A Berlin, succès relatif pour la droite populiste

Les élections régionales à la Chambre des députés de Berlin, qui ont eu lieu le dimanche 18 septembre, ont été marquées par un nouvel échec de la démocratie-chrétienne, le parti d’Angela Merkel. Avec 17,6% des voix elle perd plus de 5 points par rapport à 2011. C’est son plus mauvais score historique. Certes le Parti social-démocrate (SPD) perd plus de 6 points à 21,6% mais il reste la première formation de la capitale, qui est aussi un des 16 Länder d’Allemagne. Le maire, Michael Müller, devrait rester en fonction, à la tête d’une nouvelle coalition. La « grande coalition » entre le SPD et la CDU, qui gouvernait depuis cinq ans, n’a plus la majorité. Le SPD devra trouver au moins deux alliés, soit avec la CDU et les libéraux (qui reviennent au parlement régional avec plus de 6% des suffrages), soit avec die Linke (15,6%) et les Verts (15,2%), soit avec les Verts et les libéraux. Le parti populiste de droite, Alternative für Deutschland, qui n’existait lors du scrutin précédent, obtient 14,2%.

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La participation a atteint 67 %

Les dimanches électoraux se suivent et se ressemblent pour la démocratie-chrétienne. Le 4 septembre, le parti d’Angela Merkel avait subi une véritable débâcle dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, en arrivant derrière l’AfD. Quinze jours plus tard, il perd encore plus de 5 points aux élections de Berlin, en chutant au-dessous de la barre des 20%. Il risque d’être exclu du gouvernement de la capitale.
Sans doute la situation de Berlin n’est pas transposable à toute l’Allemagne. Mais à un an des élections au Bundestag, qui auront lieu en septembre, les signaux négatifs se multiplient. Les intentions de vote en faveur de la CDU-CSU ont encore diminué d’un point lors du dernier sondage, à 32%, à comparer aux 41% obtenus en 2013. La popularité de la chancelière est passée sous la barre des 50%.

Concurrence à droite

La démocratie-chrétienne est concurrencée sur sa droite par le nouveau parti populiste, Alternative für Deutschland, qui fait campagne contre la politique du gouvernement en faveur des réfugiés. L’AfD est maintenant représentée dans dix des seize parlements régions. Mais son succès à Berlin est relatif. Elle n’a pas réussi la percée opérée quinze jours auparavant dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale et n’arrive qu’en cinquième position. Il est vrai que dans cette ville cosmopolite, ouverte, dynamique qu’est Berlin la situation n’est pas comparable à celle d’un Land de l’ancienne RDA, pauvre et aux marches du pays.
La capitale reste politiquement coupée en deux. La gauche radicale Die Linke et l’AfD font toutes les deux leurs meilleurs scores à Berlin-Est, alors que les partis traditionnels et les Verts enregistrent de bons résultats à Berlin-Ouest. S’il y existe des recoupements entre les électorats de la gauche radicale et de la droite populiste, la première a gagné des points par rapport aux élections précédentes et fait mieux que la seconde. L’explication tient sans doute dans le fait que dans les quartiers populaires de Berlin-Est la tradition communiste et le réflexe du « vote de classe » sont encore bien ancrés.

Le réservoir des abstentionnistes

Dans l’ensemble de la ville, l’AfD a profité d’une hausse de la participation de 7 points, à 67%, par rapport au scrutin régional précédent de 2011. Parmi ses électeurs se trouvent 47% des abstentionnistes d’il y a cinq ans, soit 64 000 voix, alors que les transferts en provenance des autres partis s’élèvent à quelque 70 000 voix. Les électeurs de l’AfD sont en majorité des hommes, âgés de plus de 35 ans, ouvriers ou chômeurs. Selon une enquête d’opinions, 26% ont choisi le bulletin de vote AfD par conviction, 70% pour protester contre les autres partis.
Si les deux grands partis de masse traditionnels du paysage politique allemand, à savoir la démocratie-chrétienne et la social-démocratie, sont aux élections de Berlin comme dans des consultations précédentes en perte de vitesse, dans la capitale la droite populiste n’a pas eu le monopole de la protestation, la gauche radicale et les libéraux qui reviennent à la Chambre des députés après avoir échoué sur la barre des 5%, offrent un autre choix.