Macron appelle au « redémarrage » de l’Union européenne

Le successeur de François Hollande s’est engagé pendant sa campagne à relancer l’Union européenne. Il a promis de construire une Europe « qui développe nos emplois et notre économie » et une Europe « qui nous protège ». Il a mis l’accent sur l’indispensable coopération franco-allemande pour surmonter les blocages et placé le renouveau de l’Europe sous le double signe de la croissance et de la sécurité. Il lui faudra beaucoup de volonté et de savoir-faire pour passer des paroles aux actes.

NICOLAS MESSY ASZ/SIPA
Esplanade du Louvre 7 mai 2017

« Je défendrai l’Europe », a affirmé Emmanuel Macron dans le premier discours qu’il a prononcé après sa victoire. Le successeur de François Hollande a déclaré qu’il tenterait de « retisser le lien entre l’Europe et les citoyens ». Il a cité le « redémarrage de l’Europe » parmi les défis auxquels il lui faudra répondre. Cette référence appuyée à l’Union européenne était dans la continuité de ses discours de campagne. Le renforcement de l’UE, en étroite collaboration avec l’Allemagne, était en effet l’un des principaux chapitres de son programme.

Au cours des derniers mois, le fondateur d’En Marche ! n’a cessé de répéter que la construction européenne était la meilleure réponse aux défis de la mondialisation et que, face aux Etats-Unis, à la Chine ou à la Russie, les Etats du Vieux Continent ne pourraient garder leur place dans le monde qu’en consolidant leur union. De tous les aspirants à la fonction présidentielle, il est celui qui s’est montré le plus enthousiaste à l’égard de l’Union européenne et le moins critique sur son fonctionnement actuel, même si, comme ses concurrents, il a appelé à des changements importants.

On attend donc du nouveau président qu’il mette en œuvre sans tarder les mesures qu’il a annoncées en faveur de l’Union européenne, en application du mandat qu’il a reçu des Français, celui de « faire avancer l’Europe », comme l’a écrit dans Le Monde peu avant l’élection le ministre allemand des affaires étrangères, le social-démocrate Sigmar Gabriel. Le « renouveau européen » qu’évoque le ministre allemand n’est possible, chacun le sait, que par une relance de la coopération franco-allemande. La victoire d’Emmanuel Macron est, de ce point de vue, un bon signal. Angela Merkel a soutenu la candidat d’En Marche ! Les sociaux-démocrates paraissent prêts à s’associer à sa démarche. S’il tient ses promesses de campagne, il peut redonner espoir à ceux qu’inquiète l’enlisement de l’UE.

En finir avec les abus

Que propose Emmanuel Macron ? Dans le document distribué aux électeurs, il souhaite que la France redevienne « le fer de lance d’un projet européen qui lui ressemble ». Il promet de défendre ses intérêts « en relançant une Europe ambitieuse, qui investit et qui protège, et dont la vitalité démocratique et le goût pour l’avenir seront retrouvés ». Cette Europe, dit-il encore, doit être « à la hauteur de nos espérances ». Elle ne doit pas avoir pour mission « de gérer une bureaucratie mais de protéger notre présent et de préparer notre avenir ». Au lieu de l’accuser « de tous les maux », comme le font certains, il faut en changer le cours pour la mettre au service des citoyens et en finir avec les abus qu’elle permet, notamment en matière de concurrence sociale et fiscale.

Concrètement, Emmanuel Macron affirme qu’il se battra « contre les abus du travail détaché » en révisant la directive contestée et en limitant à un an la durée autorisée de séjour d’un travailleur détaché. Il promet de lutter « contre les arrangements fiscaux entre Etats et entreprises multinationales », qui faussent la concurrence en Europe. Il propose aussi d’établir un mécanisme de contrôle des investissements étrangers en Europe afin de préserver les industries stratégiques. Dans le même esprit, l’accès aux marchés publics européens sera réservé aux entreprises qui localisent au moins la moitié de leur production en Europe, au nom d’une sorte de Buy European Act inspiré du Buy American Act. Mais au-delà de ces mesures défensives, qui feront l’objet de difficiles négociations entre les Etats membres, la politique européenne du président Macron reposera sur deux piliers : la croissance et la sécurité.

Un budget de la zone euro

La croissance : « Nous construirons une Europe qui développe nos emplois et notre économie », indique le programme de campagne. La principale réforme annoncée est la mise en place d’un budget de la zone euro, voté par un Parlement de la zone euro et exécuté par un ministre de l’économie et des finances de la zone euro. Cette idée a été longuement détaillée, pendant la campagne, par l’économiste Thomas Piketty pour le compte de Benoît Hamon. Elle est aussi au cœur du projet d’Emmanuel Macron, même s’il ne l’a pas développée publiquement autant que son concurrent socialiste. Ce budget permettra d’accroître les investissements destinés à relancer la croissance et son adoption par un Parlement de la zone euro, dont la composition reste à préciser, garantira le respect de la démocratie.

La sécurité : « Nous construirons une Europe qui nous protège », déclare le document-programme en recommandant la mise en place, avec l’Allemagne, d’une « Europe de la défense » qui passera par la création d’un Fonds européen de défense pour financer des équipements militaires et d’un Quartier général permanent. Par ailleurs, un meilleur contrôle des frontières extérieures sera assuré par le déploiement d’une force de 5.000 garde-frontières. Ces propositions ne sont pas nouvelles, mais elles s’inscrivent dans une stratégie qui se donne à la fois comme cohérente et comme réaliste. Elles font partie des « engagements clairs » que prend Emmanuel Macron « sur les chantiers essentiels pour l’avenir de notre pays ». Elles relèvent du « contrat » que le candidat a choisi de passer avec les Français.

Au moment où le fondateur d’En marche ! s’apprête à succéder à François Hollande, la question est évidemment de savoir s’il sera capable de remplir ce contrat et si ses belles intentions ne vont pas se heurter au mur de la réalité, comme ce fut le cas pour son prédécesseur. Aura-t-il la volonté et le savoir-faire qui lui seront indispensables pour surmonter les obstacles ? Saura-t-il entraîner ses partenaires européens, non seulement l’Allemagne mais l’ensemble des Etats membres ? Parviendra-t-il à convaincre, en France et ailleurs, les eurosceptiques ? « Nous proposerons des conventions citoyennes dans toute l’Europe dès la fin de l’année 2017 pour redonner un sens au projet européen », a-t-il promis. La tâche est immense. On saura vite si « l’esprit de conquête » dont il se réclame lui donnera la force de mettre son programme en application.