La présidence française de l’UE vue de Londres

Avec son mot d’ordre d’ « Europe protectrice », Nicolas Sarkozy rencontre peu d’échos favorables au Royaume-Uni. Le Centre for European Reform, un think tank basé à Londres, vient de publier un "Guide de la présidence française de l’UE" qui décrit les obstacles qui se dressent face à la présidence française. Ses auteurs sont Katinka Barysch, Hugo Brady, Charles Grant, Clara Marina O’Donnell, Simon Tilford, Tomas Valasek et Philip Whyte. Résumé et traduction de l’anglais : LD. http://www.cer.org.uk/  

Le “non” irlandais du 12 juin a fondamentalement modifié la dynamique de la présidence française. La France n’aura plus à concentrer ses efforts sur la future mise en œuvre du traité, et la querelle sur l’attribution des postes n’est plus d’actualité (le président du Conseil européen et le Haut représentant pour les affaires étrangères). Paris va devoir prendre les choses en mains pour trouver une issue à l’imbroglio constitutionnel. Il se rendra en Irlande le 21 juillet pour envisager la possibilité d’un second référendum. Il devra trouver un savant dosage entre la double nécessité de sauver tout à la fois le traité et la légitimité de l’UE. 

Le dossier irlandais

L’option que préfère le gouvernement français, comme la plupart des autres gouvernements de l’UE, consiste à demander aux Irlandais de tenir un nouveau référendum assorti de réassurances sur la souveraineté, la neutralité et la fiscalité. Mais les Irlandais vont avoir besoin de plus de temps et de concessions que ce que la plupart des dirigeants européens sont prêts à concéder. Ils veulent notamment revenir au principe selon lequel chaque pays membre de l’UE a droit à un commissaire européen.

Les discussions que la France aura sur l’avenir du traité se feront largement à huis clos. Les Français vont sans doute adresser quelques signaux à l’Irlande pour lui dire que son statut, voire même sa qualité d’Etat-membre de l’UE, pourraient être remis en question en cas de non ratification du traité. 

La France ne sera en position de faire pression sur l’Irlande que dans le cas où une situation à 26+1 finit par s’imposer d’ici au sommet européen de décembre prochain. La principale mission de Sarkozy va donc consister à convaincre les autres pays membres de maintenir le rythme des ratifications.

Une autre forme de pression sur l’Irlande peut survenir si certains pays mettent un terme à la ratification du traité en attendant que les Irlandais votent à nouveau (ce peut être le cas en République tchèque, en Pologne, mais aussi en Autriche).

Différends franco-allemands

Paris va devoir investir beaucoup de temps et d’énergie dans la mise en place de coalitions. Les liens avec les nouveaux Etats-membre d’Europe centrale et orientale se sont beaucoup améliorés grâce à l’offensive de charme de Sarkozy en République tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Mais ce n’est pas suffisant. Les relations avec l’Allemagne demeurent fragiles. Nicolas Sarkozy s’est brouillé avec Angela Merkel à propos de l’Union pour la Méditerranée, qui était au départ censée exclure des pays non riverains de la Méditerranée tout en profitant des financements de l’UE. Berlin a réussi à réduire les ambitions de ce projet pour en faire une version légèrement améliorée du « processus de Barcelone », ce mécanisme de coopération largement inopérant avec les pays du sud de la Méditerranée et le Proche-Orient.

Il reste que le gouvernement allemand reste soupçonneux à l’égard de l’activisme de Sarkozy et sa tendance à ne pas consulter ses partenaires de l’UE avant de lancer des initiatives.

L’idée d’une Europe davantage orientée vers la « protection » est porteuse de conflits avec les autres Etats-membres, en particulier les pays plus libéraux comme le Royaume-Uni.

Les relations de Sarkozy avec la Commission européenne sont particulièrement tendues en ce moment. Il se dit que Paris pourrait bloquer la reconduction de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne en 2009, sous prétexte que ses vues seraient trop proches de celles des Anglo-Saxons. On sait par ailleurs que Sarkozy a attribué le « non » irlandais à la politique commerciale de l’UE dirigée par le commissaire Peter Mandelson, politique jugée « trop libérale » à Paris.

Calendrier serré, agenda ambitieux

Un autre facteur qui risque de diminuer les chances de succès de Sarkozy est le temps. La France exerce la dernière présidence « pleine » de l’UE avant la fin de session du Parlement européen en mars 2009 (les élections européennes auront lieu en juin). Une grande quantité de textes devront être votés d’ici-là, notamment le paquet « énergie-climat ». Compte tenu du fait que Bruxelles est en vacances pendant l’été et à Noël, la France n’a que quatre mois et demie pour mettre en œuvre son agenda extrêmement ambitieux.

Enfin, le style directif de Sarkozy et son activisme incessant font douter beaucoup d’autres leaders européens de sa capacité à sortir l’Europe de la crise. Les bons présidents de l’UE doivent être modestes, éviter les controverses et rechercher le consensus : ce ne sont pas des caractéristiques habituellement associées au nom du président Sarkozy.