Dans l’est de l’Allemagne, les populistes devancent le centre-droit

Pour la première fois dans des élections régionales, le parti populiste AfD (Alternative für Deutschland) est arrivé devant la CDU, le dimanche 4 septembre, dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale. Le Parti social-démocrate reste à la première place, avec quelque 30% des voix (moins 5 points), mais son alliée dans la grande coalition à Schwerin arrive avec 19% (moins 3) derrière l’AfD qui atteint 21% des suffrages. Ce parti créé en mars 2013 contre l’euro s’est transformé au cours de ces dernières années en parti populiste de droite. Il a fait campagne contre l’islam, contre les réfugiés, pour l’ordre et la sécurité.

DPA
Plage de Mecklemboug-Poméranie, entre Baltique et Pologne

Le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale est un des plus pauvres de l’Allemagne. Avec ses 1,6 million d’habitants, il ne donne pas le ton dans la politique fédérale. On prête à Bismarck la phrase suivante : « Si le monde s’effondre, je me réfugierai au Mecklembourg parce que là-bas tout arrive 50 ans plus tard ». Et pourtant cette année, l’élection au Landtag de Schwerin était suivie avec attention par les grands partis. Pas seulement parce que la chancelière Angela Merkel y a son fief électoral. Tous les regards étaient tournés vers le score de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), le parti populiste qui flirte avec l’extrême-droite. Créé en mars 2013, il n’avait pas réussi à faire élire des députés au Bundestag au scrutin de septembre suivant. Mais depuis, à l’occasion des élections régionales, l’AfD s’est implantée dans la plupart des Länder, à l’ouest comme à l’est. En Saxe-Anhalt, elle avait rassemblé près d’un quart des électeurs.
La question dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale était de savoir si elle obtiendrait le même résultat et au fil de la campagne il était apparu qu’elle était en mesure de dépasser la démocratie-chrétienne. L’AfD y est parvenu. En comptant les voix du parti d’extrême-droite NPD, qui était représenté dans la précédente assemblée mais qui a perdu des électeurs à son profit, la droite populiste rassemble le quart de l’électorat. C’est un revers sérieux pour Angela Merkel dont la politique envers les réfugiés a été au centre de la campagne.

Droitisation

De plus la popularité croissante de l’AfD a obligé les partis établis à droitiser leur discours. Erwin Sellering, le ministre-président social-démocrate qui a toutes les chances de se succéder à lui-même, a critiqué l’attitude d’ouverture de la chancelière. Comme d’ailleurs le président du SPD, Sigmar Gabriel, qui a lancé la campagne électorale pour le scrutin fédéral de septembre 2017. Quant au chef de la CDU locale et ministre de l’intérieur, il s’est prononcé pour l’interdiction de la burqa.
Toutefois ces prises de positions n’ont pas suffi pour décourager les électeurs, qui ont voté plus massivement qu’aux dernières élections régionales en 2011, de se prononcer pour l’AfD. Les thèmes locaux ont joué un rôle secondaire dans la campagne qui s’est concentrée sur les questions de la sécurité, de l’identité et de la crainte de l’islamisation, même si le Land ne compte que quelques dizaines de réfugiés.
Ce résultat ne restera pas sans conséquence sur la politique nationale. L’AfD fait maintenant partie du paysage partisan dans l’ensemble de l’Allemagne. Dans les enquêtes d’opinion, elle obtient quelques 10% des intentions de vote, ce qui laisse à penser qu’elle sera présente dans le prochain Bundestag. Avec 34% des intentions de vote, si les élections avaient lieu cette semaine, la CDU perd sept points par rapport à son résultat de 2013. Le SPD est en recul de deux points, avec 23%, les Verts sont en légère progression, la gauche radicale stagne et les libéraux pourraient faire leur rentrée au Parlement. Les rapports de force actuels amènent à la conclusion qu’il n’y aurait d’autre majorité possible que la poursuite de la grande coalition entre la CDU-CSU et le SPD. Cependant le système politique allemand est en mouvement, comme le montrent les élections du Mecklembourg-Poméranie occidentale. L’année prochaine risque de ménager d’autres surprises avec des élections régionales en Sarre, au Schleswig-Holstein et en Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé, avant les élections générales de septembre.