Jean-Marc Ayrault : "l’Europe est en danger"

A l’occasion d’un dialogue avec le chrétien-démocrate allemand Hans-Gert Pöttering, ancien président du Parlement européen, organisé le 19 janvier par la Maison Heinrich Heine à la Cité universitaire de Paris, Jean-Marc Ayrault, nouveau ministre des Affaires étrangères, a rappelé quelques « fondamentaux » de sa position en matière de politique européenne. Nous publions quelques extraits de ses déclarations.

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Jean-Marc Ayrault à Strasbourg

Parlant de la « tragique relation » entre la France et l’Allemagne, Jean-Marc Ayrault a affirmé l’Europe d’aujourd’hui « en situation de danger », une Europe qui joue un rôle essentiel pour l’avenir de l’humanité, et dans laquelle la relation franco-allemande est déterminante. Dans cette relation, le nouveau ministre des Affaires Etrangères avait alors souligné l’importance de deux facteurs : la connaissance personnelle des dirigeants des deux pays et le rôle-clef joué par la connaissance de la langue du partenaire. De formation, Jean-Marc Ayrault est professeur d’allemand. A la Maison Heinrich Heine, il a insisté sur la nécessité de développer l’enseignement de la langue allemande en France et française en Allemagne.

Le risque populiste

La politique des partis a fait l’objet de critiques de sa part. « L’élu le plus apprécié des Français, a dit celui qui fut maire de Nantes pendant trente-cinq ans, c’est le maire, et plus on monte dans la hiérarchie politique, plus la défiance croît ». Il faut une proximité réelle avec les gens, affirmait-il, non seulement avec les individus, mais avec les gens organisés. « Les citoyens peuvent peser sur les décisions. C’est une démocratie incomplète mais réelle. » Mais plus on s’éloigne de la base, surtout dans un contexte de globalisation, plus il semble que les résolutions politiques aient peu de poids réel sur le cours de choses. Et cela pousse à l’abstention ou vers le vote populiste…
« Il y a une crise démocratique de l’Europe, a dit Jean-Marc Ayrault, beaucoup de décisions n’y sont pas prises de manière démocratique, elles le sont souvent par le Conseil européen sans accompagnement parlementaire réel » et avec les incertitudes sur l’avenir du monde, le populisme monte, non seulement en France, mais dans beaucoup de pays d’Europe."
" On doit aider les réfugiés. Comment ? C’est une autre question. Les charges doivent être partagées en Europe. Il ne s’agit pas de rendre les frontières imperméables, mais de réagir ensemble », tout en ajoutant : « il faut rester intransigeant sur les valeurs de l’Europe, assurer la sauvegarde de l’Etat de droit ».

Souplesse sur la dette

« La fin de Schengen serait la fin du projet européen, les conséquences économiques seraient considérables, avec un risque de fracturation de l’Europe. » Il faut aider la Grèce, il faut que chaque Etat apporte sa contribution, et que l’Europe ait ses ressources propres (…) la protection des frontières demande beaucoup de moyens, techniques mais aussi humains. » Il faut des décisions courageuses, a encore déclaré Jean-Marc Ayrault, sinon les solutions de l’extrême droite ou du populisme vont devenir de simples évidences. « Mais est-ce qu’il ne faut pas lâcher un peu de lest sur la dette pour avoir les moyens d’agir concrètement pour que les citoyens ne soient pas en train de perdre confiance ? »
« Il faut que l’Europe porte non seulement des valeurs mais un projet de société. Un objectif prioritaire est la lutte contre le chômage ; la question de l’emploi est essentielle. Il faut un modèle de société avec des valeurs sociales, alors que le dialogue social en Europe est au point mort. »
« La confiance, a conclu Jean-Marc Ayrault, c’est la jonction du moyen terme et du long terme : pour donner de la force à un projet politique, il faut une vision, un cap. »