Le Brexit est dans la nature des choses

Thierry Charlier/AFP/Ouest-France
Le parlement britannique rejette l’accord, le 15 janvier 2019

Peu de peuples sans doute appellent autant le respect que les Britanniques. Si, à l’échelle nouvelle du monde, le Royaume-Uni n’est plus une grande puissance, il demeure un grand pays.

Il reste que son adhésion à la Communauté Economique Européenne correspondait à un concours de circonstances, et non pas au désir de participer à la construction d’une Europe unie. En effet, le Marché Commun se développait plus et plus vite que la zone de libre échange prônée par le Royaume-Uni. Il ne pouvait donc en demeurer à l’écart. Il prit ensuite, en demandant des dérogations successives, une part active à Bruxelles, y plaçant nombre de ses ressortissants et plus encore y inoculant un libéralisme thatchérien.

Mais depuis quelques années, l’Union européenne n’a plus le dynamisme d’antan sur le plan économique. En même temps, les directives et les règlements persistaient, voire se multipliaient. Le déséquilibre se fit sentir entre les avantages que les Britanniques escomptaient tirer de leur participation à l’Union Européenne, et les contraintes auxquelles ils se trouvaient soumis.

Pour des raisons essentiellement électorales, David Cameron décida d’un référendum sur l’appartenance britannique à l’Union européenne. Nul n’avait prévu le succès du Brexit, pas même ceux-là qui l’avaient souhaité. Trois ans ont suivi de tergiversations, marquées notamment par l’irrésolution du Parlement de Londres et l’obstination de Madame May, de plus en plus contestée à l’intérieur même de son parti.

Il faudra bien finalement choisir

Le 11 avril, les Européens consentent un nouveau délai, cette fois jusqu’au 31 octobre, pour qu’une solution soit trouvée. Mais dans quelle attente ? Que le Parlement britannique, au quatrième round, approuve le projet d’accord qu’il avait refusé trois fois auparavant ; dans ce cas, avec quelle résolution, voire quelle sincérité, les Britanniques appliqueraient-ils cet accord accepté de mauvais gré ? Quant à un nouveau référendum, non seulement ses résultats seraient incertains, mais il ne ferait qu’aggraver les tensions déjà vives au sein du Royaume-Uni à propos du Brexit. Enfin, il est douteux que les partisans du Brexit puissent réellement accepter une adhésion à l’union douanière avec ses obligations européennes. Le risque est sérieux qu’il n’y ait toujours pas de solution au 31 octobre.

La question se posera alors d’un nouveau délai. Nul ne peut se réjouir de voir les Britanniques quitter l’Union européenne. En particulier, on comprend le regret de Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, celui des pays septentrionaux de l’Union devant la perspective de départ de leurs cousins nordiques, et celui des pays de l’Est désolés de se retrouver un peu seuls face au binôme franco-allemand. Certes aussi le Brexit « no deal » est une mauvaise solution et ses inconvénients ne peuvent pas être sous-estimés. Mais accorder un nouveau délai serait aggraver une incertitude de plus en plus dommageable des deux côtés de la Manche, en particulier pour les entreprises. Sa prolongation finirait par risquer de fissurer davantage le front des vingt-sept autres pays membres de l’Union, et cela au-delà même du problème du Brexit. Il faudra bien finalement choisir.

Le Royaume-Uni, dans sa longue histoire, ne s’est jamais vraiment impliqué dans le continent européen.