McCain divise-t-il le monde entre le bien et le mal ?
Il croit profondément que l’Amérique est une force du bien, et que ceux dans le monde qui envoient des enfants au suicide ou qui répriment brutalement leurs citoyens, on ne peut utiliser d’autre mot que le mal pour les décrire. Sinon, si la question est plus largement « voit-il le monde en blanc ou noir, en lignes de démarcation ? », absolument pas.
Le sénateur [McCain] aime les héros et les batailles héroïques. Voit-il le président géorgien Mikhaïl Saakashvili, de cette façon ?
Ce qu’il a vu en Géorgie, c’est qu’il y a un agresseur et un agressé. L’agresseur est un Etat autoritaire, qui depuis longtemps conteste la souveraineté de ses voisins, pas seulement la Géorgie. Et la victime est une démocratie qui se bat pour faire avancer son pays, en cherchant à établir une relation plus proche avec l’Occident.
On a pu suggérer que Saakashvili, bien qu’il soit victime, s’est senti enhardi pour agir face aux Russes en raison du soutien que Washington et McCain lui avaient apporté. Y a-t-il une quelconque responsabilité de ce côté-ci ?
C’est l’argument classique qui dit que c’est toujours la faute aux Américains. Je ne suis pas d’accord avec les prémisses de votre question, selon laquelle les tensions existantes en Ossétie du Sud pourrait suggérer qu’il existe une responsabilité géorgienne.
La réalité est que lors d’une agression transfrontalière flagrante, l’agresseur va toujours chercher à faire reposer la faute sur la victime. Les Allemands des Sudètes avaient aussi de vraies raisons de se plaindre.
La Géorgie est-elle fautive d’avoir eu l’audace d’espérer rejoindre l’Alliance atlantique ? Il est devenu évident au fur et à mesure de la poursuite de l’invasion russe que cela n’avait rien à voir avec ce qui s’est passé le 6 août en Ossétie du Sud. Cela visait la nature démocratique du régime de Saakashvili, que les Russes ont voulu mettre à terre. Ils ont traité Saakashvili de "cadavre politique", ils ont refusé de négocier avec lui, et si la communauté internationale tolère ce type de comportement, ça ne va qu’enhardir les Russes sur d’autres sujets. C’est bien pourquoi les Polonais, les Etats baltes et les Ukrainiens sont inquiets.
En fait, les Russes n’acceptent pas réellement l’indépendance de la Géorgie. Ils essaient de recréer une période passée – non pas tant l’URSS que l’empire tsariste. Poutine ne veut pas du 20ème siècle, il veut le 19ème siècle, il a été suffisamment explicite sur ses objectifs. Et condamner la victime pour les actions des agresseurs montre une incompréhension fondamentale de ce qui se passe lorsque les agressions restent impunies. Cela encourage les agresseurs.
Quelles sont les relations personnelles entre McCain et Saakashvili ?
McCain a rencontré pour la première fois Saakashvili en 1997 lors d’un voyage en Géorgie, lorsque ce dernier était encore un parlementaire membre de l’opposition réformiste. Il l’a revu de nombreuses fois depuis. McCain faisait partie d’une délégation de cinq ou six sénateurs qui se sont rendus en Géorgie en août 2006, à la résidence présidentielle au nord de Batumi, où ils ont fait du jet ski. Lorsque la crise a éclaté, ils se sont parlés régulièrement.
La Russie se soucie-t-elle des sanctions (comme la suspension du G8 par exemple) que les pays occidentaux menacent de brandir contre elle ?
Oui, beaucoup. Ils ont de sérieuses inquiétudes sur la chute de leur bourse, sur leurs possibilités de voyager en Occident. Le G8 était très important pour Poutine car cela conférait une légitimité internationale à la Russie.
Que se passera-t-il si nous ne pouvons pas empêcher l’Iran d’avoir la bombe ?
Nous n’en sommes pas encore à ce point, heureusement. Ce que le sénateur McCain a dit, c’est que la communauté internationale – préférablement l’ONU, mais plus probablement les seuls pays de même sensibilité – doit accroître significativement sa pression politique, diplomatique, économique et financière sur l’Iran.
Que la Russie et la Chine soient prêtes à approuver de nouvelles sanctions ou non, nous devons essayer de passer par le Conseil de Sécurité. Mais nous devons être réalistes et comprendre les limites d’un consensus par le plus petit dénominateur commun. Cela a empêché des actions au Darfour, en Birmanie.
McCain pense-t-il toujours que l’ONU peut être un moyen d’assurer la sécurité des Etats-Unis ?
C’est une organisation très importante, mais lorsqu’il s’agit de certaines questions, elle ne marche pas bien. Si vous regardez la Bosnie, le Kosovo, le Zimbabwe, la Birmanie, à cause des veto russe et chinois, l’ONU est incapable d’agir efficacement dans des endroits où la Russie et la Chine défendent leurs intérêts en protégeant les régimes les plus odieux du monde. C’est pourquoi McCain a plaidé pour une "Ligue des démocraties".
