Salvini et Johnson, les deux provocateurs

Deux figures du populisme européen occupent en ce moment la « une » de l’actualité. L’une d’elles, le premier ministre britannique Boris Johnson, n’hésite pas à affirmer son autorité en suspendant le Parlement pour une durée inhabituelle afin de l’empêcher de s’opposer à un Brexit sans accord. L’autre, le chef de l’extrême-droite italienne Matteo Salvini, a mis fin au gouvernement de coalition qu’il formait avec le Mouvement 5 Etoiles pour tenter d’obtenir les « pleins pouvoirs » après de nouvelles élections. Les deux hommes en appellent au peuple contre les élus.

Dessins de politico.eu et de Paolo_Callieri/voxeurop.eu
Les deux provocateurs

Sous l’impulsion de deux trublions de la politique dont les initiatives intrépides bousculent le jeu traditionnel des partis, deux des principaux pays européens, l’Italie et le Royaume-Uni, connaissent depuis quelques jours d’importantes turbulences. Les batailles pour le pouvoir mettent leurs institutions à l’épreuve et testent les rapports de force qui décideront de leur avenir. Deux hommes sont à l’origine de ces bouleversements.

En Italie, le bouillant chef de l’extrême-droite, Matteo Salvini, a mis à bas le gouvernement dont il était l’un des principaux acteurs mais se heurte à la résistance de son ancien allié, le Mouvement 5 Etoiles, qui a choisi de s’entendre avec le Parti démocrate pour rester au pouvoir. Au Royaume-Uni, le flamboyant premier ministre conservateur, Boris Johnson, a annoncé la suspension du Parlement pour tenter d’imposer le Brexit sans accord qu’il a promis à ses compatriotes, provoquant un tollé dans la classe politique.

A Rome comme à Londres, les deux provocateurs ont créé un séisme qui met en péril leurs propres ambitions. Matteo Salvini, qui espérait devenir premier ministre après de nouvelles élections, est pour le moment la première victime de ses manœuvres, qui ont eu pour résultat la formation d’une nouvelle coalition dont son parti, la Ligue, est exclu. Quant à Boris Johnson, il joue avec le feu : ses opposants s’organisent pour tenter de faire échouer son entreprise et d’éviter le « no deal » dont il se fait désormais le champion.

La voie du coup de force

Dans un cas comme dans l’autre, les deux dirigeants ont choisi la voie du coup de force pour contourner la représentation nationale au nom du peuple souverain. Au Royaume-Uni, Boris Johnson se réfère au vote populaire de juin 2016 en faveur du Brexit pour mettre fin aux tergiversations du Parlement, soupçonné de trahir la volonté des électeurs. En Italie, Matteo Salvini s’appuie sur sa forte popularité et sur les bons résultats de son parti aux élections européennes, confirmés par les derniers sondages d’opinion, pour contester la composition actuelle du Parlement, et donc du gouvernement, et réclamer un nouveau scrutin qui établira, pense-t-il, sa prééminence.

Le chef de l’extrême-droite italienne ne craint pas de demander les « pleins pouvoirs ». Le premier ministre britannique n’emploie pas cette expression mais agit comme s’il la faisait sienne. Comme tous les populistes, les deux hommes jouent la carte de l’autorité. Ils se réclament l’un et l’autre d’une forme de démocratie directe qui fait passer au second plan la vieille démocratie représentative.

Les deux dirigeants ont aussi en commun la défense d’un nationalisme identitaire qui se traduit par le rejet de l’Union européenne, le refus de l’immigration et l’exaltation de la nation enfin libérée des contraintes imposées de l’extérieur. A l’ouverture sur le monde ils opposent le besoin d’ordre et de protection auquel aspirent leurs concitoyens. Ceux-ci diront dans les urnes, le moment venu, s’ils partagent cette vision et s’ils préfèrent le repli sur eux-mêmes à la solidarité internationale.