Obama II : quelle politique étrangère ?

A peine réélu, Barack Obama a consacré à trois pays d’Asie son premier voyage à l’étranger. Parmi eux, la Birmanie où aucun président américain ne s’était jamais rendu. Le signe que la région Asie-Pacifique est devenue la priorité stratégique des Etats-Unis. Toutefois, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton qui l’accompagnait, a été obligée d’interrompre ce périple asiatique à cause de la crise entre Israël et le Hamas. Le signe que le « pivotement » de la stratégie américaine ne peut pas ignorer totalement les zones traditionnelles de conflit.

Au cours de son premier mandat, Barack Obama a théorisé la nouvelle place et le nouveau rôle des Etats-Unis dans le rapport de forces mondial qui est en train d’émerger. Il lui revient maintenant de profiter de son second mandat pour mettre en œuvre cette stratégie pour un pays qui n’est plus le seul leader mondial mais qui ne peut pas se retirer sur l’Aventin. Même s’il en avait la tentation et même s’il est contraint de redimensionner ses interventions en fonction de moyens plus limités. Les prémices de ce repositionnement ont été posées. Au cours de son premier mandat, Barack Obama a liquidé au moins une partie de l’héritage de son prédécesseur. Il a éliminé Oussama Ben Laden et décimé Al Qaida (en Asie) et il s’apprête à se retirer d’Afghanistan après avoir mis fin à la guerre en Irak.

La priorité de la nouvelle stratégie américaine se situe dans la région Asie-Pacifique, là où se trouvent à la fois le potentiel de croissance économique et les marchés pour les prochaines décennies. Le « basculement » vers cette région a été annoncé par le président lui-même lors d’un voyage en Océanie, puis lors d’un discours devant les responsables du Pentagone à Washington, ainsi que par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton au cours de plusieurs interventions, dont une prononcée à Hanoï. Le choix du Vietnam n’avait pas été laissé au hasard. Le Vietnam a été en guerre avec les Etats-Unis dans les années 1960-1970 mais son ennemi héréditaire se trouve à sa frontière nord. La Chine est le rival ancestral. C’est aussi la puissance qui monte dans le Pacifique et qui remet au goût du jour des revendications territoriales dans la mer de Chine méridionale. Certes, le « basculement » américain de l’Atlantique vers le Pacifique n’a pas qu’une composante militaire. Celle-ci existe : la flotte des Etats-Unis est actuellement déployée pour moitié dans l’océan Atlantique et pour moitié dans le Pacifique. A l’avenir ce sera 40-60. Et les Etats-Unis ont ouvert une base de marines à Darwin, en Australie. Officiellement pour entrainer leurs soldats.

Une nouvelle zone de libre-échange dans le Pacifique

Mais le « basculement » a un aspect économique. De même que les Américains ont relancé la vieille idée d’une zone de libre-échange transatlantique, Barack Obama a proposé un Trade Pacific Pact pour les pays de la région Asie-Pacifique, incluant le Japon. Mais pas la Chine. Au moins dans un premier temps, car les Américains veulent réserver la participation aux Etats qui reconnaissent le libre-échange – les Chinois pourraient y souscrire – et surtout respectent la propriété intellectuelle. Les responsables de Washington prennent grand soin de préciser que cette stratégie n’a rien à voir avec une tentative « d’endiguement » de la Chine mais Pékin est méfiant. Le cas de la Birmanie est exemplaire. Naguère, ce pays, boycotté par les Occidentaux à cause de son régime politique, était une chasse gardée des Chinois. Avec le début d’un processus de démocratisation et la levée des sanctions, la Birmanie se tourne vers les Etats-Unis et l’Europe, au grand dam des dirigeants communistes de Pékin.

Si le « nouveau monde » est dans le Pacifique, le vieux monde n’est pas oublié pour autant. Le serait-il qu’il se rappellerait au bon (ou mauvais) souvenir des Américains. Alors qu’elle accompagnait le président Obama en Thaïlande, en Birmanie et au Cambodge, Hillary Clinton a été obligée de se précipiter au Proche-Orient pour tenter de négocier une trêve entre Israël et le Hamas qui s’affrontaient autour de Gaza. Les Etats-Unis qui espèrent devenir autosuffisants dans les prochaines décennies pour leur approvisionnement énergétique ne seraient pas malheureux de pouvoir se détourner du Moyen-Orient mais en attendant l’engrenage proche-oriental les rattrape. Conflit israélo-palestinien, Iran, Syrie… impossible de s’en détourner.

Même si aucune solution n’est en vue. Entre Israël et les Palestiniens, Barack Obama s’est brûlé les doigts dans sa première année de présidence. Il avait voulu éviter l’erreur commise par Bill Clinton. Celui-ci avait attendu les dernières semaines de son second mandat pour s’impliquer dans le conflit et tenter d’imposer une solution. C’était trop tard. L’initiative de Barack Obama est au contraire venue trop tôt. Ses mauvaises relations avec Benjamin Nétanyahou, dont tout laisse à penser qu’il sera réélu après les élections générales de janvier prochain, et son insistance sur le gel des colonies traitée par le mépris par le premier ministre israélien ont fermé toute possibilité de médiation.

Laisser sa marque au Proche-Orient

Mais comme tous les présidents américains, Barack Obama voudrait essayer de laisser sa marque. La nouvelle donne qui se dessine au Proche-Orient avec un Hamas renforcé, une Autorité palestinienne toujours affaiblie mais qui aura su marquer quelques points à l’Assemblée générale des Nations unies, une Egypte soucieuse de jouer un rôle d’intermédiaire tout en étant plus sensible aux exigences de la « rue arabe », face à un gouvernement israélien de plus en plus contraint de choisir entre la négociation ou l’isolement, tous ces facteurs peuvent ouvrir la voie à une initiative américaine.

Le casse-tête du nucléaire iranien

Les Etats-Unis ont des moyens de pression sur Israël. Il y a toujours l’aide militaire qui a encore été essentielle pendant les récents affrontements avec le Hamas. Israéliens et Américains ont testé en commun un système anti-missiles « Dôme de fer » qui ont permis de détruire en vol des roquettes lancées depuis la bande de Gaza. Et puis il y a l’Iran où la coopération entre les deux pays est plus étroite que des dissensions sur la politique à mener le laisseraient penser. Washington a réussi, en mars dernier, à dissuader Benjamin Nétanyahou de lancer des frappes contre les installations iraniennes pendant la campagne pour les élections présidentielles. En contrepartie, les Américains se sont engagés à frapper eux-mêmes en 2013 si Téhéran franchissait la « ligne rouge », soit l’enrichissement à 20% d’un stock suffisant d’uranium pour produire une arme nucléaire. Un compromis acceptable et par Israël et par les pays du Golfe est-il possible ? Les sanctions sont-elles suffisamment efficaces pour amener le régime des mollahs à infléchir sa position ? Entre un accord difficile et des frappes aux résultats improbables, l’autre hypothèse est une poursuite de la tactique dilatoire que les Iraniens ont employée avec maestria depuis une décennie. Cette hypothèse pourrait faire l’affaire de Barack Obama s’il est décidé à ne pas employer la force mais elle suppose que Téhéran s’arrête avant d’obtenir la possibilité de fabriquer une bombe. Netanyahou a clairement affirmé qu’Israël ne tolèrera que l’Iran devienne « un pays du seuil », c’est-à-dire en mesure de produire une arme nucléaire sans toutefois passer à l’acte (c’est la situation du Japon, par exemple).

Prudence en Syrie

Barack Obama montre la même prudence en Syrie. Il n’a pas suivi la France et la Grande-Bretagne qui ont reconnu la Coordination nationale syrienne comme le seul représentant légitime du peuple syrien. Les Américains continuent d’être inquiets de la destination des armes qui sont livrées à la rébellion, directement ou indirectement, par des pays arabes. Le président ne veut pas s’engager dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient alors qu’il a sorti les Etats-Unis de l’Irak et qu’il est sur le point de retirer le gros de ses troupes d’Afghanistan. Ce qui ne l’empêche pas de réfléchir à une aide accrue aux adversaires de Bachir el-Assad, par exemple depuis la Turquie. Des agents de la Cia pourraient conseiller les insurgés depuis ce pays voisin de la Syrie, qui devrait recevoir dans les prochaines semaines des batteries de Patriots de l’OTAN destinés à dissuader des incursions de l’aviation syrienne, voire assurer une sorte de zone d’interdiction de vol au-dessus des régions « libérées » du nord de la Syrie.

Compter sur l’Europe

Dans ce tableau, l’Europe n’occupe plus la place centrale quelle avait au temps de la guerre froide et post-guerre froide. Elle n’est plus un problème pour la diplomatie américaine. Elle n’est pas encore une solution mais elle peut contribuer à seconder les Etats-Unis. Pour cela, elle devrait être en mesure de s’engager plus vigoureusement dans les zones de conflit. En Europe et dans les régions environnantes, dont le Moyen-Orient, elle devrait en première ligne. Il serait de sa première responsabilité de gérer les conséquences du « printemps arabe ».La politique américaine vis-à-vis de l’Europe a été définie le plus clairement par l’ancien secrétaire à la défense, Robert Gates, quand il a quitté ses fonctions en 2011 : l’Europe doit dépenser plus pour sa défense et soulager le budget des Etats-Unis. Jusqu’à maintenant, Washington n’a pas été entendu.