à ceux qui, selon lui, la mettent en péril. « Nous, les Hongrois, dit-il, nous regardons comme une nation chrétienne ». Si le message chrétien nous invite à aimer notre voisin, ajoute-t-il, n’oublions pas qu’il nous invite aussi à nous aimer nous-mêmes, c’est-à-dire à aimer « la culture hongroise et la civilisation européenne ». Or, à en croire le dirigeant hongrois, les « éléments fondamentaux » de la vie européenne sont aujourd’hui attaqués et le « système immunitaire » de l’Europe « délibérément affaibli ».

Quel est le but de nos ennemis ? « Ils ne veulent pas que nous soyons ce que nous sommes, ils veulent que nous devenions ce que nous ne voulons pas être ». Aussi devons-nous lutter « pour que l’Europe demeure européenne ». Protéger la Hongrie contre ceux qui l’agressent, c’est protéger l’Europe, affirme le chef du gouvernement hongrois, en restant fidèle aux valeurs chrétiennes qui fondent à la fois la nation magyare et l’Union européenne.
Mais qui menace l’identité de la Hongrie et, au-delà d’elle, celle de l’Europe ? Les migrants, qui tentent d’importer sur le Vieux Continent leurs propres croyances et leurs propres traditions, avec la complicité affichée de l’Union européenne et l’aide active de l’homme d’affaires américain George Soros.

Le rejet de l’immigration

Le rejet de l’immigration est ainsi devenu le thème majeur de la propagande officielle et George Soros la principale cible du pouvoir. Le financier d’origine hongroise est accusé de tous les maux. Selon le gouvernement de Budapest, il se serait donné pour objectif de favoriser l’installation en Europe d’un million de migrants par an, dont une partie en Hongrie, en vertu d’un quota fixé par Bruxelles, et de marginaliser la langue et la culture hongroises pour assurer une meilleure intégration des étrangers.
Les protestations de George Soros, qui a démenti toutes ces allégations, n’ont pas suffi à désarmer ses accusateurs. La question migratoire est l’obsession du régime. Elle est utilisée par Viktor Orban pour tenter de remobiliser son électorat après l’échec relatif du référendum anti-immigrés organisé en 2016 et invalidé pour insuffisance de participation.

Elle est aussi la principale source de discorde entre Budapest et Bruxelles. Sur ce sujet, en effet, la Hongrie ne perd pas une occasion de s’opposer à l’Union européenne, même si elle écarte toute tentation de la quitter. Après avoir été menacé de sanctions pour sa réforme de la justice, perçue comme une tentative de mainmise du pouvoir sur les institutions judiciaires, et pour sa dérive autoritaire, jugée contraire à l’Etat de droit et à la démocratie, le gouvernement hongrois est désormais critiqué par les autorités européennes pour son refus de toute solidarité en matière d’accueil des réfugiés et pour sa volonté de fermeture considérée comme incompatible avec les valeurs européennes. L’opinion hongroise semble, pour le moment, soutenir son premier ministre.

L’extrême-droite se recentre

Largement en tête selon les sondages, le Fidesz de Viktor Orban devancerait nettement les deux autres grandes forces politiques qui forment l’essentiel de l’opposition, Jobbik à l’extrême-droite et les sociaux-démocrates à gauche. Avec 24 élus sur 199, Jobbik est le troisième groupe de la Diète. Il a obtenu en 2014 20,2 % des suffrages. Sous l’impulsion de son président, Gabor Vona, il tente de gommer depuis quelques années, comme la plupart de ses homologues européens, les traits qui l’apparentent à l’extrême-droite et de se donner une allure plus respectable. Ainsi a-t-il dissous la Garde magyare, sorte de milice paramilitaire, qui lui donnait une réputation sulfureuse. Il rivalise avec Viktor Orban dans la défense du christianisme, le refus de l’immigration, la méfiance à l’égard de l’Europe, mais il plaide aussi pour une politique plus sociale afin de lutter contre l’émigration massive des Hongrois vers l’Ouest.

La social-démocratie désunie

A gauche, les deux partis qui incarnent la social-démocratie – le Parti socialiste, que préside depuis 2016 Gyula Molnar, et la Coalition démocratique, fondée et dirigée depuis 2011 par l’ancien premier ministre Ferenc Gyurcsany – tentent en vain de surmonter leurs divisions. Ils ont réussi à s’entendre sur un partage des candidatures aux 106 sièges pourvus au scrutin uninominal, mais présenteront des listes séparées pour les 93 sièges restants qui relèvent du scrutin proportionnel.
Une ambiguïté demeure sur le choix du candidat au poste de premier ministre. Les socialistes avaient décidé de présenter l’un des leurs, Laszlo Botka, député et maire de Szeged, la troisième ville du pays, mais celui-ci vient de jeter l’éponge, estimant ne pas bénéficier d’un soutien suffisant dans son propre parti. Le Parti socialiste s’est alors tourné vers une personnalité extérieure, Gergely Karacsony, co-président du petit Parti du dialogue pour la Hongrie. Mais il n’est pas certain que la Coalition démocratique se rallie à cette candidature. Ferenc Gyurcsany n’a pas renoncé, semble-t-il, à briguer le poste en cas de succès de la gauche.

Ce succès, il est vrai, est hautement improbable tant la gauche hongroise paraît déconsidérée et incapable de se renouveler. Les querelles de personnes l’emportent toujours sur les batailles d’idées. La présence de Ferenc Gyurcsany, en particulier, lui qui a reconnu avoir menti aux électeurs pour gagner en 2006 mais qui demeure la plus forte personnalité à gauche, continue de semer le trouble.
D’autres partis s’efforcent d’incarner la voie du renouveau. C’est le cas de LMP (Une politique différente est possible), qui présentera contre Viktor Orban sa co-présidente, Bernadett Szél, et qui défend, entre la droite et la gauche, un centrisme d’inspiration écologiste.
C’est aussi le cas de Momentum, un mouvement né d’une vaste protestation contre la candidature de Budapest à l’accueil des Jeux olympiques de 2024 (finalement attribués à Paris) et présenté parfois comme le En Marche ! hongrois. Son jeune dirigeant, Andras Fekete-Györ (28 ans), prépare, avec d’autres, l’après-Orban.