Les élections en Saxe-Anhalt rendent l’espoir à la CDU

La CDU a repris des couleurs après le vote du 6 juin en Saxe-Anhalt, qui s‘est traduit, à quelques mois des élections législatives, par un net bond en avant du parti de Mme Merkel, une relative stagnation des Verts et un recul de l’extrême-droite. Si tout reste possible le 26 septembre, comme le souligne notre collaborateur Detlef Puhl, ces résultats rendent confiance aux conservateurs, dont le candidat à la chancellerie, Armin Laschet, peut espérer succéder à Mme Merkel.

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L’actualité du passé

Le dernier test électoral avant les élections législatives du 26 septembre en Allemagne porte trois messages :
1/ La CDU sait encore gagner.
2/ Les Verts doivent s’expliquer davantage.
3/ L’AfD atteint ses limites.

Le 6 juin, les électeurs du petit land de Saxe-Anhalt (2,2 millions d’habitants) autour de la ville de Magdebourg ont démenti tous les sondages qui indiquaient une course au coude-à-coude entre la CDU du ministre-président sortant, Reiner Haseloff, et l’extrême droite de l‘AfD. Il n’en a rien été. Avec 17 points d‘écart entre le parti du chef du gouvernement régional et l’AfD, celle-ci a dû s’incliner clairement. Pour la première fois à l’est, elle a reculé – de 24,3% il y a cinq ans à 20,8%. Un chiffre élevé quand même – mais un recul après tout. Et surtout, elle a perdu toutes les circonscriptions qu’elle avait gagnées il y a cinq ans, sauf une. (Le système électoral prévoit 41 mandats „directs“ pour le candidat ou la candidate qui arrive en tête dans une circonscription et 41 mandats, en principe, à distribuer selon les résultats obtenus à la proportionnelle par les partis).

Le bond en avant de la CDU

La CDU, par contre, fait un bond en avant. De 29,7% elle passe à 37,1%. Encore une fois, comme dans les élections régionales précédentes en mars, le chef du pouvoir régional sortant s’est vu confirmé, voire renforcé, obtenant un score bien supérieur à celui que les sondages attribuent à son parti au niveau national. Cela vaut pour M. Haseloff, dont le parti (la CDU) s’approche doucement, au niveau fédéral, des 30%. Cela vaut pour M. Kretschmann à Stuttgart, qui avait obtenu 32,4% dans le Bade-Wurtemberg, alors que son parti, les Verts, malgré leur avancée spectaculaire récente, se situe juste au-dessus des 20%. Et cela vaut encore plus pour Mme Dreyer avec ses 35,7% obtenus en Rhénanie-Palatinat alors que le SPD continue à stagner autour des 15%.

Au niveau régional, les élections de cette année n’ont donc pas mené à de vrais changements. A Stuttgart et à Mayence, les mêmes coalitions de gouvernement ont été reconduites. A Magdebourg, cela peut changer, car les libéraux du FDP ont réussi leur rentrée à la diète régionale après dix ans d’absence et représentent un partenaire de choix pour la CDU. En même temps, les deux partenaires actuels de la CDU ont décu. Le SPD a encore perdu et fait son plus mauvais score avec 8,4% seulement. Et les Verts, qui se croyaient sur la voie du succès, n’ont avancé que très légèrement, passant de 5,1% à 5,9%. Trop peu pour impressionner qui que ce soit. Plutôt une douche froide et de quoi se poser des questions. Quant à La Gauche, succcesseur de l’ancien parti communiste de la RDA et toujours fort à l’est, elle a encore perdu un tiers de ses voix, arrivant à 11%.

Les difficultés d’Annalena Baerbock

Les partis politiques, tous les partis politiques, se trouvent maintenant dans l’embarras pour tenter de tirer des leçons de ce scrutin dans la perspective de la campagne fédérale qui a déjà commencé. Ce ne sera pas facile.

Primo – le 26 septembre, il n’y aura pas de chef de gouvernement qui se représente. L’électorat imagine mal encore qui se cache derrière les noms proposés pour occuper la chancellerie. Armin Laschet, le nouveau chef de la CDU, vient seulement d’accéder à un rôle politique au niveau fédéral. Il est bien connu et apprécié dans son Land de Rhénanie du Nord-Westphalie qu’il dirige. Mais au-delà ? Dans son propre parti déjà il n’a pas été accepté facilement. Il ne peut donc pas jouer la carte du sortant qu’a joué si bien le vainqueur en Saxe-Anhalt. Oui, la CDU sait encore gagner, mais cette victoire était due à un ministre-président en fonction qui demandait aux électeurs de lui renouveler leur confiance, et qui a su prendre ses distances claires et nettes, sans failles, avec l’AfD, son premier adversaire. Là, où il fallait empêcher que l‘AfD devienne la première force politique du pays, on ne pouvait faire mieux que de voter pour celui qui lui ferait barrage. Ce n’est pas une stratégie que M. Laschet peut adopter pour sa campagne des législatives. Il n’est en rien responsable des résultats de la politique de la chancelière Merkel. Il n’a aucun bilan à défendre. Et son premier adversaire ne sera pas l’AfD mais plutôt les Verts – avec lesquels il devra former une coalition de gouvernement.

En même temps, la carte du „chef sortant“, c’est une carte, peut-être la seule, que pourrait jouer encore Olaf Scholz, le vice-chancelier actuel. En quelque sorte, c’est le candidat du SPD qui porte l’héritage du gouvernement d’Angela Merkel. Seulement, après le désastre des 8,4% du SPD le 6 juin, on voit mal comment le candidat du SPD pourrait prétendre sérieusement occuper la chancellerie. Mais qui sait ? Peut-être la solidité de la „vieille tante SPD“ et du candidat calme et toujours reposé convaincra-t-elle finalement un nombre suffisamment grand d’électeurs.

Car Annalena Baerbock, la jeune candidate des Verts à la chancellerie, se trouve soudainement dans une tempête médiatique. Non seulement des médias ont découvert qu’elle n’avait pas déclaré à la présidence du Bundestag, comme elle aurait dû le faire en tant que députée, des revenus supplémentaires versés par son propre parti, dont elle est l’une des dirigeantes, et déclarés aux impôts. Et elle s’est vue reprocher aussi d’avoir un peu embelli son CV. Un très bon résultat aux élections du 6 juin –les Verts espéraient des résultats au dessus de 10%— aurait réduit ces histoires à rien. Mais un résultat minimum ? Désormais, la candidate qui semblait si brillante il y a quelques semaines seulement, se voit contrainte à mener bataille pour sa crédibilité personnelle. Mais il reste encore plus de trois mois avant le scrutin. La course pour la première place reste tout-à-fait ouverte.

L’état de la réunification

Secundo – ces élections dans un land de l’ancienne RDA ont rouvert un débat sur l’état de la réunification du pays. Trente ans après la fin de la RDA, on constate que le vainqueur du scrutin a fait avec succès de son origine dans le land et du fait qu’il parle sa langue un argument de campagne. Il s‘est défendu contre les „Wessis“ (Occidentaux) qui essaient toujours de dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire. En particulier, il a refusé l’image d’une Saxe-Anhalt qui pencherait vers l’extrême droite alors que la plupart des leaders de l’AfD viennent de l‘Ouest. Or, les trois candidats à la chancellerie sont tous des „Wessis“ – un changement, certes, par rapport à la chancelière originaire de l’ancienne RDA, mais qui n’en a jamais fait un argument politique. En tout cas, certains experts affirment que les élections se gagnent à l’Ouest, mais qu‘elles peuvent se perdre à l’Est. Trente ans après l’unification des deux Etats allemands, des différences se font toujours sentir - malgré le fait que toute la cohorte des électeurs jeunes, c’est-à-dire en dessous des 40 ans, n’a aucune expérience personnelle de la dictature communiste en RDA.

Cette campagne des législatives ne ressemblera pas aux précédentes. On devrait s’attendre à ce que la question de l’unité de la nation et de la cohérence de la société soit un sujet majeur. Cela d’autant plus que la question des divergences est-ouest coincide souvent avec celle de la montée de l’extrême droite (plus importante à l’est qu’à l’ouest) et celle des oppositions apparues pendant la crise sanitaire et dans le contexte de la crise climatique (clivage entre mode de vie urbaine et vie de campagne) – un mélange diffus de thèmes et de personnes dans un climat de discours publics souvent excités.

Finalement, trois mois et demi avant des élections qui auront une portée certaine pour toute l’Europe, comme l’auront les élections en France l’année prochaine, rien n’est sûr et tout est possible. La chancellerie est toujours loin d’être acquise pour la CDU, mais le parti d’Armin Laschet a démontré qu’il peut encore gagner et le candidat lui-même n’est plus mis en question, enfin. Les Verts peuvent toujours prétendre sérieusement à la chancellerie avec une candidate jeune et compétente, mais ils ont toujours leurs grands problèmes à l’est où leur thème majeur, une politique climatique cohérente, ne peut pas vraiment convaincre ; et ils ont leurs problèmes internes, une base militante bien plus radicale que leur représentants, qui rendent leurs succès électoraux fragiles. Olaf Scholz, le candidat du SPD, n’a pratiquement plus de chances à moins que les deux autres n’arrivent absolument pas à se mettre d’accord. Mais son parti, qui n’a pas voulu de lui comme chef, se trouve toujours en ordre dispersé. Angela Merkel, elle, n’interviendra pas.