Les élections allemandes pour les nuls

Les Allemands sont appelés à renouveler le Bundestag, la première chambre du Parlement, le dimanche 24 septembre. Les derniers sondages laissent présager une victoire de la démocratie-chrétienne d’Angela Merkel et un quatrième mandat consécutif pour la chancelière. Cependant la composition du futur gouvernement ne sera pas connue avant plusieurs semaines voire plusieurs mois en fonction des résultats des autres partis en lice.
Le système électoral allemand est complexe et peut réserver des surprises. Voici quelques jalons pour comprendre le scrutin de dimanche.

dpa
Un bulletin de vote pour les législatives allemandes

Qui peut voter ?

Le Bundestag est élu au suffrage universel direct. Tout citoyen allemand âgé de 18 ans au moins a le droit de vote. Le même âge vaut pour l’éligibilité au parlement. L’Allemagne compte 61,8 millions d’électeurs.

La durée de la législature

Le Bundestag est élu pour quatre ans. Tous les partis représentés dans la chambre sortante sont d’accord pour proposer l’allongement de la législature à cinq ans. Toutefois, les enquêtes montrent qu’une majorité d’Allemands est opposée à ce changement.

Le système électoral

Chaque électeur allemand dispose de deux voix. Avec la première il élit un député selon le système du scrutin uninominal à un tour. Le candidat qui a obtenu le plus grand nombre de voix est élu. Avec la seconde, l’électeur vote pour un parti, selon un scrutin proportionnel de liste par Land. Il a tout loisir de voter pour un parti autre que celui du candidat auquel il a donné sa première voix. Le nombre d’élus de chaque parti dépend du nombre de secondes voix obtenu.
Un seuil de 5% des voix est nécessaire pour qu’un parti entre au Bundestag.

Combien de députés ?

L’Allemagne est divisée en 299 circonscriptions. Une moitié des députés étant élus au scrutin majoritaire, l’autre moitié à la proportionnelle, le Bundestag devrait compter 598 membres. En réalité, le nombre de députés n’est pas fixe. En effet un parti peut avoir plus d’élus avec la première voix que ne lui en donnerait la stricte répartition proportionnelle. Il obtiendra alors un ou plusieurs mandats supplémentaires (Überhangmandat). Pour que la proportionnelle soit respectée, les autres partis peuvent à leur tour obtenir des mandats complémentaires (Ausgleichsmandat).
Ainsi l’Assemblée sortante comptait 630 membres. Certains experts estiment que, selon les résultats, l’éparpillement ou au contraire la concentration des voix, le nombre de députés pourrait atteindre voire dépasser les 700.

Les législatives de 2013

Lors des dernières élections législatives, le résultat avait été le suivant :
CDU-CSU 41,5 % des voix
SPD 25,7
Die Linke 8,6
Verts 8,4
FDP 4,8
AfD 4,7

Le résultat en 2017

Les premières estimations en voix et les projections en sièges sont attendues à partir de 18 h, dimanche 24 septembre, à la fermeture des bureaux de vote.

Le nouveau gouvernement

Il ne sera pas formé avant plusieurs semaines voire plusieurs mois, en fonction des résultats électoraux. En 2013, les négociations pour la formation de la grande coalition entre la démocratie-chrétienne et le Parti social-démocrate avaient duré 86 jours. Un record. Même en cas d’accord préalable entre deux partis, la mise au point du contrat de gouvernement prend environ un mois.

Quelle coalition ?

Les formations de « l’arc démocratique » (CDU-CSU, SPD, Verts, FDP) sont toutes susceptibles d’entrer dans une coalition gouvernementale. Elles ont exclu de travailler avec l’AfD (extrême-droite) qui devrait faire pour la première fois son entrée au Bundestag. La social-démocratie et les écologistes n’ont pas exclu formellement de s’allier avec la gauche radicale (Die Linke) mais une telle coalition est très improbable à la fois pour des raisons arithmétiques et idéologiques.
Chaque combinaison est symbolisée par un sigle ou une couleur :
La grande coalition CDU-CSU/SPD est « noire-rouge »
la coalition SPD-FDP-Verts s’appelle « feux tricolores » (rouge-jaune-verte)
la coalition CDU-CSU-FDP-Verts est « jamaïcaine » (noire-jaune-verte)
la coalition « bourgeoise » CDU-CSU-FDP est « noire-jaune ».
l’improbable coalition « de gauche » serait dite « R2G », pour « rot-rot-grün ».

Le règne d’un seul parti ?

Une seule fois dans l’histoire de la République fédérale, la démocratie-chrétienne a obtenu la majorité absolue au Bundestag. C’était en 1957 avec Konrad Adenauer et encore a-t-il gouverné quelque temps avec une petite formation Die Deutsche Partei, partisane – déjà – de l’unité allemande. Aucun observateur n’envisage cette éventualité cette année. Au contraire, avec six groupes parlementaires, le Bundestag devrait être plus fractionné que jamais.

Les derniers sondages (au 20 septembre)

CDU-CSU 35,9 %
SPD 21,9
AfD 11,1
Die Linke 9,6
FDP 9,6
Verts 7,6

Le chancelier ou la chancelière

Le chef du gouvernement est élu par le Bundestag à la majorité absolue des députés sur proposition du Président de la République. Celui-ci s’adresse d’abord au chef du pari arrivé en tête aux élections. C’est pourquoi les grands partis, ceux qui ont vocation à désigner le chancelier (ou la chancelière) font campagne derrière un(e) candidat(e) — Spitzenkandidat.
Il s’agit cette année d’Angela Merkel pour la démocratie-chrétienne et de Martin Schulz pour le SPD. Les autres partis ont aussi un Spitzenkandidat, voire deux pour respecter la parité homme-femme, mais ce sont plus des "locomotives" électorales que des prétendants à la chancellerie.