La crise financière américaine vue par Robert Reich

Robert Reich, ancien ministre du Travail de Bill Clinton désormais professeur à Berkeley (Californie), analyse la crise financière américaine. Article publié le 16 septembre 2008 dans US News & World Report ("Wall Street’s biggest problem right now is the collapse of trust").

« Notre système financier doit devenir transparent. (…) Nous disons aux nations pauvres qu’elles doivent rendre transparents leurs marchés financiers si elles veulent attirer des capitaux, maintenant c’est à nous de le faire. Le gouvernement a deux choix : soit continuer à secourir les marchés, soit les réguler pour les forcer à rester honnêtes » écrit Robert Reich, qui s’étonne de voir qu’ « on assiste à l’intrusion la plus ambitieuse du gouvernement sur le marché de mémoire d’homme, et ceci se produit, ironiquement, sous une administration républicaine attachée au marché libre ».

Robert Reich insiste sur la « crise de confiance » que révèlent les événements actuels : « le problème, c’est que les opérations de sauvetage (bail-out), les subventions et les assurances du gouvernement n’aident pas vraiment Wall Street. Le problème fondamental de Wall Street n’est pas le manque de capital. C’est le manque de confiance. Et sans confiance, Wall Street pourrait aussi bien plier bagage. Les marchés financiers fonctionnent sur un certain nombre de promesses : promesses selon lesquelles les actifs ont une certaine valeur, les chiffres des bilans sont exacts, les prêts présentent un risque limité. Si les investisseurs cessent de faire confiance à ces promesses, les marchés financiers ne peuvent pas fonctionner. Et pourtant, il s’est avéré que beaucoup de ces promesses n’avaient même pas la valeur du papier sur lequel elles étaient inscrites. La crise des subprimes a entraîné la chute de la confiance, mais les marchés financiers étaient déjà en danger bien avant qu’on prît consience du fait que les prêts hypothécaires valaient bien moins que ce qu’on pensait. Ceci s’explique ainsi : quand le marché était en hausse il y a quelques années, beaucoup d’acteurs financiers ne savaient pas ce qu’ils vendaient ou ce qu’ils achetaient. Pire : ils s’en fichaient tant qu’ils faisaient des bénéfices (…). Pendant ce temps-là, les régulateurs, Alan Greenspan en particulier, regardaient ailleurs ».

Robert Reich raconte une anecdote intéressante : « il y a deux ans, j’ai demandé à un manager de hedge fund de me décrire les actifs qu’il y avait dans son fonds. Il a ri et m’a dit qu’il n’en avait aucune idée. Qui s’en souciait tant que l’argent était là ? Le système semblait marcher très bien aussi longtemps que tout le monde y croyait et que le marché progressait. Il a suffi de quelques promesses non tenues pour que le système en entier s’effondre ».

Que faire désormais ? « Le plus important, c’est de restaurer la confiance. Et le meilleur moyen de procéder, c’est de mettre en place des régulations qui imposent aux acteurs financiers de respecter leurs promesses et de dire la vérité, avec un système de surveillance permettant de vérifier qu’ils le font. (…) Les conflits d’intérêt doivent cesser : par exemple le fait que des agences de notation soient payées par les entreprises qu’elles sont censées vérifier ». En conclusion, Robert Reich propose une autorité de régulation unique pour toutes les compagnies financières, sur le modèle de la Financial Services Authority britannique.