Pékin n’a guère d’inquiétudes à avoir : le suffrage universel assidûment réclamé par les démocrates hongkongais n’est pas pour demain. Et l’élection visant à renouveler une partie du Parlement de l’île s’est largement jouée pour la galerie.
Le camp démocrate s’est empressé de pavoiser mais il ne détient qu’un tiers des 60 sièges du Conseil législatif où les pro-Pékin mènent le bal. Certes, les résultats sont meilleurs que les estimations qui leur promettaient une débâcle. Certes, ils sont parvenus, en dépit de leurs divisions, à préserver leur minorité de blocage même s’ils ont cédé trois sièges par rapport au précédent scrutin de 2004.
Les démocrates peuvent aussi compter sur Leung Kwok-hung, confortablement réélu dans sa circonscription, pour assurer le spectacle. Vêtu d’un éternel tee-shirt à l’effigie du Che, ce trotskyste surnommé « Longs cheveux » est réputé pour ses actions coups de poing et ses sorties antigouvernementales enflammées. Bête noire de Pékin dont il exige des excuses pour la sanglante répression de Tiananmen, il incarne les aspirations démocratiques de la frange la plus radicale de l’électorat.
Mais dépourvu des grandes figures historiques et charismatiques du mouvement, tels Martin Lee ou Anson Chan, le camp réformateur semble condamné à limiter la casse face à des formations prochinoises qui ont tiré profit de la vague patriotique engendrée par les jeux olympiques.
La moitié des membres du Conseil législatif sont élus au suffrage direct, les autres étant désignés par un collège de 200.000 grands électeurs acquis à Pékin.
Handicapés par ce mode de scrutin biaisé, les partis pro-démocratie n’ont guère de latitude : s’ils conservent un pouvoir de nuisance, ils devront mettre sous le boisseau leur rêve de suffrage universel. Au moins jusqu’en 2017, l’échéance évoquée l’an dernier par les autorités centrales chinoises avec un art consommé de la procrastination.
La démocratisation est érigée comme "but ultime" dans la Constitution de la Région administrative spéciale de Hong Kong, mais sans aucun délai ne soit fixé et le régime communiste garde la haute main sur le calendrier.
Mais s’il est un élément particulièrement inquiétant qui ressort de cette consultation symbolique, c’est la relativement faible participation enregistrée avec un taux de 40 %, soit 15% de moins qu’en 2004.
Cette donnée n’est pas anodine dans l’ancienne colonie britannique où l’engagement politique et l’attachement aux libertés fondamentales restent très marqués.
L’ancien chef de l’exécutif, le richissime armateur Tung Chee-Hwa l’apprit à ses dépens lorsque Pékin exigea de lui qu’il fasse adopter par le Conseil législatif un article de la Loi fondamentale permettant de lutter contre la subversion. Plus de 500.000 personnes étaient descendues dans la rue en juillet 2003. Dépassé par l’ampleur des protestations et plombé par une série de bourdes, l’impopulaire Tung avait présenté sa démission au gouvernement central en mars 2005.
Cette éviction par la rue avait désagréablement rappelé à Pékin combien le principe édicté par Deng Xiaoping - « un pays, deux systèmes » - pouvait être à double tranchant.
La mobilisation ne s’était pas non plus démentie en 2004 lorsque des centaines de milliers de manifestants avaient affiché leur colère après que l’Assemblée populaire nationale (ANP) eut estimé que Hong Kong n’était « pas prêt » pour le suffrage universel.
Mais l’heure des rassemblements de masse semble avoir fait long feu, le gouvernement central ayant depuis soigneusement évité toute déclaration à l’emporte pièce sur ce chapitre sensible.
Et la spécificité chinoise de Hong Kong ne suscite plus guère d’inquiétudes. Ce bastion du capitalisme libéral rétrocédé sans coup férir voici onze ans semble donner tous les gages d’un amarrage sans heurt à la « mère patrie ».
Hong Kong a fait meilleur sort au successeur de Tung Chee-hwa, Donald Tsang, un fonctionnaire qui navigue depuis trois ans avec un certain bonheur entre les volontés de Pékin et les aspirations démocratiques de ses administrés.
Avec son éternel noeud papillon coloré et son urbanité sans faille qui font le miel des caricaturistes, ce fervent catholique offre un visage rassurant à la population et une docilité du meilleur augure pour Pékin.
En gentleman accompli, il a promis de ne pas laisser la démocratisation de l’île au bord du chemin.
Dans une interview accordée au Time, il promettait de "régler complètement" la question de la réforme du mode de scrutin sans autres détails. Instruit à la prudence après les mésaventures de son prédécesseur, celui que ses détracteurs surnomment « le garçon aux chaussures vernies » s’est jusqu’ici gardé de tout faux pas, conscient de la fragilité de sa charge : "Je suis le seul lien constitutionnel entre le gouvernement central et la population de Hong Kong", rappelait-il.
Préservés d’une déroute électorale, les réformateurs qui rêvaient d’un laboratoire de la démocratie en terre chinoise doivent aujourd’hui se contenter de l’offre inconditionnelle de Pékin : une démocratisation « graduelle et ordonnée ».
