Perspectives 2013

Les perspectives économiques mondiales pour l’année 2013 ont été passées en revue par des hommes d’affaires et des experts au cours de la conférence annuelle de la COFACE qui s’est tenue à Paris le 22 janvier. Le climat n’est pas à l’optimisme, notamment dans les vieux pays industrialisés.

Quelles sont les perspectives qui s’offrent à l’économie mondiale pour 2013 et au-delà ? Malgré la récente flambée des marchés, tout n’est pas rose. L’Europe ne va pas bien ; elle continue à avoir d’énormes problèmes structurels et de compétitivité, mais elle va mieux qu’il y a un an. Les Etats-Unis ont des problèmes de déficits colossaux et la polarisation politique qui empêche de trouver des solutions à long terme, mais par rapport à l’Europe, les tendances économiques et les chiffres de l’emploi sont meilleurs. Le reste du monde, et particulièrement les pays émergents (BRICS), connaissent des taux de croissance inférieurs au passé, mais nettement supérieurs à l’Amérique du Nord et à l’Europe. 

De façon générale, le climat n’est pas à l’optimisme. Il y a deux grands obstacles à la reprise. Autant aux Etats-Unis qu’en Europe, la dette publique et privée est excessive. Deuxièmement il y a des risques politiques multiformes (radicalisation aux Etats-Unis, échéances électorales en Italie, en Allemagne, troubles terroristes en Afrique et ailleurs). On peut parler d’une certaine sérénité dans les pays émergents. Ils ont appris à gérer les crises et ont des réserves monétaires conséquentes. Les experts invités par la COFACE ont débattu de plusieurs grands thèmes : évolution des Etats Unis, où le pragmatisme traditionnel disparait, compétitivité et durabilité des progrès dans la zone euro, maturation des marchés émergents avec leurs nouvelles classes moyennes.

Les Etats-Unis sur le déclin ?

Les Etats-Unis sont-ils une puissance en déclin ? La croissance prévue pour 2013 n’est que de 1,6%. Un taux proche de l’anémie. Ces cinq dernières années, les Etats-Unis ont connu la plus grande crise économique depuis quatre-vingts ans. Le risque politique s’aggrave. Les problèmes sont ajournés au lieu d’être résolus, comme en Europe. Mais on constate aussi des facteurs positifs - l’immobilier repart, une nouvelle indépendance énergétique apparait avec le gaz de schiste, le "reshoring" (certains emplois qui étaient partis, reviennent pour des raisons de coûts croissants de la main d’œuvre en Chine et ailleurs, ainsi que pour des raisons de logistique et de sécurité) se développe. Les Etats-Unis ne sont plus la puissance économique mondiale d’antan. Ils risquent d’être dépassés par la Chine dans les cinq années à venir (en termes de PIB global, en PIB par habitant, la Chine est au 100ème rang mondial). 

Et il n’y a pas que la puissance économique. Les Etats-Unis restent la puissance militaire la plus forte. Seront-ils dépassés militairement par la Chine un jour ? Peut-être mais rien n’est moins sûr. D’autres incertitudes géopoltiques, tel qu’un conflit Iran-Israël, ou Chine-Japon, demeurent.

Par rapport à l’Europe et au Japon, les Etats-Unis ont une meilleure démographie. Il n’y a toujours pas de vraie monnaie alternative au dollar. Ni l’euro, l’or, le franc suisse, le yen, la livre sterling ne sont en voie de remplacer le dollar. Au niveau industriel et technologique, les Etats-Unis continuent d’être les leaders dans "ET" (energy technology - gaz de schiste, pétrole), dans "BT" (bio-technology), "IT" (information technology), "MT" (manufacturing technology), et "DT" (Defence Technology). On les voit difficilement perdre ce "leadership" à court terme.

En ce qui concerne la zone euro, il n’y a pas grande source d’optimisme. Les problèmes fondamentaux dus à l’hétérogénéité et aux différences de compétitivité demeurent. Pour mettre fin à la crise, il faut stabiliser les dettes extérieures. Cet objectif est actuellement poursuivi au risque d’un appauvrissement des pays désindustrialisés. En 2013, l’environnement international sera moins porteur (rigueur budgétaire aux Etats-Unis, stagnation des importations en Chine, croissance plus faible ou récession au Japon et dans la plupart des pays émergents). Il ne faut pas s’attendre à une reprise dans les pays d’Europe du Sud. Le chômage poursuit sa progression.

Peut-on espérer une amélioration du cadre institutionnel en Europe ? Les propositions de Herman von Rompuy, président du Conseil européen, englobant un budget commun et l’émission d’obligations communes, ne sont pas encore acceptées ni par les opinions publiques, ni par les parlements nationaux. Même l’union bancaire traine. L’Allemagne propose une union politique accélérée, qui se heurte au scepticisme des autres pays.

Scepticisme en Europe

Le monde des affaires rejoint le point de vue allemand. Récemment du patronat britannique (CBI) a exercé une pression sur David Cameron pour que Londres n’envisage pas de quitter le marché unique. Tom Enders, patron d’EADS/Airbus, vient d’écrire sur l’importance d’une plus forte intégration européenne pour rendre l’Europe compétitive. Son prédécesseur, Louis Gallois, invité d’honneur au colloque de la COFACE (qui fait le "service après-vente" sur son rapport sur la compétitivité) a martelé l’importance d’une plus forte coopération franco-allemande. En Allemagne, la culture générale dans toutes les couches sociales prône la création de richesse. Ce contexte permet un meilleur dialogue social, un système éducatif avec apprentissage mieux adapté à la réalité des besoins de l’économie. Cependant, l’Allemagne pourrait aussi apprendre de la France. A terme, la démographie française est plus favorable. Les crèches, les facilités offertes aux femmes qui ont des enfants tout en continuant de travailler, sont quelques exemples. Comment résoudre les problèmes d’immigration qui se posent de façons diverses dans plusieurs pays ?

Une plus forte convergence sur le coût de travail, des services et la fiscalité est indispensable. L’épargne française va trop dans l’immobilier et pas assez dans l’industrie. L’Europe, qui a ses origines dans la CECA, la Communauté du charbon et de l’acier dans les années 1950, n’a pas de politique énergétique, ni de politique de matières premières.

La solution réaliste est peut-être dans un "fédéralisme discret", qui permette de continuer l’intégration européenne dans les domaines "politiquement acceptables". En résumé, l’Europe du Nord est compétitive, l’Europe du Sud ne l’est pas. La France est entre les deux ! 

Malgré le poids de l’endettement, les secteurs de croissance existent en Europe, mais un contexte social et institutionnel rend sceptique. Les exportations ne pouvant pas compenser ces blocages, le contexte récessif persistera en Europe en 2013. Les secteurs agro-alimentaire, de la distribution, de la construction et des services sont les plus exposés. L’énergie, la chimie et la pharmaceutique sont les secteurs à moindres risques. 

Les situations économiques difficiles engendrent parfois des réflexes négatifs : populisme et protectionnisme. En Europe, on enregistre des réactions populistes, un peu en périphérie, en Finlande et en Autriche, mais relativement peu dans les pays avec le plus de problèmes (sauf en Grèce). D’autre part, il est incontestable qu’il y a des montées de protectionnisme voilé dans certains pays émergents. Ils deviennent moins ouverts aux principes de la mondialisation, dont ils sont pourtant de grands bénéficiaires. Les taux de change, les taxes et droits divers, l’obligation pour les investisseurs étrangers de s’allier avec des partenaires locaux, parfois majoritaires, la sécurité, sont des moyens de protectionnisme caché. L’OMC s’en inquiète. 

Les priorités françaises 

Pierre Sellal, secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères, a expliqué les priorités économiques données à la politique étrangère française. Les nouvelles configurations et réalités économiques ont exigé une refonte des priorités. Au vu du printemps arabe, avec ce qui se passe en Lybie et en Syrie, les données évoluent. Aujourd’hui, nous devons renforcer nos partenariats avec des pays commercialement stratégiques (Inde, Chine, Brésil, Afrique du Sud, Nigéria, Emirats Arabes Unis). Il y a un redéploiement des ressources vers ces partenaires stratégiques.

En dehors de l’activité purement économique, la France est actuellement la première destination universitaire non-anglophone. Il y a actuellement 290.000 étudiants étrangers, (dont 10.000 chinois). Il serait possible d’en attirer plus.

Une table ronde animée sur les pays émergents et les nouvelles classes moyennes. Y a-t-il des points communs entre ces nouvelles classes moyennes au Brésil, en Russie, en Inde, en Turquie ? Comment définir "classe moyenne" ? Un logement avec eau courante et électricité, voiture, un ordinateur/téléphone. Niveau d’instruction ?

La réussite du Brésil

Une grande réussite économique et sociale peut se constater au Brésil. Il y a eu un retour à la démocratie avec des élections libres vers la fin des années 80. Cependant, la situation économique a été désastreuse pour encore quelques années avec de l’hyperinflation, atteignant parfois 100% par mois, avant l’arrivée du gouvernent Fernando Henrique Cardoso qui a mis fin à la haute inflation avec des politiques macro-économiques saines. La haute inflation était un facteur d’appauvrissement des classes moins favorisées. L’écart entre les riches & les pauvres ne pouvaient que s’aggraver. Donc, la réduction significative de l’inflation était un premier pas vers l’augmentation des classes moyennes. Il devenait possible pour ces couches de la société d’avoir plus de stabilité, ouvrir un compte en banque, accéder à un crédit pour acheter un logement ou une voiture. Le gouvernement Lula qui a suivi, a eu le bon sens de ne pas remettre en cause les politiques macro-économiques de Cardoso, et a contribué à élargir plus cette sortie de la pauvreté des classes défavorisées avec la "Bolsa Familia". Des familles très pauvres recevaient des sommes mensuelles du gouvernement à condition que leurs enfants aillent à l’école et aient des vaccinations régulières. Par ailleurs, la première décennie du 21ème siècle a été très favorable au Brésil qui exportait des quantités importantes de matières premières et agricoles à la Chine. On dit qu’en moins de vingt ans le Brésil a gagné une classe moyenne de 100 millions de personnes. Plus qu’un grand pays européen !

En Russie, en Chine, en Inde, il y a des nouvelles classes moyennes aussi. Les degrés de politisation et d’instruction varient d’un pays à l’autre, mais, une fois qu’on peut accéder à de la propriété, on commence à s’intéresser au droit. Le respect de la loi, l’efficacité des gouvernements et la corruption deviennent des sujets importants pour ces classes nouvelles moyennes. D’une façon générale la gouvernance reste un enjeu majeur pour les pays émergents et peut être source de tensions politiques. Au Brésil, les nouvelles classes moyennes revendiquent peu. Cependant, la corruption passe pour être moins impunie. En Russie, la classe moyenne politisée est surtout moscovite. Le restant du pays ne bouge pas. En Inde, la plus grande partie des nouvelles classes moyennes sont dans des petites villes, hors des grandes métropoles.

Pour résumer, les complexités et les tensions mondiales empirent. Est-il possible d’avoir convergence et progrès économique soutenu dans un monde plus fractionné ? L’Europe et ses problèmes sont-ils un microcosme des complexités mondiales ? Des solutions aux problèmes du monde viendront-ils d’Europe ? Sans doute pas.