1932, date du dernier recensement au Liban

La 18e tentative d’élire un président de la République au Parlement libanais, prévue mardi 22 avril 2008, a été reportée sine die, accentuant la profonde crise que traverse le pays divisé entre majorité antisyrienne et opposition soutenue par Damas et Téhéran. Le Liban est sans chef de l’Etat depuis la fin du mandat du prosyrien Emile Lahoud le 24 novembre. La crise est le résultat de divergences persistantes entre la majorité antisyrienne, soutenue par l’Occident et l’Arabie saoudite, et l’opposition, emmenée par le Hezbollah chiite et appuyée par Damas et Téhéran. Aucun dialogue ne semble en vue entre les différentes familles politiques libanaises et l’avenir paraît bloqué, comme on le voit bien avec l’exemple du recensement impossible de la population libanaise. Impossible précisément en raison d’un confessionnalisme politique qui mène la vie dure aux efforts faits pour l’abolir.  

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’y a pas eu de recensement de la population libanaise depuis 1932. Le sujet reste tabou et l’administration peine à établir des informations statistiques et à les communiquer au public. Effectuer un recensement aujourd’hui remettrait en question la représentation des principales communautés -chrétiennes, sunnites, chiites et druzes- au sein des institutions, bouleversant ainsi le fragile équilibre politique.

Le « pacte national » (non écrit) adopté au moment de l’indépendance en novembre 1943, avait pour objet d’organiser le partage du pouvoir en fonction des appartenances communautaires. Pour ce faire, il fut établi sur la base du recensement de 1932 afin de respecter leur poids démographique.

A l’heure actuelle, la donne démographique a profondément évolué au détriment des chrétiens et au profit des musulmans, particulièrement, des chiites (entre 30 et 40 % de la population libanaise). De peur de briser ce fragile équilibre politique, les institutions ne préfèrent pas suivre cette évolution et évitent d’aborder la question.