Est-ce que les Etats-Unis sont une nation en déclin ?
Soyons confiants : les bases de la puissance américaine sont fortes et vont le demeurer : ses sources sont le dynamisme, la vigueur et l’endurance de la société américaine. Les Etats-Unis possèdent encore la capacité unique d’assimiler de nouveaux citoyens de toutes les races, de toutes les religions et de toutes les cultures et de les intégrer dans le tissu de notre vie nationale et économique.
Les valeurs qui mènent au succès aux Etats-Unis sont celles qui valent aussi ailleurs dans le monde : effort, innovation, capacité d’entreprendre. Toutes ces habitudes positives, et d’autres, sont renforcées par notre système d’éducation, qui est le meilleur du monde pour apprendre aux enfants non pas « quoi penser » mais « comment penser », autrement dit « comment aborder les problèmes avec un sens critique et comment les résoudre de manière créative ».
Un défi à notre intérêt national est de nous assurer que nous pouvons fournir une éducation de qualité à tous, en particulier les enfants désavantagés socialement. L’idéal américain est l’égalité des chances, pas l’égalité des conditions. C’est là le ciment qui maintient la cohésion de notre démocratie multiethnique. Si nous cessons de penser que l’origine sociale compte beaucoup moins que le succès personnel, nous perdrons certainement confiance en nous. Et une Amérique qui n’a pas confiance en elle-même ne peut pas assurer le leadership. Il faut éviter de nous fermer au monde. Continuons à considérer comme une chance la compétition économique, le commerce international, l’investissement… et plus largement le monde extérieur dans toute sa complexité. Ce sont des défis auxquels nous devons répondre plutôt que des menaces qui se posent à nous. C’est pourquoi l’accès à l’éducation est un enjeu prioritaire pour la sécurité de notre nation.
Nous devrions aussi être confiants dans la force durable des fondations de l’économie américaine. Même dans un contexte de turbulences financières et de crises internationales, l’économie américaine a connu depuis 2001 une croissance plus forte et plus rapide que l’économie de n’importe quel autre pays industrialisé. Les Etats-Unis demeurent sans conteste le moteur de la croissance économique mondiale. Pour le rester, nous devons trouver des sources d’énergie nouvelles, plus fiables, et plus respectueuses de l’environnement. Les industries du futur se trouvent dans les domaines de la haute technologie (y compris les énergies propres), domaines dans lesquelles notre nation est leader depuis des années et dans lesquels nous resterons en pointe. D’autres nations connaissent, bien sûr, une croissance économique étonnante et bienvenue, mais les Etats-Unis représenteront encore la plus grosse part du PIB global pour des décennies.
Même en ce qui concerne nos institutions gouvernementales et la sécurité nationale, les fondations de la puissance américaine sont plus fortes que ce que beaucoup de gens pensent. En dépit des deux guerres que nous menons pour nous défendre dans un contexte de nouvelle confrontation globale, la part de notre défense en pourcentage du PIB est bien inférieure à ce que nous connaissions à l’époque de la Guerre froide. Les guerres d’Afghanistan et d’Irak, bien sûr, exercent une pression énorme sur notre armée, et le président Bush a proposé au Congrès une expansion de nos forces de 65.000 soldats et 27.000 marines. L’expérience des années récentes a été un test pour nos forces armées, mais elle a aussi permis l’émergence d’une nouvelle génération d’officiers spécialisés dans la stabilisation et les missions contre-insurrectionnelles. Des missions auxquelles nous allons sûrement avoir de plus en plus recours dans les années à venir.
Cette expérience a aussi renforcé le besoin d’un nouveau partenariat entre notre armée et nos institutions civiles. La nécessité est la mère de l’invention : les équipes de reconstruction que nous avons déployées en Afghanistan et en Irak sont un modèle de coopération entre civils et militaires pour l’avenir.
Il est absolument clair, en cette année 2008, que nous serons encore impliqués dans des missions de « nation building » pour des années encore. Mais cette tâche ne doit pas revenir à l’armée américaine. Et ces missions ne doivent pas non plus être prises en charge une fois que les Etats se sont effondrés. Bien plutôt, ce sont des institutions civiles (comme le nouveau Civilian Response Corps) qui doivent aider nos diplomates et nos spécialistes du développement à adopter une approche globale des défis posés à notre sécurité nationale. Nous devons aider les Etats faibles et mal équipés à se renforcer et à se réformer afin, en premier lieu, de leur permettre de ne pas s’effondrer. Ces efforts nous imposent de mieux assurer l’intégration de nos institutions de « hard power » et de « soft power », une mission difficile que notre administration a commencé à mettre en œuvre.
Depuis 2001, le président Bush a demandé au Congrès, qui l’a accepté, une augmentation de 54% des fonds attribués à nos institutions de diplomatie et de développement. Cette année, le président et moi-même avons demandé au Congrès de créer 1100 nouveaux postes au Département d’Etat et 300 nouveaux poste à l’agence USAID. La prochaine administration s’appuiera sur ces fondations.
Un ordre international qui reflète nos valeurs est la meilleure défense de notre intérêt national à long terme, et l’Amérique continue à avoir la chance unique de pouvoir atteindre cet objectif. Nous voyons déjà poindre ce monde meilleur. Nous le voyons au Koweit où les femmes ont désormais le droit de vote. Nous le voyons dans telle ou telle réunion d’un conseil provincial à Kirkouk. Nous le voyons aussi à travers cette image étonnante du président américain se tenant à côté de leaders élus démocratiquement devant les drapeaux de l’Afghanistan, de l’Irak et du futur Etat palestinien. Pour construire ce monde, il faudra le travail d’une génération, mais nous avons fait notre part de la tâche. Et si nous demeurons confiants dans la puissance de nos valeurs, nous pourrons continuer à réussir.
