Les ’’pirates’’ à l’assaut des partis traditionnels

Le parti des "pirates", inspiré par l’exemple suédois, est entré au parlement de la ville de Berlin à l’occasion des élections régionales du 18 septembre. C’est une première en Allemagne. En menant essentiellement campagne sur le liberté totale pour l’accès à Internet, ils ont non seulement enlevé des voix aux Verts mais ont mordu aussi sur l’électorat des partis traditionnels.

Le parti des « pirates » a le vent en poupe en Allemagne depuis les élections régionales de Berlin. Le 18 septembre, il a obtenu près de 9% des voix et 15 sièges au parlement de la ville-Etat. C’est la première fois qu’il entrait dans une assemblée élue. Depuis, le nombre de ses adhérents ne fait que croitre. Selon de récents sondages, 7% des Allemands seraient prêts à voter pour les « pirates » si les élections législatives avaient lieu dimanche prochain. Une majorité des personnes interrogées explique cette prise de position par une protestation contre le monde politique actuel.

Les supporteurs des « pirates » ne viennent pas seulement de la clientèle électorale des Verts ou de la gauche radicale, Die Linke. Le parti progresse aussi parmi les électeurs des deux grands partis traditionnels, la démocratie-chrétienne et la social-démocratie, ainsi que chez les libéraux du FDP. Parmi les électeurs qui seraient disposés aujourd’hui à apporter leurs suffrages aux « pirates », 16% ont voté CDU-CSU en 2009, 10 % SPD, 13% FDP et 11% pour les Verts. Les « pirates » réussissent aussi là où les formations traditionnelles échouent par manque de force de conviction : ils mobilisent les abstentionnistes.

La montée du parti des « pirates » est sans précédent dans l’histoire du parlementarisme allemand. Même les Verts, avec lesquels on compare souvent les « pirates », ont eu besoin de quatre ans avant d’entrer au Bundestag, après leur première participation aux élections européennes de 1979. Toutefois, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que le bon résultat des « pirates » à Berlin n’est pas si étonnant qu’il y parait. La ville, avec son dynamisme et son ouverture sur le monde et sa population jeune, peut être considérée comme un bastion des « pirates ». Déjà, aux élections législatives de 2009, ce parti avait obtenu à Berlin des résultats supérieurs à sa moyenne nationale. Le 18 septembre, aux élections régionales, près de 130 000 Berlinois se sont prononcés en sa faveur. Avant tout, les hommes jeunes, avec une éducation supérieure sont intéressés par les thèses des « pirates ».

Penser la politique

Leur programme met l’accent sur la liberté sur le net. Il demande un accès totalement libre à Internet et une réforme du droit de propriété intellectuelle correspondant aux évolutions de l’ère digitale. Leur objectif est aussi de rendre la politique plus transparente et d’élargir la cogestion politique (Mitbestimmung) selon leur slogan de la « démocratie liquide ». Les nouveaux médias comme twitter, les blogs et les transmissions vidéo en direct doivent jouer un grand rôle. Grâce à eux, les citoyens doivent obtenir un accès direct aux processus politiques et participer aux prises de décision. Les « pirates » compensent leur inexpérience politique par une capacité à s’adresser aux masses par les moyens les plus modernes et à les mobiliser, quelque chose que les partis établis n’ont pas encore compris.

L’intérêt quasi-exclusif des « pirates » pour Internet suscite les critiques. On reproche à ce parti de n’avoir aucune réponse aux questions centrales de la politique. Mais les « pirates » ne s’en soucient guère et leur méconnaissance des problèmes ne semble pas leur faire du tort.

Les partis traditionnels seraient bien inspirés de ne pas les prendre à la légère. Malgré ou à cause d’une forme de naïveté, cette formation apparait nouvelle et authentique. Ses positions sur Internet concernent notre avenir à tous. Elles convainquent surtout les jeunes. Les prochains mois montreront si le parti a la capacité à cesser d’être seulement un parti de protestation pour proposer de véritables solutions globales. Pour cela, les « pirates » doivent aussi penser politique.