Sarah Palin cumulait les handicaps. Avec l’aide rapprochée de ses mentors, elle les a transformés en atouts. Provinciale, inexpérimentée, conservatrice, le gouverneur de l’Alaska a tout pour déplaire aux commentateurs de la côte Est mais ses convictions chrétiennes, ses valeurs familiales malgré ou à cause des entorses qu’elles subissent dans la vie réelle, son côté mère de famille qui concilie le travail et la maison, lui ont assuré un succès populaire. Et bien au-delà de seuls rangs républicains. A tel point que sa popularité n’inquiète pas seulement l’entourage de Barack Obama. Les conseillers du candidat démocrate à la Maison blanche espèrent que la curiosité s’estompera au cours des prochaines semaines. Le phénomène Sarah Palin s’épuisera de lui-même, du moins veulent-ils le croire. Après quelques apparitions télévisées où la candidate récitera pieusement les fiches que lui ont préparées les spin doctors républicains, après le « débat des vice-présidents » avec Joe Biden – à moins que ce dernier ne sorte une de ces gaffes dont il est coutumier —, la magie Palin pourrait bien disparaître. En attendant, elle a permis à John McCain de rattraper et même de dépasser le sénateur de l’Illinois dans les sondages.
Ce succès est à double tranchant. A côté de sa colistière, le candidat républicain apparaît palot. La jeunesse et l’enthousiasme du gouverneur de l’Alaska lui ont donné un coup de vieux plus sûrement que les spots de publicité négative chèrement diffusés par les démocrates. Ce n’est pas lui qui draine les foules de supporteurs mais Mme Palin. Or aux élections présidentielles, les Américains votent pour un président, pas pour un numéro deux. Le « ticket » est un complément, parfois bienvenu, pas un argument décisif. Le rôle du vice-président – ou de la vice-présidente – ne devient essentiel qu’en cas de disparition du président en cours de mandat. C’est d’ailleurs un sujet de conversation officielle dans les rangs républicains. Sarah Palin serait-elle capable de remplacer John McCain si celui-ci, qui est âgé de 72 ans, venait à mourir à la Maison blanche ? Il reste que la course se joue entre Barack Obama et John McCain. Il revient au candidat républicain de faire la différence avec son rival démocrate, en évitant de se laisser rejeter dans l’ombre par l’alliée qu’il s’est choisie.
Dans le cas contraire, le reflux risquerait d’être aussi rapide que la remontée. Il reste toutefois peu de temps aux démocrates pour démonter le « mythe Palin » qui s’est imposé brusquement dans la campagne.
