Iran/Occident : accumulation de signaux contradictoires

Les six puissances engagées dans des négociations nucléaires avec l’Iran (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) ont rencontré le négociateur iranien Saïd Jalili samedi 19 juillet à Genève. Malgré la présence inédite d’un haut responsable américain, le sous-secrétaire d’Etat William Burns, ces discussions n’ont pas permis de réelle percée. Les Six demandent désormais une réponse claire des Iraniens sous quinze jours sur la base d’une proposition de "double gel" (gel de l’enrichissement nucléaire iranien contre gel de nouvelles sanctions internationales). 

Après des mois de rumeurs sur une action militaire américaine en Iran, l’attention se tourne désormais vers Israël. Les médias occidentaux font des conjectures sur une possible frappe israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. John Bolton, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, a même été jusqu’à prévoir la date d’une telle frappe, disant qu’elle aurait lieu pendant la transition présidentielle aux Etats-Unis, après les élections de novembre. Les exercices militaires israéliens en Méditerranée ont accru la tension. Comme le note le Financial Times, alors que la crainte d’une réponse militaire à la question nucléaire iranienne pouvait laisser espérer un débouché diplomatique, cet optimisme n’est plus de mise.

Réticences américaines

Washington a longtemps évoqué le fait que la force militaire pourrait être nécessaire pour stopper les activités militaires iraniennes. Mais les réactions des membres de l’administration Bush à l’idée d’une frappe israélienne ont été prudentes, voire critiques. Au cours d’un briefing de presse, le 2 juillet, le président Bush a esquivé une question qui lui était posée pour savoir s’il chercherait à décourager Israël de frapper l’Iran. Au cours d’un briefing au Pentagone le même jour, l’amiral Michael Mullen, chef de l’Etat-major interarmées des Etats-Unis (Joint Chiefs of Staff), a répondu à une question similaire en disant qu’ « ouvrir un troisième front maintenant serait extrêmement difficile (stressful) pour nous. Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas de capacités en réserves, mais ça serait un grand défi (very challenging)".

Menaces iraniennes

Quelques experts pensent que l’Iran répondrait à une frappe israélienne en attaquant des intérêts israéliens et américains en Irak et en Afghanistan. Ali Shirazi, un proche conseiller du Guide Suprême Ali Khamenei, a confirmé ce point de vue le 8 juillet. Selon une agence de presse iranienne, Ali Shirazi a expliqué que si l’Iran était attaqué, « Tel Aviv et la Flotte US dans le Golfe Persique seraient les premières cibles visées par nos représailles ». La tension s’est accrue le 9 juillet, quand l’Iran a effectué un test de missiles à moyenne et longue portée. Un officiel militaire iranien a expliqué que l’exercice (baptisé « Grand Prophète III ») était un avertissement adressé aux Etats-Unis et à Israël.

Activité diplomatique

Ce nouveau moment de tension survient à un moment de dégel diplomatique. Le ministre iranien des affaires étrangères, Manuchehr Mottaki, a salué le récent paquet de propositions présenté par les six principales puissances, et déclaré, le 2 juillet, qu’une solution « à plusieurs facettes » était possible. Des médias iraniens ont suggéré que Téhéran pourrait envisager de suspendre son programme d’enrichissement de l’uranium pour permettre aux négociations de démarrer. Mais la position de l’Iran sur cette question n’est pas claire. La chancelière allemande Angela Merkel a averti que l’offre de négocier n’était pas à durée illimitée. A Washington, on continue de suivre la voie de la diplomatie tout en n’excluant pas l’usage de la force. Seymour M.Hersh écrit dans le New Yorker que l’administration Bush renforce les aides financières aux groupes d’opposition en Iran et les opérations de recueil de renseignement le long de ses frontières.

Compte à rebours ?

Les experts avancent une série de raisons pour éviter la voie de la violence. Shlomo Ben Ami, ancien ministre israélien des affaires étrangères, et Trita Parsi, président du National Iranian American Council, écrivent dans le Christian Science Monitor que des bombardements « ne détruiraient pas le moindre laboratoire clandestin en Iran ni le savoir iranien en matière d’enrichissement nucléaire ».

Mohamad El Baradei, le chef de l’AIEA, a déclaré à la chaîne Al Arabiya fin juin qu’une attaque sur l’Iran transformerait toute la région en une « boule de feu ». Certaines commentateurs comme Yossi Melman du quotidien israélien Haaretz, soulignent que les articles de presse occidentaux sur l’imminence d’une frappe israélienne « envoyaient un faux message » aux Iraniens.

Patrick Clawson et Michael Eisenstadt du Washington Institute for Near East Policy, écrivent que les dirigeants doivent réfléchir sérieusement aux conséquences politiques, économiques et diplomatiques d’une action militaire. Comme l’écrit The Economist, le compte à rebours a commencé en Israël : « étant donné leur histoire, une bonne partie des Israéliens sont prêts à prendre presque tous les risques pour empêcher un pays qui souhaite la destruction d’Israël d’acquérir les moyens de le faire ».