Nouvelle chance pour le populiste à la présidentielle en Autriche

La Cour constitutionnelle autrichienne a invalidé, le vendredi 1er juillet, le second tour de l’élection présidentielle du 22 mai. Lors de ce scrutin, le candidat soutenu par les Verts, Alexander Van der Bellen, l’avait emporté sur le candidat populiste, Norbert Hofer, par 50,3% de voix contre 49,7%. Moins de 31000 suffrages séparaient les deux adversaires. Après avoir déclaré accepter le résultat, le parti dit libéral (FPÖ) avait porté plainte devant la Haute juridiction pour irrégularités. Les juges ont estimé que lors du dépouillement des bulletins de vote par correspondance la loi électorale n’avait pas été respectée dans plus de huit bureaux de vote sur dix. Le second tour de l’élection présidentielle devrait avoir de nouveau lieu le 25 septembre ou le 2 octobre.

Joe Klamar/AFP
Alexander Van der Bellen (à gauche) et Norbert Hofer

Deux succès des souverainistes à une semaine d’intervalle ? Après la victoire du Brexit au Royaume-Uni lors du référendum du 23 juin, les eurosceptiques autrichiens viennent d’avoir gain de cause devant la Cour constitutionnelle. Leur candidat, Nobert Hofer, se voit offert une nouvelle chance. Il avait créé la surprise en arrivant largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle mais avait été battu de justesse au second tour par Alexander Van der Bellen, le candidat écologiste soutenu par la gauche et tout ce que l’Autriche compte de libéraux.

« Une très bonne nouvelle pour les patriotes »

Marine Le Pen jubile après l’invalidation de l’élection d’Alexander Van der Bellen : « Ce nouveau scrutin est une très bonne nouvelle pour les patriotes, et s’inscrit dans le printemps des peuples que nos pays sont en train de vivre. Après l’heureuse victoire du Brexit au Royaume-Uni, la montée de l’euroscepticisme en Italie, l’Autriche a elle aussi l’occasion de retrouver le chemin de la liberté et de la fierté nationale. Viendra bientôt le tour de la France ! », a-t-elle déclaré sur BFM-TV.
Rien n’est pourtant joué et la présidente du Front national se réjouit peut-être un peu vite. Car rien ne dit que le Brexit, et surtout ses suites, ne vont pas jouer contre le candidat eurosceptique. Il y a certes un certain nombre de points communs entre les votes en Autriche et au Royaume-Uni. Le thème de l’immigration, y compris venant des pays de l’Europe centrale, a joué un rôle dans les deux cas.

Le thème de l’immigration

En Autriche comme en Grande-Bretagne, la division des électeurs est passée entre les villes et les campagnes, entre les électeurs éduqués et ceux qui le sont moins, entre les élites mondialisées et les laissés pour compte de la modernisation. Les jeunes y sont plus pro-européens que la moyenne. Toutefois le Parti libéral (FPÖ), le parti de feu Jörg Haider qui se distinguait par une forme de nostalgie du IIIème Reich, ne plaide pas une sortie de l’Autriche, contrairement à UKIP et aux tenants du « Leave ». Le FPÖ est plus eurosceptique qu’anti-européen. Il est plus hostile à l’euro qu’à l’UE. Mais il se range sans conteste dans les rangs des souverainistes.
Au cours de ces dernières années, sous la direction de Heinz-Christian Strache, il a tenté de se « dédiaboliser ». C’est la condition pour arriver à la chancellerie qui est le véritable but de son chef. La présidence de la République, charge essentiellement honorifique dans la tradition de la Deuxième République autrichienne, n’est qu’une étape. Heinz-Christian Strache a choisi Norbert Hofer comme candidat à la présidence, parce que cet ingénieur aéronautique, quoique très proche des milieux néonazis par son passé et ses amitiés, « présente bien ».

« Ça se passe toujours comme ça »

Les souverainistes ont-ils le vent en poupe, comme le croit Marine Le Pen ? Ou leurs espoirs seront-ils déçus en Autriche ? En faveur du candidat populiste joue le fait que la Cour constitutionnelle lui ait donné raison pour les irrégularités qu’il dénonçait. Toutefois, la Cour n’a établi aucune fraude lors du second tour du 22 mai, au cours duquel il a été battu. Elle a seulement constaté que le non-respect de la loi électorale pouvait ouvrir la voie à des manipulations.
C’est surtout le vote par correspondance, très répandu en Autriche, qui est en cause. Les bulletins ont été ouverts dès le dimanche soir du scrutin alors que la loi prévoit qu’ils ne doivent l’être qu’à partir du lundi matin. Des procès-verbaux ont été signés par des scrutateurs sans avoir été lus. Etc. « Ça se passe toujours comme ça », ont dit des témoins entendus par la Cour. Personne ne s’en était jusqu’à maintenant offusqué car les résultats des élections n’avaient jamais été si serrés.

Un chancelier populaire

Du côté d’Alexander Van der Bellen, il est probable que ses soutiens vont se mobiliser avec la même ampleur qu’au second tour du mois de mai « pour ne pas se laisser voler leur victoire ». De plus le gouvernement a retrouvé une part du crédit perdu ces derniers mois avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau chancelier. L’ancien directeur des chemins de fer autrichiens, Christian Kern (social-démocrate), a réussi ses débuts politiques et jouit d’une bonne popularité.
Rien n’est donc joué. Un facteur déterminant sera la manière dont l’Union européenne réagira au cours des prochaines semaines au Brexit, estime le politologue Christian Hofinger dans un entretien à la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Si elle parait impuissante, cela profitera au candidat de la droite extrême.