Le 28ème Etat-membre

La Croatie entrera dans l’Union 1er juillet 2013 après ratification du traité d’adhésion. La lutte contre la corruption demeure la priorité du gouvernement de centre gauche qui vient d’accéder au pouvoir à Zagreb.

Après l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007, dernière étape du grand élargissement vers l’Est, l’Union européenne accueillera un nouvel Etat le 1er juillet 2013 : la Croatie. Le traité d’adhésion vient en effet d’être signé à Bruxelles, après six années de négociation. Une fois ratifié, il fera de la Croatie le vingt-huitième membre de l’UE et le deuxième, après la Slovénie, issu de l’ex-Yougoslavie.

Vingt ans après sa déclaration d’indépendance, en 1991, suivie d’une guerre meurtrière contre les Serbes, ce petit pays de 4,3 millions d’habitants, dont le PIB par habitant est inférieur d’un tiers à la moyenne européenne, attend de son intégration dans l’Europe qu’elle lui garantisse à la fois le maintien d’une paix chèrement acquise et le renforcement d’une prospérité encore fragile.

Au nom du réalisme

Certes le moment n’est pas le mieux choisi. La crise qui frappe l’Union européenne et qui menace de récession la plupart de ses membres n’est pas de nature à rassurer le nouvel entrant, dont l’économie tourne au ralenti et dont le taux de chômage dépasse le chiffre de 17 %. La richesse de la Croatie dépendant largement de son commerce extérieur, on comprend que la conjoncture présente lui soit défavorable.

De plus, la longueur des négociations et les exigences des Vingt-Sept ont lassé, et quelquefois irrité, les Croates, qui ont perdu une partie de leur enthousiasme d’antan. L’entrée dans l’Union a donc cessé d’être perçue comme l’accomplissement d’un rêve. Elle n’en demeure pas moins un aboutissement approuvé, au nom du réalisme, par une majorité de la population. 

Le succès d’une stratégie

Pour l’Union européenne, l’adhésion de la Croatie, qui devrait être suivie, dans les années à venir, par celle des autres Etats de l’ancienne Yougoslavie, traduit le succès d’une stratégie mise en oeuvre au lendemain des guerres intestines qui ont ravagé les Balkans : l’intégration européenne comme entreprise de pacification et de stabilisation d’une région dont les troubles représentaient une menace pour la sécurité de l’Union. Aussi est-ce dans cette région que les Européens, sous la direction de Javier Solana, alors haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité, ont multiplié les opérations, militaires ou policières, de gestion de crise.

L’un des critères-clés retenus par les Vingt-Sept pour évaluer les pays candidats a été leur coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). La longue cavale du général Ante Gotovina, finalement arrêté en décembre 2005 et condamné en avril 2011 à vingt-quatre ans de prison pour crimes contre l’humanité, a ainsi retardé l’ouverture des négociations avec la Croatie.

La gauche au pouvoir

La signature du traité d’adhésion coïncide avec la victoire des sociaux-démocrates et de leurs alliés de centre gauche aux élections législatives. Le vieux parti nationaliste de Franjo Tudjman, premier président de la Croatie indépendante, se trouve ainsi écarté du pouvoir après avoir dominé la vie politique du pays. C’est un social-démocrate, Ivo Josipovic, qui occupe la présidence depuis février 2010. Avec l’accession d’un autre social-démocrate, Zoran Milanovic, au poste de premier ministre, la relève politique est assurée.

Les nouveaux dirigeants veulent tourner la page du passé pour entreprendre la modernisation du pays dès lors que celui-ci sera solidement amarré à l’Europe. Cette modernisation doit permettre le redressement de l’économie. Elle suppose l’accélération des réformes structurelles destinée à diminuer le poids de la bureaucratie qui pèse sur la compétitivité des entreprises mais elle passe surtout par une lutte déterminée contre la corruption, principal fléau de la Croatie comme des autres Etats de l’ex-Yougoslavie.

La défaite de la droite aux élections législatives s’explique d’abord, selon les observateurs, par la volonté d’une majorité de la population d’en finir avec les nombreux scandales de corruption qui ont secoué le pays au cours des dernières années et qui ont contraint à la démission, en 2009, le premier ministre Ivo Sanader. Le nouveau gouvernement s’est engagé à accentuer la lutte contre la corruption. Les autorités européennes n’entendent pas relâcher leur surveillance pendant la période de transition qui précédera l’entrée effective de la Croatie dans l’Union.