François Hollande chef de guerre

François Hollande a annoncé, le vendredi 11 janvier, que les forces françaises intervenaient au Mali en appui à l’armée malienne pour repousser les rebelles qui avaient quitté leurs bases du nord du pays pour avancer vers la capitale Bamako. Le président de la République a précisé que l"intervention durerait le temps nécessaire" et que la France agissait conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Moins d’un an après son arrivée au pouvoir, François Hollande se trouve propulsé dans un rôle où on ne l’attendait pas et auquel lui-même n’avait pas nécessairement aspiré. Celui d’un chef de guerre. Face à l’avancée des rebelles islamistes en direction du sud du Mali, le président de la République n’a pas attendu que les forces multinationales africaines soient prêtes à venir à la rescousse d’une armée malienne en déroute. Il a pris la décision d’intervenir directement, essentiellement avec des moyens aériens qui ont arrêté la progression des islamistes avant de les repousser vers le nord. Lui qui apparait souvent indécis en politique intérieure, sur les questions économiques ou les réformes de société, n’a pas hésité longtemps. Face à une situation d’urgence, il s’est résolu à franchir un pas qu’il avait d’abord écarté.

Certes le Mali est depuis son investiture au mois de mai une des préoccupations majeures de François Hollande en politique étrangère. Comme son prédécesseur Nicolas Sarkozy, il estime que la situation dans ce pays et dans toute la région du Sahel constitue un risque de déstabilisation pour tous les Etats voisins et une menace pour la sécurité de l’Europe. Aux sécessionnistes du Nord malien qui réclament un Etat indépendant touareg se sont joints des groupes terroristes islamistes se réclamant d’Al Qaida (AQMI – Al Qaida au Maghreb islamique). Ces bandes, bien pourvues en armements depuis la chute du régime Kadhafi en Libye, se financent avec le trafic de drogue et les prises d’otages. Huit ressortissants français se trouvent actuellement entre leurs mains.

Depuis des mois Paris est à la manœuvre à l’ONU pour mettre sur pied une force des Etats d’Afrique de l’Ouest qui viendrait en aide à l’armée malienne, après que celle-ci aurait été reconstituée avec des conseillers européens. La France était prête à fournir un appui logistique (formation, renseignement, transport, etc.) à cette force. Mais jusqu’à vendredi, François Hollande avait exclu que des soldats français participent directement aux opérations militaires, prévues pour dans plusieurs mois.

Parallèlement à cette montée en puissance bien lente de la force africaine, des négociations s’étaient discrètement nouées avec les mouvements sécessionnistes, mais pas avec les terroristes islamiques qui ont détruit les lieux saints musulmans de Tombouctou. L’espoir de la diplomatie française était que la menace même d’une intervention militaire amènerait les rebelles à composer avec le pouvoir central de Bamako, aussi affaibli soit-il. C’est l’inverse qui s’est produit. Les rebelles ont tenté de mettre à profit le délai qui leur était offert par la mise en place de la force multinationale pour passer à l’action. C’est cette accélération du conflit qui a obligé la France à intervenir.

François Hollande se défend d’avoir, au premier coup de tabac, mis à mal les principes qu’il avait récemment énoncés pour sa politique africaine. En Centrafrique d’ailleurs, où un mouvement rebelle menace le pouvoir du président Bozizé, lui-même arrivé par un coup de force en 2003, les soldats français se sont contentés de protéger les ressortissants européens. Il n’a jamais été question de sauver un régime chancelant.

Le cas du Mali est différent. Il ne s’agit pas d’une lutte pour le pouvoir entre des factions rivales mais d’une guerre qui concerne toute une région. Le Conseil de sécurité de l’ONU a reconnu, à l’unanimité de ses membres, que la paix internationale était menacée et que le chapitre VII de la Charte des Nations unies qui autorise le recours à la force pouvait être invoqué. Le président de la République comme le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius ont souligné que l’intervention française était parfaitement conforme à la légalité internationale et personne, jusqu’à maintenant, n’a contesté ce point de vue.

Il reste que dans ce genre d’opérations on sait quand on commence, on ne sait pas quand on finit. L’intervention durera « le temps nécessaire », déclare-t-on à Paris. Ses objectifs ne sont pas très précis. S’agit-il d’empêcher « les terroristes et les criminels », comme dit Laurent Fabius, de progresser vers le sud, de les repousser vers le nord, de les anéantir, de garantir l’intégrité territoriale du Mali, voire de consolider le pouvoir central de Bamako ? Les délais, les moyens et les conséquences sont différents selon la réponse qui sera donnée à ces questions.

Il n’en reste pas moins que François Hollande avait inauguré son mandat en annonçant un retrait anticipé des forces françaises combattantes en Afghanistan. Ceux qui – pour mettre en cause sa faiblesse supposée –, en avaient tiré la conclusion qu’il manifestait une réticence de principe à des interventions militaires extérieures, auront vite été démentis. La Constitution de la Vème République fait du président de la République le chef des armées. François Hollande a montré qu’il prenait ce rôle au sérieux.