On dirait que les candidats démocrates à l’élection présidentielle américaine rivalisent d’idées pour aider John McCain à accéder à la Maison Blanche.
Barack Obama a violé deux règles élémentaires d’une campagne électorale. Un candidat ne doit jamais jouer le rôle d’un politologue ou d’un sociologue en analysant un groupe d’électeurs flottants et il ne doit jamais disséquer les motivations de gens moins privilégiés, surtout quand il s’adresse à un groupe de privilégiés.
Si les remarques d’Obama à propos des cols bleus électeurs de Pennsylvanie avaient été faites par n’importe qui d’autre qu’un candidat, elles auraient à peine donné lieu à controverses. Au contraire elles auraient paru largement pertinentes. Les propos d’Obama suggèrent qu’il éprouve de la sympathie pour les électeurs de la classe ouvrière qui se sentent abandonnés.
Or ces derniers, ayant perdu tout espoir que le gouvernement peut faire quelque chose pour eux d’un point de vue économique, votent plutôt sur la base des « valeurs ». Et quand les électeurs ouvriers votent en fonction des questions de société, c’est-à-dire de la sécurité, de la race et des valeurs, ils choisissent les Républicains. Quand ils votent en fonction de leurs intérêts économiques, ils se prononcent pour les Démocrates. C’est un vieux constat de l’analyse politique qui remonte à un livre des années 1970 (Real Majority, de Richard Scammon et Ben Wattenberg). Les analyses de Scammon et Wattenberg avaient alors pour but d’aider les Démocrates, mais Richard Nixon les a utilisées pour gagner en 1972 et depuis les Républicains n’ont jamais cessé de le faire.
Deux mots d’Obama ont choqué : « s’accrocher » (cling to) et « amertume » (bitter). Un choix de vocabulaire réellement maladroit. Il fait apparaître Obama comme un auteur de dissertation pour le collège et non comme un candidat à la présidence. Imaginez la phrase suivante : « Epouse-moi et si tu ne le fais pas, ce sera un signe de ton amertume et de ta situation précaire ». Il est probable que vous obtiendrez une réponse négative. Il serait bien mieux de dire : « Epouse-moi parce que je t’aime plus que tout au monde ».
Peut-on blâmer Hillary Clinton d’avoir exploité l’erreur d’Obama ? Sa campagne frise l’échec. Il est normal qu’elle cherche à tirer profit de la maladresse d’Obama. Mais quelque chose ne colle pas quand une diplômée de Yale dont la famille a gagné des millions de dollars depuis 2001 reproche son « élitisme » à un ancien travailleur social. Il est aussi désolant que Hillary Clinton, dont le mari s’est courageusement battu contre la National Rifle Association, se prononce maintenant en faveur du 2e Amendement (qui autorise chacun à avoir une arme dans l’éventualité où il aurait à se défendre).
Et non contente de s’en prendre à Obama, elle dénigre deux anciens candidats démocrates aux élections présidentielles, John Kerry et Al Gore. « Nous avions deux hommes de valeur et de foi en 2000 et en 2004 (Al Gore et John Kerry, NDLR). Mais de larges segments de l’électorat ont conclu qu’ils ne les comprenaient pas vraiment, qu’ils ne se connectaient pas avec eux et qu’ils ne respectaient pas leur mode de vie. » Obama s’exprime sans précautions et Hillary Clinton dénonce les autres sans vergogne. On dirait que les deux candidats démocrates font tout ce qu’ils peuvent pour permettre aux Républicains de se présenter une fois de plus comme le « sel de la terre ».
