Le piège nord-coréen

Le président américain a entamé, le vendredi 3 novembre, un voyage de dix jours qui le mènera dans plusieurs pays d’Asie, notamment en Chine. Les dirigeants de Pékin lui préparent un accueil particulier. Si les questions économiques devraient tenir une place importante dans les entretiens, la situation en Corée du nord et dans toute la région sera un sujet majeur. Donald Trump se doit de rassurer les alliés et amis des Etats-Unis, de deux manières apparemment contradictoires : il doit réaffirmer sa volonté de garantir leur sécurité face au risque d’une Corée du nord détentrice de l’arme nucléaire et en même temps éviter de les effrayer par des propos trop va-t-en-guerre.
L’ambassadeur de France Francis Gutmann explique, dans le commentaire que nous publions ci-dessous, pourquoi la clé de la question nord-coréenne se trouve à Pékin.

Poniol, Wikipedia commons
Gymnastes nord-coréens, une démonstration de force

1/ Tout le monde s’inquiète légitimement de la politique de Kim Jong-un, mais tout le monde, en particulier les Chinois, ne veut pas la fin du régime de Pyongyang. Une attaque générale contre la Corée du nord, telle celle envisagée un moment par Donald Trump, reviendrait à détruire le régime et entraînerait donc nécessairement une réaction militaire immédiate de la Chine.
2/ Pour la Corée du Nord et son régime, il existe deux sauvegardes : le fait que la Chine n’accepte pas quoi que ce soit, notamment une réunification de la Corée qui amènerait des troupes américaines à sa frontière ; la détention de l’arme nucléaire. Si Kim Jong-un renonce à celle-ci, il ne lui reste que la première sauvegarde et il dépend entièrement du bon vouloir de Pékin.
3/ Si la Corée du Nord devait conserver l’arme nucléaire, d’autres pays, le Japon, l’Arabie saoudite, etc., voudront également s’en doter, ce sera la fin de la non prolifération. De cela, la Chine ne veut pas, les Russes, les Etats-Unis et la France non plus.
4/ Pour sortir de l’impasse, la seule issue semblerait être une attaque ciblée contre les sites nucléaires de la Corée du Nord, qui ne remette pas en cause son régime. Il n’est pas certain que cela soit possible.
Quand bien même ce le serait, la Chine et sans doute la Russie, ne laisseraient pas les Etats-Unis y procéder, tant le risque avec ces derniers serait que très vite ils dépassent l’objectif initial du raid.
Reste l’hypothèse – a priori hasardeuse — que ce soit les Chinois qui y procèdent. Mais cela ne serait imaginable que si Kim Jong-un, outrepassant certaines limites et sortant du cadre coréen du problème, menacerait par ses agissements la paix en général et donc les intérêts de la Chine en particulier.
La seule chose qui paraisse sûre, c’est que d’une façon ou d’une autre, il n’y a de solution que venant de Pékin.