Les élections européennes du 26 mai vues d’Athènes : un referendum pour ou contre Alexis Tsipras

Vendredi 24 mai un ministre grec a annoncé qu’en cas de désaveu du programme du gouvernement aux élections du 26, Alexis Tsipras pourrait anticiper dès le mois de juin les élections législatives prévues pour octobre prochain.Alexis Tsipras a précisé que les électeurs voteraient dimanche non pour un gouvernement mais pour la politique que le pays suivra dans les prochaines années.Il répondait à Kyriakos Mitsotakis qui avait réclamé sa démission en cas de défaite aux européennes.
Thierry Reynard, ancien représentant de la France au Kosovo, analyse la situation à la veille des élections européennes

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Alexis Tsipras

Au cours de son dernier grand meeting de campagne à Athènes,Kyriakos Mitsotakis, leader de la principale formation d’opposition de droite avait lancé : « Le 26 mai le peuple pourra rejeter ce qu’il a souffert depuis quatre ans. La Grèce dans quelques jours en aura terminé avec Syriza pour prendre un nouveau départ. »
En dépit d’une situation macro-économique favorable, et d’un sentiment pro-européen majoritaire au sein de la population grecque, les élections européennes du 26 mai se présentent de façon très incertaine pour le gouvernement d’Alexis Tsipras, distancé dans les sondages par la droite de Nouvelle Démocratie.
« L’artiste du risque », selon le mot d’un politologue grec, aura beaucoup de mal à faire entériner par l’électorat la politique d’austérité menée depuis la crise qui a certes permis une amélioration des équilibres macro-économiques, mais au prix d’une cure d’austérité intérieure de très grande ampleur. Le gouvernement a depuis quelques mois tenté d’en atténuer les effets par une série de mesures sociales.

Tsipras le bon élève menacé sur sa droite et sur sa gauche

Le bilan du gouvernement est au plan macro-économique positif. Le taux de chômage en décrue (19%) reste certes à des niveaux élevés, mais l’économie a renoué avec la croissance (+ 2,3% en moyenne annuelle au premier semestre 2018). Le pays a l’an dernier dégagé un excédent budgétaire primaire (hors charge de la dette) de 3,57% - le plan d’aide prévoyait un objectif de 2,2%.
Mais la situation reste incertaine, la dette est supérieure à 180% du PIB, le système bancaire est fragilisé en raison notamment de l’endettement privé (près de 50% de crédits à risque).
Le pays a subi huit années de récession ; il a perdu plus de 25% du PIB depuis 2009.
Le gouvernement a toutefois réussi à afficher pour 2018 un excédent budgétaire de 4,5% du PIB. Les taux des emprunts grecs à dix ans sont tombés à leur plus bas niveau depuis quatorze ans (3,27%). La Grèce a donc regagné la confiance des investisseurs. L’OCDE prévoit pour le pays un taux de croissance de 2% en 2019 et en 2020.

Tsipras doit lâcher du lest

Le paysage électoral est particulièrement éclaté. Derrière les deux premières formations, Syriza et Nouvelle Démocratie, qui à elles deux totalisent plus de 60% des intentions de vote (35% pour Nouvelle Démocratie et 27% pour le parti de Tsipras), plus d’une quinzaine de petites listes présentent des candidats. Le Pasok n’apparaît que dans le Mouvement pour le changement KINAL, regroupant avec lui deux autres petits partis de gauche, et qui n’est qu’en 3ème position avec 7% des intentions de vote. Quant à l’extrême-droite elle est divisée en plusieurs listes totalisant environ 15% des intentions de vote, la moitié pour Aube Dorée (entre 7 et 8%). En droitisant Nouvelle Démocratie, Mitsotakis a mordu sur l’électorat d’extrême-droite.
Il est dans ces conditions très difficile de faire des prévisions fiables. Les sondages en outre se sont dans le passé trompés, en particulier lors des élections et du référendum de juillet 2015.
Cet épisode qui avait provoqué la scission de Syriza est encore présent dans toutes les mémoires : Alexis Tsipras après avoir fait campagne pour le non au plan de sauvetage européen soumis au référendum de juillet 2015 et rejeté à plus de 60% par les électeurs, l’avait ensuite accepté et mis en œuvre après avoir gagné les élections.
La crise a provoqué une baisse drastique du niveau de vie pour la majorité de la population. Les revenus des retraités ont été divisés par deux, les effectifs de la fonction publique, évalués à 825 000 personnes en 2009, ont été réduits de 25%, bien que des recrutements de « contractuels »continuent. 400 000 Grecs ont fui le pays pour trouver du travail. Le chômage atteint 40% chez les jeunes.
Les débats de la campagne ont porté sur des thèmes nationaux plutôt qu’européens, quoique l’immigration ait été dénoncée et exploitée par la droite.
La corruption et le clientélisme ont été au cœur des campagnes de presse (photos de Tsipras sur un yacht de luxe ; accusations de corruption visant la Nouvelle Démocratie - scandale Novartis).
La droite et l’extrême-droite ont tenté d’exploiter l’accord de Prespes reconnaissant le nouveau nom de l’ARYM devenue « République de Macédoine du Nord ». Le Parlement l’a ratifié de justesse le 25 janvier 2019 (par 153 voix sur 300), ce vote provoquant l’éclatement de la coalition avec le départ du gouvernement du parti ANEL, nationaliste de droite.
En prévision des élections européennes, municipales et régionales du 26 mai le premier ministre avait lancé un plan d’allègement de la pression fiscale et sociale dont le coût (1 Md d’euros) a inquiété les créanciers, l’UE et le FMI.
Il a rétabli le 13ème mois en faveur des retraités, ainsi que les aides au logement et les allocations familiales. Il a décidé une réduction de la TVA de 24% à 13% pour les produits alimentaires de première nécessité. Il a d’autre part annoncé un programme d’étalement des dettes fiscales sur 120 mensualités. Il a enfin augmenté le smic au 1er février 2019 de 11%, le faisant passer à 650€, compensant ainsi la moitié de l’amputation de 22% qui avait été imposée en 2012 . Il a d’autre part supprimé le smic jeune, les jeunes étant désormais au régime général, plus favorable. Ces mesures devraient profiter à plus de 800 000 personnes.

Alexis Tsipras pourrait être affaibli par deux événements récents

Souvent accusé de céder aux injonctions des internationaux et de la troïka, le premier ministre a encore été récemment pris à partie par le représentant du FMI à Athènes. Peter Dolman, chef de la représentation du FMI en Grèce, a déclaré devant la chambre de commerce le 16 mai que les mesures d’assouplissement annoncées par le premier ministre allaient dans la mauvaise direction. D’après lui le gouvernement devrait viser à élargir la base fiscale, ce qui ne pourrait pas être obtenu avec l’annulation de l’abaissement du seuil d’imposition annoncé. Le responsable du FMI a également reproché au gouvernement de se limiter à des mesures de court terme, l’objectif devant être d’après lui de mettre l’accent sur la croissance à moyen et long terme. Il a également indiqué que le FMI était favorable à une flexibilisation accrue du marché du travail.
Un deuxième événement tombe assez mal à la veille des élections.
Le Conseil d’Etat, plus haute instance judiciaire administrative du pays, a jugé le 17 mai que les mesures de réduction des salaires dans la fonction publique imposées pendant la crise financière étaient légales et conformes à la Constitution. La décision concerne les deux mois de salaire supplémentaires qui étaient jusqu’en 2012 versés aux fonctionnaires sous forme de primes à Noël, à Pâques et en été.
Les syndicats avaient introduit de multiples recours en inconstitutionnalité de ces mesures d’austérité désormais validées.
La déclaration du représentant du FMI et la décision du Conseil d’Etat sont curieusement annoncées à la veille des élections européennes.
Ces élections européennes du 26 mai qui seront couplées avec les élections municipales et régionales constitueront donc, d’après la majorité des observateurs un référendum pour ou contre Syriza en prélude aux élections générales prévues en octobre 2019.
Un élément important pesant sur le scrutin sera bien entendu le taux de participation.
Une étude publiée le 22 mai sous l’égide de la Konrad Adenauer Stiftung, à partir d’un échantillon de 1000 personnes, donne un résultat à prendre avec beaucoup de prudence, 77% des personnes interrogées ayant déclaré compter aller voter le 26 mai. Ce taux parait très élevé par rapport aux élections européennes précédentes mais il est peut-être lié à la concordance avec les élections municipales ou avec le fait que le vote en Grèce est obligatoire. Il est probablement très surévalué.