L’extrême-droite allemande au-dessus de 10%

Trois Länder allemands renouvellent leur parlement régional, le dimanche 13 mars, alors que le parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel (CDU) se trouve dans une situation délicate. La chancelière avait souhaité conclure un accord européen sur la question des réfugiés avant ces scrutins qui risquent de se conclure par une entrée en force du nouveau parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD) dans les parlements régionaux. Aux élections communales qui viennent de se tenir en Hesse, l’AfD a réalisé un score de 13% des voix.

 By Bündnis 90/Die Grünen Nordrhein-Westfalen, via Wikimedia Commons
Le Vert Wilfried Kretschmann

Les situations locales sont très différentes dans les trois Länder où les électeurs sont appelés aux urnes. Dans le Bade-Wurtemberg règne depuis 2011 un ministre-président, Winfried Kretschmann, appartenant au parti des Verts. C’est le seul chef de gouvernement régional écologiste en Allemagne. En Rhénanie-Palatinat, une coalition rouge-verte (SPD et écologistes) est au pouvoir depuis plusieurs législatures. Quant au Land de Saxe-Anhalt, dans l’est du pays, il est gouverné par une grande coalition entre le Parti chrétien-démocrate et le Parti social-démocrate (comme dans le gouvernement fédéral).
Selon les derniers sondages, les Verts devancent la CDU dans le Bade-Wurtemberg, où Winfried Kretschmann est très populaire. En Rhénanie-Palatinat la CDU aurait deux points d’avance sur le SPD, mais la chef social-démocrate du gouvernement sortante, Malu Dreyer, est plus appréciée que sa rivale chrétienne-démocrate Julia Klöckner. Celle-ci a essayé de marquer des points en critiquant la politique d’Angela Merkel vis-à-vis des réfugiés, qu’elle trouve trop laxiste. En Saxe-Anhalt, la grande coalition devrait être reconduite.

A l’Est, l’AfD devant le SPD

Toutefois le point commun entre des trois scrutins – du moins si l’on en croit les enquêtes d’opinion —, c’est la percée du parti d’extrême-droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) qui est crédité partout de quelque 10% des intentions de vote. En Saxe-Anhalt il atteindrait même les 19%, devançant de 4 points le SPD, contre 9% en Rhénanie-Palatinat et 13% dans le Bade-Wurtemberg.
A l’Est, le score de l’AfD s’explique par un transfert d’électeurs traditionnels de la gauche radicale Die Linke, héritière du Parti communiste de l’ex-RDA, qui resterait cependant la deuxième force politique du Land.
Ce n’est pas la première fois que des partis d’extrême-droite entrent dans des parlements régionaux, alors qu’ils n’ont jusqu’à maintenant jamais pu franchir la barre des 5% de suffrages qui leur auraient donné accès au Bundestag. Mais c’est la première fois qu’une formation extrémiste est créditée d’environ 10% des intentions de vote au niveau national. Si les élections générales avaient lieu dimanche prochain – elles sont prévues pour septembre 2017 – l’AfD ferait son entrée au Bundestag avec une soixantaine de députés. Les élections locales dans le Land de Hesse, dans lequel se trouve la ville de Francfort, ont donné 13% des voix à l’AfD qui est devenue la troisième force, devant les Verts, qui étaient pourtant dans leur bastion d’origine.

Du refus de l’euro à la xénophobie

Alternative für Deutschland a été créée en mars 2013, à quelques mois des élections générales, par un groupe de professeurs, d’avocats, de représentants des professions libérales et d’anciens industriels, hostiles à l’euro. Ils ne se voulaient pas pour autant anti-européens bien qu’ils glissèrent doucement du refus de la monnaie unique à la remis en cause de l’intégration européenne. En septembre 2013, ils sont restés à la porte du Bundestag, avec un peu plus de 4% des voix.
Cet échec et le choc d’ambitions personnelles ont mené le petit parti au bord de la disparition pure et simple. La nouvelle présidente, Frauke Petry, l’a sauvé en lui donnant une orientation beaucoup plus radicale. Cette jeune femme d’une quarantaine d’années, qui a quitté ses enfants et son pasteur de mari, pour suivre un idéologue de la droite dure, a su tirer profit du mouvement anti-immigrés lancé par Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident). L’AfD est devenu le parti anti-islam, anti-migrants, anti-européen. Il se fait fort de dire tout haut ce que la « majorité silencieuse » pense tout bas et de nommer les vrais problèmes que « la presse du mensonge » (Lügenpresse) tait sciemment.
C’est un fond de commerce bien connu dans d’autres pays européen mais qui jusqu’à maintenant ne faisait pas recette en Allemagne où le poids de l’Histoire agissait comme un puissant obstacle à l’extrémisme de droite. La digue s’était effritée surtout à l’est du pays après la réunification, essentiellement à cause de la crise sociale due au décrochage économique.
L’arrivée massive de réfugiés, les difficultés de l’intégration, des incidents isolés mais violents, comme les agressions sexuelles de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, alimentent un discours xénophobe sur lequel l’extrême-droite bâtit son succès dans l’ensemble de l’Allemagne. L’AfD prend des voix à tous les partis traditionnels et attire les abstentionnistes traditionnels. Elle est encore loin des scores du Front national en France mais si elle entre au Bundestag l’année prochaine, elle compliquera la formation d’une coalition gouvernementale.