Pourquoi et comment réformer l’euro ?

L’euro est entré en vigueur sur les marchés financiers le 1er janvier 1999 avant de devenir une monnaie fiduciaire entre les mains des citoyens, sous la forme de pièces et de billets, le 1er janvier 2002. La monnaie unique célébrera donc ses vingt ans dans quelques semaines. Seuls neuf pays de l’Union sur vingt-huit ont pour le moment refusé d’y adhérer. Parmi les dix-neuf qui ont à ce jour choisi de faire partie de la zone euro, les derniers à y être entrés sont les trois Etats baltes. Pour le Cercle des libéraux, l’économiste Philippe Simonnot, ancien journaliste au quotidien Le Monde, propose les voies d’une reconstruction autour du coeur franco-allemand. Celle-ci passe notamment, selon lui, par une profonde réforme de la Banque centrale européenne.

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Naissance de l’euro

L’euro va bientôt fêter son vingtième anniversaire. Déjà. C’est beaucoup pour une monnaie nouvelle, née dans un certain scepticisme et qui est allée de crise en crise. Presque plus personne ne parle de sortir de l’euro. Mais tout le monde veut améliorer son fonctionnement. Il faut donc le réformer.

Le principal mérite de l’euro n’est jamais dit et pour cause ! Ce mérite, qu’il vaut mieux cacher, est d’avoir éloigné le pot de miel de la patte de l’ours – c’est à dire la planche à billets ou ses avatars modernes de la main des gouvernements, même si le lien entre la monnaie et les politiques gouvernementales se rétablit encore trop souvent par le truchement de la BCE. Ainsi grâce à l’euro, les citoyens des pays qui s’en servent ont découvert ou redécouvert que la monnaie pouvait ne pas être un attribut régalien, ou même qu’elle ne devait pas l’être si elle prétendait au statut de bonne monnaie. Cette expérience est aujourd’hui unique au monde ; il faut désormais la faire prospérer.

A la lumière de cette désétatisation, encore incomplète et insuffisante de la monnaie, il faut reconsidérer l’histoire des deux dernières décennies. On s’aperçoit que malheureusement et paradoxalement l’euro a perdu vis-à-vis du dollar l’indépendance que le deutschemark avait acquise. Disons-le tout net : à cause de l’euro l’Allemagne, notamment sous la pression de la France, a abdiqué devant le nouvel étalon-dollar alors même que depuis le 15 août 1971 la monnaie américaine est détachée de toute référence à l’or. Une occasion de réformer le système monétaire international a été manquée. A cause de cette abdication monétaire, qui a sans doute été le prix réclamé par les voisins européens pour la réunification allemande ou/et le passé nazi qui ne passe pas, l’euro est une moins bonne monnaie que ne l’a été le deutschemark même s’il est une moins mauvaise monnaie que ne le furent le franc, la lire, la pesete, etc…Quant à la BCE, avec tous les mauvais papiers qu’elle a emmagasinés à l’instar de la Fed des Etats-Unis, elle est en passe de devenir une Bad Bank, l’Union monétaire européenne se transformant en une « union de transfert », les contribuables des pays du centre étant sollicités pour venir au secours de la périphérie. Si l’Italie entre dans cette danse là, c’est le centre lui-même qui va être pris dans le prochain cyclone.

Les difficultés croissantes de l’Italie ouvrent en fait la voie à une reconstruction de l’euro autour du coeur franco-allemand. C’est une opportunité qu’il faut mettre à profit. Le principe de cette reconstruction est simple : le nouvel euro doit obéir au standard du 0% d’inflation/déflation o long terme, ce qui est évidemment compatible avec des hausses et des baisses des prix à court et moyen terme en fonction de la conjoncture économique. Tout pays européen est en droit d’adhérer à cette nouvelle zone s’il accepte le 0% Standard. Cette adhésion est réversible.

La Banque centrale européenne est remplacée par un Institut monétaire européen dont l’unique mission est de faire respecter le 0% Standard. Il n’est donc plus question pour cette instance d’intervenir sur le marché monétaire ou sur le marché des changes. Sa fonction, en tant que gardienne de la bonne monnaie, est de faire en sorte que le 0% Standard soit respecté, et donc que la base monétaire du système (monnaie en circulation et réserves auprès de l’Institut) soit gérée en conséquence.

Les pays membres de la nouvelle zone euro gardent leur souveraineté budgétaire et fiscale. Seules les lois du marché les obligent à respecter le 0% Standard. Par exemple en cas de déséquilibre budgétaire excessif, l’endettement supplémentaire qui en résultera se traduira immédiatement par une sanction sur les marchés financiers qui le ramènera dans le chemin de la bonne monnaie s’il veut y rester.