Barack Obama, un ’’animal politique’’

Ryan Lizza, journaliste au New Yorker, publie cette semaine une longue enquête sur la façon dont Barack Obama a construit son ascension politique à partir de la ville de Chicago. Contrairement à ce qu’on pense souvent, Barack Obama n’est pas un novice en politique. Extrait (traduction LD).

Peut-être que la plus grande erreur d’interprétation à propos de Barack Obama est de le considérer comme un « révolutionnaire anti-establishment ». En fait, chaque étape de sa carrière politique a été marquée par sa volonté de s’adapter aux institutions existantes plutôt que le contraire. A l’époque où il était « community organiser », il s’appuyait sur les églises de Chicago parce qu’elles étaient les principales bases de pouvoir dans le « South Side ». Au début il était agnostique, mais son travail l’amena à devenir un Chrétien pratiquant. A Harvard, il fut élu à la tête de la Law Review parce qu’il sut plaire aux conservateurs de la commission de nomination. A Springfield (dans l’Illinois, où Obama fut élu sénateur), plutôt que de provoquer la vieille garde du parti démocrate, il sut construire une relation constructive avec eux. (…). A Washington, il a été un sénateur prudent et quand il est arrivé dans la capitale, il a bien pris soin de ne pas se définir comme un opposant à la guerre en Irak.

Comme beaucoup d’hommes politiques, Obama est paradoxal. Il est par nature un partisan des "petits pas" mais il a proposé un agenda ambitieux pour le premier terme de sa présidence (indépendance énergétique, système de soins universel, retrait d’Irak). Il fait campagne sur la réforme du système politique actuel, mais il a toujours fait de la politique un utilisant les règles telles qu’elles existent, non pas telles qu’il aimerait qu’elles existent. Il a le profil d’un outsider, mais il a réussi à maîtriser le jeu en interne. Sur un plan idéologique c’est un homme de gauche, mais par moments il a été séduit par des opinions qui font partie du cœur philosophique de la droite.

Certains électeurs sont désarçonnés, d’autres sont soulagés par certaines de ses récentes décisions, par exemple son accord pour la modification du Foreign Intelligence Surveillance Act (qui assure une immunité aux opérateurs de télécommunications pour les écoutes illégales effectuées après le 11 septembre), son virage à droite sur la possession des armes à feu en vertu du Deuxième Amendement de la Constitution, sa décision d’ « ajuster » sa politique irakienne. Ses admirateurs commencent à réaliser que, à la différence des politiciens, les superhéros ne deviennent pas présidents.