Pendant les JO, la bataille politique continue au Brésil

Les Jeux olympiques de Rio, qui devaient être une vitrine de la réussite brésilienne, braquent aujourd’hui l’attention sur les faiblesses du pays, affecté à la fois par une grave crise économique et par une crise politique de grande ampleur. La suspension de la présidente, Dilma Rousseff, pour manipulation des comptes publics et l’inculpation de son mentor et prédécesseur, Lula, pour entrave à la justice créent un climat de forte tension sur fond de corruption et de règlements de compte. Les partis préparent les élections municipales d’octobre 2016 et surtout l’élection présidentielle de 2018 alors que la méfiance d’une grande partie de la population s’accroît à l’égard de ses dirigeants.

Europe I
La flamme olympique arrive au Brésil en mai

Le Brésil, qui a obtenu en 2009 l’organisation des Jeux olympiques dans l’euphorie des succès associés au nom de Lula, son charismatique président, traverse aujourd’hui, au moment où commencent ces Jeux, une passe difficile. Lula, qui reste, dans son pays et dans beaucoup d’autres, une figure adulée et un symbole respecté, vient d’être inculpé pour obstruction à la justice dans les affaires de corruption qui gangrènent le système politique du Brésil.
Quant à celle qui lui a succédé à la présidence après avoir été sa proche collaboratrice, Dilma Rousseff, elle est suspendue de ses fonctions pour maquillage des comptes publics et pourrait être définitivement écartée si le Sénat en décide ainsi au lendemain des Jeux. Comme Lula, Dilma a décidé de ne pas assister à la cérémonie d’ouverture aux côtés de son ancien vice-président, Michel Temer, qui l’a remplacée à la tête du pays. Comme Lula, elle s’estime victime d’un complot ourdi par la droite pour mettre fin au pouvoir du Parti des travailleurs, leur parti commun, et préparer la victoire des conservateurs à l’élection présidentielle de 2018.

Eteindre la flamme olympique

Le climat est tendu à Sao Paulo, la capitale économique du pays, comme à Rio, qui accueille les Jeux. Des manifestations ont eu lieu dans les deux villes, où partisans et adversaires de Dilma Rousseff se sont mobilisés. Les Jeux sont l’occasion pour les protestataires de donner de la voix. Certains d’entre eux ont même tenté d’éteindre la flamme olympique quelques jours avant la cérémonie d’ouverture. Le mécontentement se nourrit à la fois de l’apparente impréparation des organisateurs, dont témoigne, entre autres, l’inachèvement du village olympique, et du coût de l’ensemble des travaux (près de 10 milliards d’euros), pour lesquels un fonds d’urgence fédéral a dû être débloqué.
La crise économique que connaît le pays et qui s’ajoute à la crise politique alimente la colère d’une grande partie de la population, qui profite des Jeux olympiques pour faire connaître son insatisfaction. Les Jeux, qui devaient mettre en valeur les réussites du pays, soulignent plutôt ses faiblesses. Une « occasion manquée », reconnaît le maire de Rio, Eduardo Paes, qui a déclaré : « Avec tous ces scandales, ce n’est pas le meilleur moment d’être sous le regard du monde entier ».

La présidentielle de 2018

Pendant que les sportifs s’affrontent sur les stades, la bataille continue de plus belle entre les principaux acteurs de la politique brésilienne. Au Sénat, les amis de Dilma Rousseff tentent de s’opposer à la destitution de la présidente suspendue en expliquant que ses actes ne constituent pas un « crime de responsabilité », seul motif justifiant qu’elle soit démise de ses fonctions. Ils n’ont pas perdu tout espoir de convaincre un nombre suffisant de sénateurs, la condamnation devant être prononcée à la majorité des deux tiers. De son côté, Lula conteste avec vigueur la procédure engagée contre lui. Il a saisi la commission des droits de l’homme de l’ONU et accuse la justice d’outrepasser ses droits.
L’enjeu est important pour l’ancien président, qui ne cache plus son intention de se présenter à la présidentielle de 2018 et qui doit pour cela se laver des accusations portées contre lui. La présidentielle de 2018 est en effet dans tous les esprits. A gauche, des ambitions s’affichent, encouragées par les difficultés de Lula. A droite, l’incertitude demeure sur les intentions de Michel Temer, qui a remplacé provisoirement Dilma Rousseff à la présidence et qui, s’il est confirmé dans ce mandat au terme de la procédure de destitution, pourrait être tenté de demander sa prolongation en 2018.

Le morcellement du système politique

En attendant cette échéance, ce sont les élections municipales d’octobre qui mobilisent les formations politiques. Leur résultat donnera une indication claire du nouveau rapport de forces qui s’est créé au cours des dernières années. Il montrera aussi si les anciens partis gardent la confiance des électeurs ou si le renouvellement auquel tout le monde aspire se traduira dans les urnes. Les grandes manœuvres ont commencé pour construire les alliances nécessaires dans un pays où le nombre élevé de partis (trente-cinq selon le Tribunal supérieur électoral) rend indispensable la formation de coalitions. L’avenir du Parti des travailleurs se joue en partie dans ces obscures tractations. Même s’il n’est pas le seul parti touché par les affaires de corruption, qui n’épargnent pas ses principaux adversaires et mettent notamment en cause un grand nombre de parlementaires, la formation de Lula a beaucoup à perdre. Certains de ses anciens alliés refusent désormais de lui apporter leur concours.
Le morcellement du système politique brésilien est l’un des principaux facteurs de sa paralysie. La multiplicité des partis oblige en effet les gouvernements à négocier leur soutien pour construire une majorité. Les arrangements financiers, qui vont de pair avec la corruption, l’emportent largement sur les convergences idéologiques ou les accords programmatiques. Il faudra du temps pour modifier des habitudes profondément ancrées dans l’histoire du Brésil. La crise qui secoue le pays peut permettre de commencer à tourner la page pour rendre possible, au-delà du renouvellement des hommes, un changement des méthodes.