Les difficultés financières de la Russie sont la preuve que la participation de la Russie au système financier global met des limites à l’aventurisme géopolitique russe. Les Russes ont payé un prix financier pour le conflit en Géorgie.
Le Wall Street Journal note que se développe en Russie une « théorie du complot », avec l’idée que le gouvernement américain a fait pression sur les banques américaines pour les convaincre de ne pas renouveler leurs crédits aux banques russes, précipitant ainsi la crise financière en Russie.
Comme l’écrit Gregory White le vendredi 19 septembre 2008 dans le Wall Street Journal : "Alors que le marché des actions de Russie était en chute libre cette semaine, des théories du complot ont circulé à Moscou, selon lesquelles Washington serait en train d’inciter les financiers américains à punir la Russie de son incursion en Géorgie le mois dernier. Ces théories ont eu suffisamment d’écho pour amener le ministre des finances russe, Alexei Kudrin, à s’entretenir mercredi 17 septembre 2008 au téléphone avec Henry Paulson, le secrétaire au Trésor américain, en lui demandant des assurances selon lesquelles les Etats-Unis n’étaient pas en train de jouer un jeu politique avec la Russie à l’occasion de la crise financière".
Mr.Paulson a assuré Mr.Kudrin qu’il n’en était rien, selon des sources russes. Les Etats-Unis n’ont pas fait état publiquement de cette conversation téléphonique.
La question de Mr.Kudrin à Mr.Paulson, dans ce coup de téléphone, reflète une vue largement partagée dans le monde opaque de l’élite moscovite. Comme si les banques américaines recevaient des coups de fils de l’administration de Washington leur demandant d’éviter de prêter aux entreprises russes… Récemment les banques américaines n’ont eu envie de prêter à personne, pas même d’autres banques américaines…
Ce n’est pas comme à Moscou où Poutine et d’autres savent qu’ils peuvent influencer l’action des banques en susurrant quelques mots dans des oreilles bien choisies.
Plutôt que de conclure que l’intégration financière de la Russie limite ses marges de manoeuvre, Poutine devrait plutôt conclure que la Russie n’aurait jamais dû permettre à ses banques et ses entreprises d’emprunter autant à l’étranger.
Accessoirement, le niveau d’intervention du gouvernement russe sur les marchés n’est pas négligeable et n’est pas loin d’atteindre un ordre de grandeur « américain » (20 milliards de dollars pour acheter des actions russes, 60 milliards de dollars en dépôts du ministère des finances dans les banques russes et 20 milliards de liquidités apportées par la banque centrale russes aux banques).
