Nous attendons tous un président démocratique, qui croie dans les valeurs libérales, comprenne le tourment moral des intellectuels russes, apprécie la pensée libre et n’écrase pas l’opposition. Quelqu’un qui fasse tout en accord avec la loi et non selon les projets des spins doctors du Kremlin. Avec quelle anxiété nous recherchons quelques signes d’espoir d’un avenir meilleur ! Nous commençons à fouiller dans la biographie de Dimitri Medvedev, examinant l’enregistrement de ses traces, ses discours et son entourage pour trouver une justification à nos attentes optimistes
Mais nous ne devrions pas nous décevoir nous-mêmes- ni son éducation, ni son milieu social. ni l’expérience professionnelle du nouveau leader – rien dans son curriculum vitae n’apporte quelque indice sur le genre de président qu’il pourrait être.. Pensez à Vladimir Poutine membre de l’ « équipe Sobtchak » dans les turbulentes années 1990 [Sobtchak était le premier maire élu démocratiquement à Saint-Pétersbourg, NDLR) et à Poutine dix ans après. Un leader politique est forcé de changer ses vues, ses penchants et même ses principes pour rester au pouvoir ; c’est la loi du genre, et il n’est pas au pouvoir de Medvedev d’abolir cette loi. Nous avons donc besoin d’une approche différente pour prendre la mesure du libéralisme de Medvedev. Supposons que le Kremlin décide de ne rien changer. Après tout cet arrangement a fonctionné pendant huit ans, et tout à fait bien du point de vue du gouvernement.
Mais il n’est pas viable. Le système de capitalisme bureaucratique créé par Poutine et son équipe a complètement épuisé son potentiel. Même si le prix du pétrole demeure élevé, l’économie russe va décroître. Même si la moitié des ministres et des gouverneurs sont remplacés, le gouvernement va rester tristement inefficace. Même si dix milliards de dollars sont versés dans la création de sociétés étatiques, la Russie restera très loin d’une économie fondée sur le savoir. Dans ce cas le nouveau président ne sera qu’une pâle ombre de son prédécesseur, blâmé pour n’avoir pas réussi à « consolider le succès de Poutine » et faire bon usage du pouvoir dont il a hérité.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la seule chance pour le nouveau président est de s’appuyer sur les institutions de la société civile. Ce n’est pas une question de principe, mais de survie politique. Medvedev a l’expérience de la réalisation des prétendus « projets nationaux » concentrant les ressources sur l’amélioration de l’agriculture, de l’éducation, du logement et de la santé, et il doit savoir comment l’Etat utilise (mal) ces ressources. En fait, les « projets nationaux » ne sont plus du tout des projets : ils sont seulement des canaux pour faire circuler plus d’argent dans le tissu social vieilli du pays. Sans une stratégie de partenariat avec la société civile, les investissements sociaux du gouvernement vont continuer à n’être qu’une aumône faite à une population mécontente et une incitation supplémentaire à la corruption pour les fonctionnaires.
Medvedev sait que la base d’une économie moderne est le capital humain, non les matières premières. La qualité du capital humain, à son tour, est déterminée par la qualité de la politique sociale. Quelle que soit la sphère que vous examiniez dans la Russie actuelle – éducation, santé, sécurité sociale, logement et services – les programmes du gouvernement sont minés par le fait que la société y est encore traitée comme un objet plutôt que comme un sujet de l’action.
