La France, puissance stratégique de l’Océan indien

Outre Mayotte et la Réunion, les "confettis" de la France dans l’Océan indien contribuent à lui donner le deuxième espace maritime du monde derrière les Etats-Unis. Ce qui lui confère une position stratégique exceptionnelle, souvent contestée par les Etats riverains.

Petite Terre, Mayotte

La France est une importante thalassocratie. L’addition de toutes ses Zones Économiques Exclusives (ZEE), lui donne le deuxième espace maritime au monde derrière celui des États-Unis. Cette particularité s’explique par la possession française de nombreux territoires insulaires de par le monde. Un certain nombre de ces territoires se trouvent dans l’Océan Indien, espace dans lequel la France joue donc un rôle-clef. Le canal du Mozambique, par exemple, est entièrement sous contrôle français.
Si La Réunion et Mayotte sont peuplées respectivement de 851.000 et de 256.000 habitants, les autres territoires français de l’Océan indien ne sont pas habités de façon permanente. Des militaires s’y relaient et des scientifiques y font des passages réguliers, notamment des météorologues. Mais la France est attachée à ses terres, confettis dans l’Océan, pour différentes raisons. Tout d’abord des raisons économiques car les vastes ZEE de ces espaces assurent à la France le contrôle des ressources halieutiques et des éventuels gisements d’hydrocarbures (Juan de Nova). De plus, cette partie de l’Océan Indien demeure importante pour le commerce international et voit transiter les supertankers et porte-containers empruntant la route circumafricaine.

Géostratégie maritime

Mais la France tient à ses territoires surtout pour des raisons géostratégiques. En effet, depuis plusieurs années, toutes les puissances militaires veulent imposer leur leadership sur les mers et océans, des États-Unis à la Chine, en passant par la Russie. La France semble ne pas vouloir être absente de cette course militaire. Enfin, ces territoires peuvent servir de point d’appui à d’éventuelles interventions militaires dans la région.

Les îles françaises de l’Océan Indien, qu’elles aient le statut de départements (Réunion, Mayotte) ou qu’elles fassent partie des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises, sous autorité d’un préfet spécifique), sont des territoires disputés. A l’exception de la Réunion, elles sont toutes revendiquées par un autre État. Mayotte est toujours considérée par l’Union des Comores comme l’une de ses îles – avec le soutien de l’ONU. Tromelin, îlot de seulement 1 km2 situé à 436 km à l’est de Madagascar, est revendiquée par l’Île Maurice. Madagascar, pour sa part, exige toujours la restitution de l’ensemble des Îles Éparses, c’est-à-dire de : Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Europa. Ces îles se trouvent dans le Canal du Mozambique et sont toutes à moins de 400 km des côtes malgaches – seulement 140 pour Juan de Nova. Elles dépendaient de la colonie française de Madagascar jusqu’à ce que Charles De Gaulle les en détache, peu avant l’indépendance, afin de préserver des positions stratégiques.
Près de 60 ans plus tard, la vision française est la même et un rapport du Sénat de 2014 insistait sur le fait que « les ZEE ultramarines offrent à la France, à ses outre-mer et à l’Europe des gisements d’opportunités pour aujourd’hui et pour demain » et encore qu’ « à l’heure de la maritimisation, la France et ses outre-mer doivent dès maintenant se projeter au premier rang de la compétition mondiale" [1] .
Avec ses différentes possessions, la France demeure une puissance militaire et maritime de premier rang et conserve des ambitions élevées. Elle est l’acteur principal dans la partie occidentale de l’Océan Indien, qu’elle contrôle de bout en bout et ce malgré les protestations des États riverains. Si ces îles sont parfois minuscules, leur importance est grande et indispensable à la stratégie de rayonnement de la France.

[1Rapport n°430 du 9 avril 2014 intitulé « Les zones économiques exclusives ultramarines : le moment de vérité »