Crise énergétique : la fin du ’’chacun pour soi’’

Le dossier "climat-énergie" est devenu un enjeu politique majeur en Europe. Face au réchauffement climatique et à la crise du pétrole, les pays de l’UE se sont fixés des objectifs ambitieux pour augmenter la part des énergies renouvelables et diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Malgré la mise en place d’un espace européen de libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux, l’Europe de l’énergie reste fragmentée, composée de marchés nationaux cloisonnés, peu ou mal reliés entre eux. A la demande du gouvernement français, Claude Mandil, ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie, a remis au mois d’avril un rapport sur la sécurité énergétique dans lequel il presse l’Europe d’accroître la solidarité entre Etats membres. Extraits. Source : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/084000245/0000.pdf

La sécurité à long terme de l’approvisionnement mondial en pétrole n’est pas assurée. Il est maintenant clair que les principaux pays producteurs, ceux qui disposent des réserves géologiques les plus importantes, ne souhaitent pas accroître leurs capacités de production à un niveau compatible avec l’évolution tendancielle de la consommation, car ils n’y voient pas leur intérêt, préférant garder pour l’avenir des sources de revenus dont ils n’ont pas besoin à court terme.

Bien que les ressources géologiques soient sans doute plus importantes que ne le prétendent les pessimistes, il est de plus en plus communément admis que la production mondiale aura du mal à dépasser les 100 millions de barils par jour (contre 87 aujourd’hui) alors que la prolongation des besoins tendanciels conduit à une demande d’environ 120 mb/j en 2030 (AIE, World Energy Outlook). Le risque existe donc que le monde connaisse une crise pétrolière très sérieuse au cours de la prochaine décennie, avec des prix extrêmement élevés.

Faute d’obtenir un accroissement suffisant des investissements pétroliers, qui ne ferait d’ailleurs que retarder l’apparition du problème, le monde doit donc d’urgence se résoudre à utiliser le pétrole avec une efficacité considérablement accrue, notamment dans le domaine des transports qui concentre l’essentiel des utilisations de cette énergie. Véhicules plus économes, hybrides ou électriques, carburants alternatifs, développement des transports en commun, urbanisme inventif sont les pistes à emprunter.

La sécurité à long terme de l’approvisionnement en gaz n’est pas mieux assurée que celle du pétrole, et pour les mêmes raisons : les pays producteurs, et en particulier les trois principaux, la Russie, l’Iran et le Qatar, qui disposent ensemble de 56% des réserves mondiales (d’après BP), ne souhaitent pas ou ne peuvent pas investir assez pour suivre l’augmentation tendancielle de la demande. Plusieurs autres pays producteurs (Norvège, Algérie) donnent déjà des signes de leurs difficultés géologiques à augmenter leur production.

Vivre avec la dépendance énergétique

Il est de bon ton de noter, pour s’en inquiéter, que l’Union européenne importe aujourd’hui 50% de l’énergie qu’elle consomme et que cette proportion pourrait atteindre 70% en 2030. C’est ce qu’on appelle le taux de dépendance. (…) Dans une économie globale et ouverte, importer de l’énergie n’est pas un problème en soi ; la soi-disant « indépendance énergétique » est non seulement irréalisable pour la plupart des pays développés, mais l’utilisation du critère de taux de dépendance risque de conduire à des décisions absurdes pour la croissance et la protection de l’environnement, comme le développement très coûteux de biocarburants de première génération produits en Europe. Après tout, l’économie japonaise a bâti sa prospérité tout en dépendant à peu près complètement des importations pour assurer son approvisionnement en énergie (à l’exception du nucléaire).

Besoin d’Europe

Devant les risques que court la sécurité énergétique de l’Europe, l’appel à « parler d’une seule voix » se fait de plus en plus pressant. Il figure en toutes lettres dans les conclusions de la présidence à l’issue du Sommet Européen du 14 mars 2008 (paragraphe 25). La solidarité entre Etats-membres doit donc devenir une grande cause européenne dans le domaine de l’énergie.

L’Europe risque de manquer prochainement de capacités de production d’électricité. Chacun a en tête l’une des raisons de cette insuffisance : le bien connu syndrome « NIMBY » (not in my back yard) qui traduit l’écart entre l’appétit des citoyens pour les services énergétiques et leur aversion pour les équipements qui permettent de les produire ou de les transporter. Mais il ne faut pas oublier une autre raison : les investissements de production nécessaires sont différés en raison de l’incertitude croissante sur les conditions d’exercice de l’activité. Comment un investisseur peut-il aisément décider la construction d’une centrale électrique dont la durée de vie atteindra le demi-siècle, et qui pourrait être soit nucléaire soit au charbon, alors qu’il ne sait même pas quel sera le régime de pénalisation des émissions de CO² en 2012 ? C’est dire l’importance d’une conclusion en 2009 à Copenhague des négociations mondiales sur l’après-Kyoto.