Merkel prend le risque d’assumer sa politique d’accueil des réfugiés

La chancelière allemande Angela Merkel a tenu, le jeudi 28 juillet, une conférence de presse à Berlin, à la suite des quatre attentats qui ont eu lieu la semaine dernière à Wurtzbourg, Munich, Reutlingen et Ansbach. Le premier et le dernier ont été perpétrés par des réfugiés, arrivés en Allemagne avant l’ouverture des frontières de l’été 2015. Angela Merkel a soutenu la pertinence de sa politique d’accueil.

DPA
La conférence de presse jeudi

Angela Merkel a l’habitude de se hâter lentement. Elle l’a montré encore une fois après les attentats de la semaine dernière. Elle a justifié son silence initial en déclarant : « Je réfléchis précisément à quel moment je dis quelque chose. » Le moment était venu. Elle a interrompu ses vacances dans le nord de l’Allemagne et avancé d’un mois sa traditionnelle conférence de presse d’été, pour répondre à l’inquiétude de ces concitoyens ainsi qu’aux critiques de la droite de son parti et de la droite populiste.
Elle l’a fait à sa manière, sobre, pragmatique sans rien renier de sa « politique de l’accueil ». Elle a dénoncé les criminels de Wurtzbourg et d’Ansbach « pathétiques, affligeants et déprimants » qui « ont bafoué le pays qui les a accueillis » et « les personnes qui les ont aidées ». L’incident de Reutlingen, une affaire privée entre une Polonaise et son ami syrien, comme la tuerie de Munich, œuvre d’un déséquilibré animé par des pulsions racistes, n’entrent pas dans la catégorie des actes terroristes islamistes.

Ne pas céder à la peur

La chancelière a promis que toute la lumière serait faite. On le doit aux familles, aux citoyens et à l’immense majorité des réfugiés qui vivent paisiblement en Allemagne. Elle se refuse à agir dans la précipitation. « La peur ne peut pas être le critère de l’action politique », a-t-elle déclaré.
Après une "analyse de fond", il faudra prendre de nouvelles mesures là où il y a des trous. Elle a énuméré un catalogue de neuf dispositions, certaines déjà en vigueur, d’autres purement techniques, pour améliorer la lutte – « la guerre », elle a employé ce terme pour la première fois — contre l’Etat islamique. Elle n’a pas répondu à la proposition du gouvernement bavarois de permettre l’expulsion des déboutés du droit d’asile y compris vers des pays en guerre.
Il y a onze mois, à l’occasion de la même conférence de presse d’été, la chancelière avait prononcé la phrase qui est devenue célèbre : « Wir schaffen das » (Nous y arriverons) Elle l’a répétée, même si « ce n’est pas une chose facile », mais c’est « un devoir historique ». L’Allemagne a déjà surmonté des crises plus graves, « nous ferons face à ce nouveau défi ».

L’accord avec la Turquie

Angela Merkel maintient donc sa politique vis-à-vis des réfugiés après les deux attentats de Wurtzbourg et d’Ansbach revendiqués par Daech. Il est vrai que cette politique a évolué, plus qu’elle ne veut bien le reconnaître. Le flux de réfugiés s’est pratiquement tari avec la fermeture de la « route des Balkans » et l’accord avec la Turquie. Celui-ci l’oblige à ménager Recep Tayyip Erdogan et à modérer ses critiques contre les purges qui suivent le putsch manqué.
Cette tendance à affirmer qu’elle avait raison depuis le début est critiquée dans le parti frère bavarois et dans la presse conservatrice. En persévérant, Angela Merkel reste fidèle aux principes humanitaires qu’elle a mis en avant depuis un an. Mais elle prend un risque. Car il n’est pas sûr que ces principes résistent à un nouvel attentat sanglant. Elle a déclaré que le moment n’était pas venu de prendre une décision sur une nouvelle candidature en 2017. Elle sait qu’avec l’immigration, elle joue son prochain mandat.