En 1980 à Moscou, 56 pays (y compris la Chine) s’étaient associés au boycott voulu par les Etats-Unis pour protester contre l’invasion par l’URSS de l’Afghanistan. Certes, des athlètes occidentaux (britanniques, français, italiens…) ont participé à ces Jeux. Mais leur présence a provoqué un vif débat sur la tolérance à l’égard d’un régime qui avait violé si ouvertement l’esprit des accords d’Helsinki sur les droits de l’homme, signés en 1975.
Un régime communiste solide...
Deux mois avant les Jeux de Moscou, Amnesty International avait publié un rapport de 217 pages sur les violations des droits de l’homme en URSS, citant les noms de 10 000 prisonniers politiques identifiés. Des nationalistes ukrainiens profitèrent des Jeux pour dénoncer les violations des droits de l’homme dans leur pays et réclamer l’autonomie nationale. Dénoncés par des nationalistes soviétiques, certains champions olympiques se solidarisèrent avec le boycott en demandant que leur drapeau ne soit pas hissé ou que leur hymne national ne soit pas chanté au cours de la cérémonie de remise des médailles.
Avec les Jeux de Pékin, on se retrouve dans une dynamique comparable. En plaçant le régime sous les projecteurs et en mobilisant la société civile, les jeux peuvent accélérer les évolutions politiques en Chine. Sachant que le parti communiste chinois est bien plus solide que le parti de l’Union soviétique ne l’était en son temps, personne ne peut raisonnablement attendre que les Jeux aboutissent à une chute du régime à plus ou moins brève échéance. Mais il y a toutes les raisons de penser qu’ils peuvent être un facteur de changement.
... mais une société civile en marche
On l’a vu encore récemment : des citoyens chinois se rendent à la capitale pour faire valoir leurs doléances, indifférents à la volonté du pouvoir central de faire redescendre leurs plaintes à l’échelon local. La plupart du temps ce sont de pauvres paysans, pas des militants se réclamant d’un grand mouvement démocratique. S’ils se rendent à Pékin, c’est simplement pour demander à leur gouvernement d’améliorer son action. Leurs plaintes portent aussi bien sur les expropriations que sur la pollution des terres agricoles, liées à la corruption des politiciens locaux. Les mouvements démocratiques chinois de l’étranger ont manifesté pour leur part une forte unité dans leur mobilisation en amont des jeux.
Certaines réactions venues de l’étranger, comme l’absence de certains dirigeants occidentaux à la cérémonie d’ouverture (par exemple Gordon Brown ou Mirek Topolanek, premier ministre tchèque), peuvent jouer un rôle dans les discussions domestiques en Chine. En tous cas, les choses évoluent. Devant certaines critiques émanant de mouvements de défense de l’environnement ou de responsables académiques, des projets de développement ont dû être révisés en Chine. Quant aux manifestants tibétains, ils ont réussi à placer le sujet du Tibet au centre du débat, comme les Ukrainiens l’avaient fait en 1979 et 1980. En 2007, un groupe de 40 militants chinois pro-démocratie ont signé une audacieuse lettre ouverte dénonçant les Jeux.
L’effet internet
Les JO, certes, sont utilisés au service d’un argumentaire sur la « renaissance chinoise ». Mais les jeunes Chinois et les personnes éduquées perçoivent une autre dimension des Jeux, dans le sens d’une dynamique d’ouverture. Sur le forum internet du Quotidien du Peuple, la question de la démocratie a été fréquemment évoquée au cours des derniers mois. En mars 2008, le même site web a accueilli une discussion sur le thème de la longévité des régimes autoritaires qui ont accueilli les Jeux dans le passé (Berlin 1936, Moscou 1980).
Les dissonances survenues à l’approche des Jeux accéléreront la transformation des valeurs en Chine. Quand le vice-maire de Pékin Liu Jingmin a dit, en 2001, que les Jeux seraient « une opportunité pour renforcer la démocratie, améliorer les droits de l’homme et intégrer la Chine dans le monde », il annonçait une évolution qui se vérifiera dans les faits.
